Carte réalisée à partir de la base de données Mémoire des hommes, avec l'aimable collaboration de Pierre Breteau/Passion Dataviz. Pour lire le bilan des pertes des troupes coloniales et d'Outre-mer, cliquer ici.

Centenaire de la Première Guerre mondiale: combien de «poilus» de votre département parmi les victimes? [CARTE INTERACTIVE]

Par Jean-Marie Pottier

France

mis à jour le 10.11.2014 à 18 h 58

Ou comment sont nés les mythes des 240.000 morts bretons, des 40.000 morts corses ou de la «chair à canon» des troupes coloniales.

Sur la plaque, deux soldats, un fantassin et un fusilier-marin, regardent vers un horizon espéré radieux: l'oeuvre date de 1935, dix-sept ans après la «Der des Ders», dont les deux bornes, «août 1914-novembre 1918», encadrent leurs visages. En dessous, on peut lire:

«Les anciens combattants bretons à leurs 240.000 morts»

La plaque commémorative des anciens combattants bretons aux Invalides. Yann Caradec via Flickr CC License by.

Ce chiffre qui orne la grande galerie de la cour d'honneur des Invalides, on le trouve aussi dans la basilique de Saint-Anne d'Auray (Morbihan), sous la plume d'un député ou dans des ouvrages grand public.

Extrait du guide touristique Le Petit Futé consacré à la Bretagne. On notera l'emploi du terme «holocauste»...

240.000 Bretons tués sur un total de plus de 1,3 million de soldats morts pour la France durant la Première Guerre mondiale? Environ 17% des pertes totales pour une région dont le poids dans la population française était deux fois moindre? Le chiffre est énorme. Et faux.

Comme était fausse l'assertion, début 2013, d'un Jérôme Cahuzac, alors encore ministre du Budget, assurant sur Europe 1 que la Corse était «le département qui a payé en pourcentage le plus lourd tribut à la guerre de 14-18». Deux statistiques erronées pour un même mythe, celui des régions sacrifiées de la Grande Guerre.

Où habitaient les morts?

Pour le nuancer fortement, il suffit de se plonger dans la gigantesque base de données des morts pour la France disponible, depuis une dizaine d'années, sur le site gouvernemental Mémoire des hommes. Longtemps difficile à exploiter techniquement (ce qui n'a pas empêché des passionnés d'histoire et des universitaires de s'atteler à la tâche au fil des années), elle vient de faire l'objet d'une nouvelle version plus ergonomique à partir de laquelle nous avons calculé, sur la carte ci-dessus, le taux de morts de chaque département durant le conflit.

En divisant le nombre de natifs du département morts pour la France par le nombre total d'habitants de ce même département lors du recensement de 1911, on arrive à une moyenne de 3,2% en métropole, avec des taux allant de 1,7% dans les Bouches-du-Rhône à 5,3% en Lozère: le département où est né le dernier mort au combat de la guerre est aussi celui qui a essuyé, à première vue, le taux de pertes le plus élevé.

En Corse, ce taux se monte à 3,6%, légèrement plus que la moyenne nationale. Les cinq départements bretons de l'époque (la Loire-Atlantique a été détachée de la région administrative en 1941) affichent eux des taux allant de 3,6% à 4,5% pour un total cumulé de plus de 130.000 morts, ce qui est cohérent avec les autres recherches menées à partir de sources préfectorales ou de recensements des monuments aux morts. Bien loin, donc, des 240.000 avancés.

Dès 1935, un article de La Dépêche de l'Ouest démentait le chiffre de 240.000 morts bretons. Cliquer ici pour lire l'article en entier.

Ces comptages sont à prendre avec une marge d'erreur: le site Mémoire des hommes affiche en doublon les fiches d'officiers, les soldats fusillés ou morts de maladie n'y sont pas comptabilisés, certaines fiches manquent... Alors qu'on y trouve près de 10.500 fiches de soldats corses, les historiens locaux tablent ainsi plutôt sur un chiffre de 12.000 morts.

