Boire & manger

Ils mettent quoi dans leurs friandises pour rendre les chats aussi mabouls?

Laurent Sagalovitsch, mis à jour le 06.02.2018 à 10 h 21

[Blog] Un cocaïnomane qui se retrouverait face à son dealer n'aurait pas la même fébrilité que celle de mon chat quand j'ouvre son paquet à friandises.

Flickr/Vivianna_love-Miss Maybe, you make me crazy

Flickr/Vivianna_love-Miss Maybe, you make me crazy

Évidemment dans l'absolu, il ne faudrait jamais acheter de ces saloperies de friandises qui transforment nos chats en héros dostoïevskiens prêts à tuer mère et père pour les goûter. On imagine sans peine quelle bouillabaisse d'expédients nocifs les composent, sans oublier les bénéfices démentiels réalisés par des grandes multinationales dont on doute que leur amour pour les animaux atteigne celui réservé à leurs comptes en banque.

Mais bon, le cœur est faible, l'investissement relativement modeste, le chat dessiné sur les paquets à une bonne tête, on ne peut pas non plus passer sa vie à surveiller la diète de son matou comme s'il s'agissait d'un trésor national et puis comme disait le poète, peu importe les friandises, pourvu qu'on ait l'ivresse.

Un cocaïnomane face à son dealer

Mon chat, quand je m'empare de son paquet de friandises planqué à escient au-dessus du frigo, peu importe l'activité à laquelle il s'adonne, qu'il dorme ou qu'il dorme ou bien encore qu'il dorme, qu'il soit planqué sous mon lit ou perché dans un placard, il accoure dans la cuisine à une vitesse telle que parfois je me demande s'il n'a pas enfilé des bottes de sept lieux pour arriver encore plus prestement.

Une seconde avant il roupillait profondément dans le coin le plus reculé de l'appartement, la seconde suivant l'ouverture du paquet, le voilà à mes pieds occupé à tourner en rond dans un mouvement circulaire qui n'est pas sans rappeler une grande roue de fête forraine frappée d'une crise d'épilepsie juste au moment où elle s'apprête à démâter. Et il a dans le regard l'exaltation propre au drogué qui, en pleine crise de manque, vous fixe comme si vous étiez Dieu le père: ses yeux sont écarquillés à s'en fendre les prunelles, ses moustaches frisent à jouer du violon avec, les narines de son museau se distendent au point de ressembler à celles d'un hippopotame quand il se prépare à piquer une tête.

Il miaule comme l'alarme incendie de l'hôtel de ville et dans sa gestuelle hallucinée, il tient tout autant d'un danseur de flamenco que d'un avaleur de sabres; c'est bien simple si à ce moment, je lui demandais en échange d'un bonbon, de descendre m'acheter le journal un porte-jarretelles sur le crâne, ou de récurer la baignoire en petite nuisette, lui, le plus paresseux des chats, s'exécuterait sans rechigner.

D'ailleurs, à cet instant, ce n'est plus vraiment un chat mais une créature possédée par le démon, un animal sans foi ni loi atteint d'une crise de démence si profonde que parfois j'ai peur pour ma vie: je vois bien qu'il n'aurait aucune peine à me sauter à la gorge, à m'étrangler de ses moustaches afin de mieux se repaître de ses friandises étalées sur mon corps sans vie.

Un cocaïnomane qui se retrouverait face à son dealer, après des jours passés à le chercher, n'aurait pas la même fébrilité que la sienne.

Quand je lui balance à travers la pièce l'offrande promise, il se précipite à sa recherche avec une telle rage que le parquet, d'effroi, se craquelle; les verres, vases, bougeoirs qui se trouvent sur son passage s'arrêtent de respirer, le tapis se débine, le lustre se fige et passe alors dans l'air comme un souffle qui doit être celui d'une locomotive quand elle engage la surmultipliée.

Lui d'habitude si flegmatique, si précautionneux dans ses déplacements, si hésitant à quitter son panier, si cossard dans ses efforts, le voilà qui retrouve l'allant de sa jeunesse perdue: il fond sur sa croquette comme un vautour sur sa proie et une fois dûment avalée, il s'en revient vers moi avec une célérité telle que lui même s'étonne d'être déjà de retour.

Quand je siffle la fin de récréation, il continue à chasser le fantôme de ses bonbons avec la même avidité qu'un ivrogne visitant ses placards à la recherche d'une bouteille qu'il se souviendrait vaguement avoir entreposé là lors d'une une vie antérieure.

Peut-être sont-ce des résidus d'amphétamines qui forment la composition de ces friandises, peut-être que le poulet mille fois écrabouillé finit par exhaler des parfums d’opioïde, peut-être que le saumon infiniment recyclé provoque le même effet que de l’ecstasy, toujours est-il que la prochaine fois que j'aurai envie de visiter des paradis artificiels, je saurai à quoi m'en tenir.

Qu'on se le dise les friandises félines sont l'opium du chat!

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Laurent Sagalovitsch
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