France

Prise d'otage à Toulouse: l'affaire Merah fait-elle des émules?

Grégoire Fleurot, mis à jour le 22.06.2012 à 9 h 20

L'homme qui a pris quatre personnes en otage à Toulouse mercredi s'est réclamé d'al-Qaida et a demandé la présence du Raid. A-t-on constaté une floraison d'actes inspirés de ceux de Mohamed Merah depuis la fin mars?

A Toulouse, le 20 juin 2012. REUTERS/Régis Duvignau.

A Toulouse, le 20 juin 2012. REUTERS/Régis Duvignau.

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n homme a pris quatre personnes en otage pendant plusieurs heures dans une agence bancaire CIC de Toulouse, mercredi 20 juin, avant d'en être délogé par les forces de l'ordre, qui ont libéré les deux derniers otages, les deux autres ayant été relâchés par le preneur d'otages plus tôt. Se réclamant, selon des sources policières citées par l'AFP, d'al-Qaida (d'autres sources l'ont présenté comme un schizophrène en rupture de traitement et le procureur de la République a fait état de «revendications religieuses mal définies et mal exprimées»), il a demandé notamment la présence du Raid autour de cette agence qui se situe dans le quartier de la Côte pavée, à quelques centaines de mètres de l'appartement où a eu lieu la mission des forces de l'ordre contre Mohamed Merah.

Robert Paturel, ancien membre du Raid, a estimé à la télévision que l’affaire Merah avait «créé des vocations». A-t-on vraiment constaté une floraison d'actes inspirés par certains aspects de cette affaire dans la ville rose ou ailleurs en France?

Non, selon les syndicats de police, qui ne signalent aucun acte grave inspiré par le «tueur au scooter» avant la prise d'otages de ce mercredi —dont l'auteur n'a pas explicitement revendiqué de lien avec Mohamed Merah, même si le lieu de l'évènement et la revendication supposée d'al-Qaida peuvent laisser croire à un tel lien.

Certains individus ont pu proférer des menaces envers les policiers ou faire référence à Mohamed Merah depuis les attentats de Toulouse, mais toujours dans le cadre d’affaires sans gravité, le plus souvent du fait de personnes alcoolisées ou atteintes de troubles mentaux.

«Buter des flics comme Merah»

L'exemple le plus remarqué jusqu'ici date du début avril: à Paris, un homme avait appelé le commissariat en affirmant vouloir «buter des flics comme Merah» avant de se retrancher dans son appartement du nord de la capitale. La Brigade de recherche et d'intervention (BRI) et la brigade anticriminalité (BAC) avaient été dépêchées sur place, mais l’homme avait finalement ouvert sa porte sans opposer de résistance. Il n’était pas armé et en état d’ébriété.

Yoni Palmier, suspect principal dans une série de meurtres perpétrés dans l’Essonne entre fin 2011 et le printemps 2012, aurait quant à lui été fasciné par l’affaire Merah, selon des sources judiciaires citées par Le Parisien. Bien qu’il avait déjà commencé sa série de crimes présumés, les enquêteurs pensent qu’il a peut-être accéléré son rythme à cause des tueries de Toulouse.

Le Service de protection de la communauté juive (SPCJ) a lui récemment publié un rapport pointant une «explosion» des actes antisémites depuis l’affaire Merah, dans la foulée de l'agression de Villeurbanne, même si le lien direct entre ces évènements fait encore l'objet d'un débat. Le ministère de l'Intérieur a lui relevé une hausse des actes et menaces antisémites de 46% de janvier à avril par rapport à l'an dernier, mais affirme que «la tendance des autres mois est stable».

La médiatisation crée-t-elle des vocations?

Si l’affaire Merah a été omniprésente dans les médias pendant plus d’une semaine, certaines précautions ont été prises par les autorités pour éviter de donner trop d’idées à de possibles émules. Nicolas Sarkozy lui-même avait demandé à toutes les chaînes de télévision de ne pas diffuser les images des tueries de Toulouse filmées par leur auteur si elles les obtenaient. al-Jazeera, qui avait reçu une copie de la vidéo à son siège parisien, avait effectivement annoncé qu’elle ne les montrerait pas, conformément à son code de déontologie.

Les éventuelles vocations créées par la médiatisation des tueurs en série et autres tueurs de masse ont fait l’objet de nombreuses études, notamment aux Etats-Unis, où la fréquence des fusillades et l’ampleur de leur médiatisation sont sans commune mesure avec la France. Ce phénomène, aujourd’hui appelé l’effet copycat, a été théorisé pour la première fois au début du XXe siècle à Londres et est entré dans le vocabulaire, donnant même son nom à un film.

Le terme est surtout utilisé pour décrire des suicides qui s’inspirent d’autres suicides, médiatiques ou dans l’entourage, un phénomène dont la validité a été prouvée par plusieurs études. Pour ce qui est des tueries, ces études se font plus rares: l’une d’entre elles, publiée il y a plus de 20 ans, n’avait pas trouvé de lien entre les tueries et une hausse des homicides.

Grégoire Fleurot

L'explication remercie Patrice Ribeiro, secrétaire général adjoint du syndicat d'officiers Synergie, et Olivier Candille, secrétaire régional adjoint du syndicat Alliance.

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Grégoire Fleurot
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