Mais leur juxtaposition donne une idée cohérente de l'impact de la Première Guerre mondiale dans chaque département de France. Ce qui ne veut pas dire qu'ils ne doivent pas être interprétés avec prudence...

D'abord, parce qu'il est pour l'instant possible de savoir où sont nés les morts pour la France, pas où ils habitaient quand la guerre a éclaté. Yann Lagadec, maître de conférences en histoire à l'université de Rennes-II, cite ainsi l'exemple d'Henri Jacquelin, natif d'Ardèche devenu maire de Quimper, mort en octobre 1918: comptabilisé comme un mort pour la France ardéchois, il figure aussi sur le monument aux morts de la préfecture finistérienne.

Or, les départements avaient connu un «exil» plus ou moins important avant la guerre: lors du recensement de 1911, seulement 70% des natifs de l'Ardèche y habitaient encore, contre près de 90% des natifs du Finistère… Si l'on rapporte le nombre de morts pour la France, non plus aux habitants, mais aux natifs de chaque département, l'éventail des taux de pertes se resserre et c'est la Vendée, seul département à dépasser les 4% de morts, qui arrive en «tête».

Les départements ruraux plus touchés

La démographie et l'économie de chaque département sont aussi à prendre en compte. «Les soldats ruraux ont payé un lourd tribut à la guerre», rappelle l'historien Jean-Yves Le Naour, auteur de nombreux ouvrages sur le conflit. «Les urbains et les ouvriers ont pu trouver des postes dans les usines de guerre. Les classes supérieures, plus éduquées, ont été moins touchées aussi, des connaissances permettant de "s'embusquer" dans une armée très administrative.»

Pour schématiser, plus un département était jeune et rural et moins il comptait d'étrangers, plus le degré de mobilisation de sa population dans l'infanterie active risquait d'être élevé. Ce qui explique, par exemple, les pertes élevées en Lozère, dont 70% de la population travaillait dans l'agriculture, ou la «saignée» bretonne.

Très rurale, la région a aussi «gardé très tard un fort taux de natalité et comptait donc plus de jeunes classes que les autres régions françaises», explique Yann Lagadec. Dans une étude publiée l'an dernier, l'ingénieur Henri Gilles pointe d'ailleurs qu'à l'époque, quatre des dix départements métropolitains où l'âge moyen était inférieur à 30 ans étaient bretons.

La région comptait aussi très peu d'étrangers, et donc une part de la population mobilisable plus grande: en 1911, ils ne représentaient que 0,03% de la population du Morbihan, contre 28% dans les Alpes-Maritimes, 17% dans les Bouches-du-Rhône ou 15% dans le Var, trois des départements moins «touchés».

L'impression de saignée y a probablement aussi été accentuée par le nombre élevé de communes, du fait des relations de proximité entretenues au sein des villages: 130.000 morts dans 1.500 communes bretonnes ont probablement plus marqué que les 80.000 morts de la seule ville de Paris. De même que, en Corse, le fait que de nombreux soldats soient marqués sur deux monuments aux morts, celui de leur village de naissance et celui de leur village de résidence.

Des régions ont-elle été sacrifiées?

Mais même en tenant compte de ces facteurs, des critères militaires ont aussi pesé sur les différences de pertes entre chaque département, comme le prouvent les proportions de mobilisés tués pour chaque grande région militaire, qui vont de 10% à 20%. Le Nord-Pas-de-Calais et la Picardie, occupés pendant la guerre, ont perdu moins de soldats à cause de l'occupation allemande, qui a entraîné en revanche des pertes civiles. D'autres régions ont mobilisé davantage dans la marine ou les usines (les «affectés spéciaux»), moins exposées que l'infanterie.

Mais le sujet le plus sensible est celui du «sacrifice» supposé de certaines régions, en raison de la ténacité attribuée à leurs troupes. «Y a-t-il eu une "priorité" donnée aux Bretons? Les chiffres [...] ne le prouvent pas mais ne l’excluent toutefois pas complètement. Il est sûr que l’État-major n’a pas eu d’état d’âme à utiliser les régiments bretons», écrit par exemple dans son étude Henri Gilles.

Un point de vue débattu: «On ne trouve aucune division bretonne parmi les grandes divisions d'assaut qui participent aux plus grandes offensives. Par exemple, lors de l'attaque du Chemin des Dames, le corps de Nantes est en deuxième ligne», explique Yann Lagadec, qui pointe également qu'en août 1914, les corps bretons ont été envoyés face à la Belgique alors qu'on s'attendait à une attaque allemande par la Lorraine via l'Alsace.

La même polémique est survenue sur les troupes coloniales, le député du Sénégal Blaise Diagne affirmant en 1917 qu'elles avaient servi de «chair à canon». «Les troupes indigènes contribuèrent plutôt moins à l'impôt du sang que les métropolitains», estime pourtant le spécialiste de l'Afrique Marc Michel dans un ouvrage publié cette année, tandis qu'un autre historien, François Cochet, pointe dans un récent ouvrage que le taux de décès des mobilisés a été inférieur de deux ou trois points dans ces corps.

Mais si un plan conscient de sacrifice de certaines régions n'a pas existé, les préjugés culturels étaient en revanche bien vivaces au sein de l'armée, estime Jean-Yves Le Naour:

«Les Lorrains étaient jugés les meilleurs soldats: c'était la "Division de fer" de Nancy, la ligne bleue des Vosges, une région jugée très revancharde et nationaliste, celle de Maurice Barrès et du président Poincaré… Les Bretons étaient considérés comme des bons soldats sur qui on pouvait compter. L'image de la Bretagne, à l'époque, c'est celle de Bécassine, la provinciale bête comme une oie, alors que celle du Provençal, c'est Tartarin de Tarascon.»

Double instrumentalisation

Ce dernier cliché explique la naissance, au début de la guerre, de ce qu'on a appelé la «rumeur du XVe corps»: l'idée fausse selon laquelle la percée allemande en août 1914 était due à la faillite des régiments méridionaux, issus de départements turbulents politiquement et à coloration très rouge.

Car ces querelles autour des pertes de chaque région et, partant de là, de leur contribution à l'effort de guerre, ont une dimension très politicienne. «Il y a eu, dans les régions dont les mémoires étaient blessées, des individus qui ont prétendu que leurs unités avaient été surexposées, dans une manifestation de défiance à l'égard du pouvoir central», explique Jean-Yves Le Naour. En 1970, dans son livre Comment peut-on être Breton?, Morvan Lebesque, figure du mouvement autonomiste breton, parle ainsi d'une Bretagne «saignée à blanc: deux fois française en effet, 240.000 morts, le double, proportionnellement, du reste de la France».

Mais ce jeu sur les chiffres a aussi été le fait du pouvoir central: «Le chiffre de 240.000 morts bretons permettait aux régionalistes et séparatistes de souligner une nouvelle fois l'injustice dont serait victime la région de la part de la France et à l'Eglise de vanter le sacrifice au nom de Dieu, mais contentait aussi les républicains de gauche comme de droite, parce que cela permettait de montrer que la Bretagne était républicaine», explique Yann Lagadec.

De la même façon, en 1938, le président du Conseil Edouard Daladier, pour contrecarrer les ambitions italiennes sur l'île de Beauté, vint y faire l'éloge des «40.000 Corses tombés au champ d'honneur».

«Vous étiez maire d'une ville, vous insistiez sur le caractère patriotique de la ville. Député, de la région. Et quand le chef de l'Etat se déplaçait, il cédait aussi au patriotisme local», analyse Jean-Yves Le Naour. «Le sacrifice de 14-18 a aussi été une façon d'achever l'unité nationale, par exemple en Vendée.»

Au département insurgé de 1793, qui fut donc l'un des plus atteints par la guerre, reste d'ailleurs attaché le mythe de la «tranchée des baïonnettes». Même si, au fronton du monument qui y a été édifié, dans la Meuse, on ne parle que de soldats «français».

Jean-Marie Pottier


Et les soldats des colonies et de l'outre-Mer?

Il est globalement plus difficile d'obtenir des ordres de grandeur fiables pour ces territoires via Mémoire des hommes, mais il existe des chiffres dans des ouvrages historiques. Un bilan publié après guerre faisait par exemple état d'environ 36.000 morts pour l'Afrique du Nord (13% des troupes combattantes), 30.000 morts pour l'Afrique équatoriale, orientale et australe (16%), 2.600 pour les 4 D.O.M. actuels (Guyane, Réunion, Guadeloupe, Martinique, 12%) ou 1.100 pour l'Indochine (3%). Globalement, on estime les pertes coloniales à un peu moins de 80.000 hommes pour moins de 600.000 mobilisés (dont un peu plus de 500.000 combattants), soit un taux de pertes légèrement inférieur à celui des troupes métropolitaines.

Article actualisé le 13 novembre 2013: contrairement à ce que nous affirmions, Quimper n'est pas une sous-préfecture du Finistère mais la préfecture.

À lire aussi

  • Carloman

    D'où vient ce raoult tonitruant sur la Grande Guerre? Je remarque qu'à l'approche des élections il y a toujours une grosse propagande sur les guerres mondiales. En 2005, juste avant le référendum on avait fêté les 60 ans de la deuxième guerre, un anniversaire qui ne correspond à rien dans la chronologie habituelle mais qui était bon pour jouer sur les peurs. Il faut éduquer le petit peuple pour qu'il vote bien. Ce battage sur tous les médias et toutes les chaînes de télé au même moment n'a rien de fortuit. Il va durer jusqu'aux élections européennes. On nous prend pour des moudjiks.
     
    A contrario on a traversé le bicentenaire de l'empire sans une seule commémoration. Il y a avait pourtant beaucoup à dire sur l'empire, fondement de notre administration républicaine et de la démocratie en Europe. Il y a juste Chirac qui est allé nous humilier en Angleterre pour participer à la joyeuse fête de la défaite de Trafalgar. Ne doutons pas que l'année prochaine, à l'occasion du bicentenaire de la défaite de Waterloo, tout le gouvernement ira à une scéance d'humiliation collective avec leçons de morale à la clef.
     
    L'article est intéressant. Celui qui a fait le même genre d'étude sur les morts juifs pendant la deuxième guerre mondiale a été chassé de son travail et a fini au tribunal. Je m'attendais à ce que l'auteur nous dise que 130.000 morts bretons au lieu de 240.000 n'est qu'une question de détail mais il n'a pas osé.
     
    Les français perdent toutes leurs valeurs les unes derrière les autres et se servent de leur histoire pour humilier leurs peuples. L'issue est connue.

  • Jean-Marie Pottier

    Sur le "raoult" sur le centenaire de la Grande Guerre, il faut que vous preniez en compte 1) que c'est un centenaire, justement, soit l'anniversaire le plus symbolique 2) que c'est le premier anniversaire depuis la mort du dernier poilu, ce qui marque un changement d'époque 3) que chaque famille française sait plus ou moins ce que faisaient ses ancêtres pendant la guerre, alors qu'à moins d'avoir fait de vraies recherches en généalogie, il est beaucoup plus compliqué de savoir ce qu'ils faisaient au moment des guerres napoléoniennes.

    Sur les commémorations de 2005, effectivement des hommes politiques avaient tracé des parallèles entre 1945 et 2005 à l'occasion de la campagne du référendum. Vous noterez que cela n'avait pas empêché le non de l'emporter largement, ce qui relativise l'impact de ce genre de propos.

    Enfin, sur l'avant-dernier paragraphe de votre commentaire, je pense qu'avec votre allusion (j'oserai même dire votre comparaison, évidemment injurieuse) à Le Pen et -je suppose- Faurisson, vous atteignez en quelques lignes le point Godwin de la recherche historique. Toutes mes félicitations.

  • Carloman

    Il ne faut pas prendre ce que j'écris pour une critique personnelle. J'avoue que j'aime mettre un peu de piment dans des commentaires qui sont trop souvent consensuels. L'avant-dernier paragraphe est seulement là pour rappeler les limites sévères de l'expression publique en France et je retire volontiers la comparaison avec l'affaire du "détail". Comme cela on reste juste avant le point Godwin :)

  • florianB

    Pour ceux qui veulent des monuments à la gloire des 51% de mobilisés Vendéens morts pour la France. Déjà ce petit lien, construit en Belgique à Tournai (http://commons.wikimedia.org/wiki/File:Tournai_Monument_Vend%C3%A9ens_1103.jpg). La référence à la guerre de Vendée y est nette. La République ne pouvant flatter la mémoire de ceux qui la combattirent il est compréhensible qu'elle l'a taise.

    D'ailleurs si vous recherchez dans Google "grande guerre Vendéen" les premiers liens parleront de 1793 et non de 14-18. Et voilà ce qu'écrivait Jean Rousseau dans le quatrième de couverture de son livre "Les poilus de Vendée" :
    "À la veille de la Guerre de 14-18, les Vendéens sont volontiers décrits comme arriérés et asservis. Victimes sous la Révolution du massacre que l'on sait, et encore récemment persécutés sous la IIIe République, comment vont-ils répondre à l'appel de la patrie. Comme déjà en 1815 et en 1870, ils oublient les avanies subies pour faire front contre l'invasion."

  • jmt29

    Faut il souligner que le mythe des soldats bretons sacrifiés est aujourd'hui le seul apanage des personnes adhérant plus ou moins avec ferveur (et ouvertement) au nationalisme breton ?

    Un exemple récent (2012) et bizarrement, essayant de jouer également sur la corde patriotique (française) et républicaine, est une article de Marc Le Fur (député à bonnet rouge): http://www.marclefur.com/article-24673998.html

    Je me permets de le citer :

    "C’est à l’aune de l’affaire du camp de Conly en 1870, qu’on mesure l’importance que peut avoir la première guerre mondiale dans l’histoire bretonne et dans le regard que porte la Nation française sur le peuple breton. Non seulement, les Bretons ne se révoltent pas contre la République en guerre comme le feront les Irlandais face aux anglais en 1916 mais ils sont loyaux et constituent probablement les meilleurs troupes. Ces troupes sont si tenaces qu’elles sont souvent envoyées en première ligne, ...".

    On ne peut d'ailleurs que noter le parallèle entre la Bretagne et l'Irlande. Car la Bretagne partagerait le status de colonie avec l'Irlande, je suppose.

    Bref, merci pour votre article, en espérant qu'il contribuera à tordre le cou à ce mythe, qui est l'un de ceux retenus comme fondateur par les nationalistes, régionalistes et autres autonomistes bretons.

    Il serait toutefois intéressant de poursuivre avec une étude plus poussée sur la répartition socio-professionnelle des morts.

  • Thierry Catrou

    On insistera pas sur le caractère dramatique dans tous les sens du terme de cette guerre et il est à peu près certain que les années à venir nous permettrons d'éclairer un peu plus de nombreux aspects plus ou moins obscurs de cette période... Si, comme vous le soulignez, le nombre de bretons ou de corses "morts au combat" n'est pas celui revendiqué il serait toutefois intéressant de pousser l'analyse un peu plus loin et de s'interroger sur les raisons de cette distorsion si facilement acceptée. Les bretons et les corses étaient-ils en marge de la République ? Les chiffres n'exprimeraient-ils pas alors ce sentiment de n'être pas reconnu à part entière ? N'oublions pas qu'à cette époque la société était fortement clivée. les classes sociales distinguaient les différents statuts et particulièrement dans l'armée dont le corps des officiers supérieurs étaient issu de la noblesse. Ils considéraient avec condescendance et mépris les soldats. Les révoltes de 1917 ont été une expression de cette terrible distorsion entre le commandement et les soldats... et paradoxalement ce sont les officiers subalternes qui ont payé le plus lourd tribut à la guerre. Ils étaient au plus près des hommes et se devaient de montrer l'exemple.

  • Indre Grande Guerre

    Pourquoi faire du neuf avec du vieux. Ce type d'étude est disponible sur le net depuis 2006.
    http://pages14-18.mesdiscussions.net/pages1418/forum-pages-histoire/autre/repartition-departementale-mpf-sujet_3522_1.htm

    Rien de neuf sur le front de France.

  • nils29

    Quimper est la préfecture du Finistère. Brest étant sous-préfecture et préfecture maritime.

  • Jean-Marie Pottier

    Bonjour,
    Merci de votre commentaire, vous avez raison, c'est corrigé! (et l'auteur de ces lignes est d'autant plus impardonnable qu'il a passé de nombreuses vacances à proximité ;-)
    Jean-Marie Pottier

  • HLD

    Beaucoup de flou dans cet article.

    Je ne reviendrais que sur le cas breton.

    Le nombre de morts bretons est, selon Lagadec, de 138 000. D'autres trouvent 150 000, Mémoire des Hommes, une fois enlevé le doublon d'officiers, 140 000.

    140 000 est un chiffre correct sur la seule base des documents actuels officiels incontestables.

    Comparer le nombre de pertes à la démographie d'un département n'est pas le meilleur moyen pour juger de l'intensité des pertes.

    C'est le taux de pertes en rapport au nombre de soldats mobilisés dans ce département sur toute la durée de la guerre.

    Et là, les chiffres témoignent bien de la surreprésentation des Bretons parmi les pertes globales, bien loin "du mythe" que l'on essaie de nous vendre depuis quelques années. Très à la mode d'ailleurs dans l'histoire grand public que ce "cassage de mythes", assez similaire à l'ambiance générale du "on vous cache tout". Ca fait vendre.

    Département Morbihan : 580 000 habitants, pour un taux de mobilisation de 18,4 %. 107 000 soldats. Mis en rapport avec les pertes, 29 914 hommes, le taux s’élève à 28,1%. La moyenne française étant de 15,8%.

    Dans le Finistère, 800 000 habitants, pour un taux de mobilisation de 147 000 soldats. Pour 32 885 hommes tombés au combat, le Finistère affiche un taux de perte de 22,34% de ses mobilisés. Soit 6,5% de plus que la moyenne française. C'est à dire une mortalité supérieure par comparaison de 40%.

    Si 80% de pertes en plus dans le Morbihan et 40% pour le Finistère ne représentent pas une surmortalité flagrante, eh bien mieux vaut se mettre à la pêche à la ligne, histoire de ne pas noircir inutilement du papier.

    On pourrait continuer sur les autres départements bretons. Mais cela revient au même. On pourrait même distinguer département bretonnants et non bretonnants, la fracture est plus explicite encore. On meurt plus dans le Finistère que dans le pays nantais, par exemple, même si dans ce dernier on meurt plus que dans le reste de l'hexagone par comparaison.

    Le plus fascinant dans cet article c'est qu'il propose des titres sentencieux qui nous annoncent casser des "idées reçues", mais dans le cas breton, on reste désespérément dans l'attente de chiffres... Rien si ce n'est des citations de Lagadec qui n'offre qu'un intérêt secondaire.

    Du genre :

    "Très rurale, la région a aussi «gardé très tard un fort taux de natalité et comptait donc plus de jeunes classes que les autres régions françaises», explique Yann Lagadec."

    Ce qui n'explique absolument rien. Une population plus jeune et plus mobilisable, très bien, dans quelles proportions ? Font elles une grande différence ? On en dit rien. Dans les faits, ce différentiel n'explique rien de tangible ou en tous cas rien qui refonde notre compréhension des faits :

    Bretagne : 3 260 000 d’habitants.

    Total des mobilisés bretons : 600 000 soit un taux de mobilisation de 18,4%.

    Population française en 1914 : 41,6 millions d’habitants. Pour évaluer la mobilisation, enlever 3,2 millions d’habitants. 38,4 millions. Soldats mobilisés, environ 8 millions, moins les 600 000 Bretons, nous obtenons 7,4 millions. Taux de mobilisation de 19,27%.

    Le taux de mobilisation français est dans les faits plus élevé.

    Bref.

  • jmt29

    La guerre des chiffres est lancée, semble-t-il.

    Vous avez raison de souligner qu'on peut analyser les pertes suivant d'autres critères (le taux de pertes en rapport au nombre de soldats mobilisés) que la seule démographie "brute", et ainsi mieux appréhender la réalité de ce que fut pour notre pays la première guerre mondiale.

  • jmt29

    Vous avez raison quand vous mettez en valeur d'autres critères d'analyse que la seule démographie brute d'un département pour mesurer l'impact et surtout l'intensité des pertes pour un département.

    On pourrait aussi s'intéresser au taux de pertes par "métier" et recrutement pour ces métiers. On risquait beaucoup moins sa vie, par exemple, quand on était artilleur.
    Et il serait alors intéressant de savoir si les origines jouaient dans l'affectation en première ligne.

    Mais vous avez tord quand vous associez des chiffres précis (mais qui mériteraient d'être référencés) et définitions imprécises, voire fausses dans un spectaculaire raccourci.

    "Dans le Finistère, 800 000 habitants, pour un taux de mobilisation de 147 000 soldats. Pour 32 885 hommes tombés au combat, le Finistère affiche un taux de perte de 22,34% de ses mobilisés. Soit 6,5% de plus que la moyenne française. C'est à dire une mortalité supérieure par comparaison de 40%."

    Déjà, je vous rappelle qu'entre 130 000 et 140 000 morts, la différence est de 7%. Comme je suppose que les chiffres des pertes que vous avancez par département est cohérent avec celui des partes avec celui pour toute la Bretagne, j'en déduis que votre 6,5% de taux de perte en plus est sujet à contestation. Mais il vrai que l'article annonce plus de 130 000 morts.

    Mais ce n'est pas ce qui est le plus gênant dans votre argumentaire. De ces 6,5%, vous déduisez un 40% de mortalité en plus. 40% de morts en plus, peut être, mais certainement pas de mortalité. La mortalité, c'est le nombre de morts rapporté à la population.

    Bref, si on retient, vos chiffres, c'est bien une mortalité de 6,5% supérieure. Ce qui est déjà beaucoup. Surtout si on avait la malchance d'être un homme adulte entre 18 et 48 ans.

    C'est pourquoi vos 40% ne sont significatifs. Je dirais même que si les pertes de l'armée française avait été de "seulement" 1% et dans les mobilisés bretons de 2%, vous auriez 100% de pertes en plus... Encore plus scandaleux! mais qui peut s'expliquer par peu de choses.

    Et vous continuez dans la même veine avec cette phrase:
    "80% de pertes en plus dans le Morbihan et 40% pour le Finistère".
    Vous réussissez là à vous contredire vous même, puisque vous avanciez 23 % plus haut ("le Finistère affiche un taux de perte de 22,34%").

    L'article portait de toute façon sur le mythe de 240 000 morts, et sur son utilisation. Ce mythe a fait naitre un autre mythe, celui du soldat breton sacrifié. Et maintenant vous essayez de le faire survivre à la mort de celui qui l'a engendré.

    Pour ma part, je crois que ceux dirigeaient le pays et l'armée à l'époque n'avaient pas les mêmes obsessions que vous. D'une certaine façon, les leurs étaient plus dangereuse que la votre. Ils n'en avaient d'ailleurs qu'une seule: gagner. Et ils étaient prêts à y sacrifier tout homme qui n'était pas indispensable à l'économie de guerre. Qu'il soit breton, normand ou parisien. Et cette obsession là ne laissait guère de place aux préjugés en vogue à l'époque...

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