Economie

Les caisses automatiques des supermarchés incitent-elles au vol?

Repéré par Léa Polverini, mis à jour le 05.02.2018 à 16 h 55

Repéré sur The Atlantic

De nouvelles façons de voler ont fait leur apparition depuis l'instauration de caisses automatiques.

Une cliente à une caisse automatique. | 
Marcel Mochet / AFP

Une cliente à une caisse automatique. | Marcel Mochet / AFP

En anglais, on appelle ça le «banana trick»: le tour de la banane. Au rayon fruits et légumes, ça consiste tout simplement à apposer sur un produit coûteux l'étiquette d'un produit plus bas de gamme: en gros, payer ses girolles au prix de Granny Smith, ou plus humblement, son kilo de tomates grappes contre celui de rondes d'Espagne.

Les plus audacieux décollent carrément les étiquettes avec les codes-barres à scanner d'un produit pour les recoller sur un autre, histoire par exemple de troquer le prix du caviar avec celui du surimi –jolie économie. Plus radical encore, le tour de passe-passe qui consiste à ne pas scanner du tout un article.

Ce type de vols est assez répandu, et d'autant plus depuis que les supermarchés se sont mis à installer des caisses automatiques, sur lesquelles le client scanne lui-même tous ses articles avant de régler la facture.

Voucher Codes Pro, une compagnie britannique offrant des coupons de réduction pour les achats en ligne, a lancé un sondage auprès de 2.634 clients: près de 20% affirmaient avoir déjà fraudé aux caisses automatiques au moins une fois.

En 2015, une étude conduite par le département de criminologie de l'université de Leicester, en Angleterre, sur l'utilisation de scanners manuels relevait que sur six millions d'articles inspectés pour une valeur totale de 21 millions de dollars, près de 850.000 dollars passaient à la trappe à cause d'articles non passés au scan, ce qui réprésente une perte de 3,97%. Ce taux est largement supérieur à ceux enregistrés pour les autres vols, qui oscillent entre 1,21% et 1,47% dans les commerces britanniques.

Pour les auteurs, cela semblait impliquer que la plupart des gens volant des marchandises en s'abstenant de les scanner à la caisse ne les auraient pas volées autrement.

«Plutôt que d'entrer dans un magasin en ayant l'intention de prendre quelque chose, un client pourrait soudainement, à la fin de ses courses, décider qu'une réduction est de mise», résume The Atlantic.

Les supermarchés responsables?

À ce titre, les chercheurs avancent que les commerçants utilisant ce système de scan et paiement autonome, principalement les supermarchés, pourraient bien être tenus finalement non pour victimes, mais pour responsables de ces dérives. Trop zélés dans leur entreprise de réduction des coûts de la main d'œuvre, ils ont ainsi créé un «environnement générateur de criminalité», favorisant «le profit avant la responsabilité sociale en “permettant” aux voleurs de se servir eux-mêmes sans mettre de contrôles suffisants en place».

Des supermarchés comme Albertsons, Big Y Supermarket, Pavilions et Vons ont fini par supprimer ces caisses automatiques de leurs enseignes, relève The Atlantic. D'autres continuent de les y installer.

«À travers le monde, on estime que les caisses automatiques atteindront le nombre de 325.000 d'ici à l'année prochaine, alors qu'elles étaient 191.000 en 2013. Dans quelques endroits, cependant, la probabilité d'être puni pour des vols insignifiants diminue. Même si un gérant voulait porter plainte, de nombreux services de police n'ont pas les moyens d'être dérangés pour du vol de supermarché, écrit le magazine. En 2012, par exemple, le département de police de Dallas a adopté une nouvelle politique: les policiers ne répondraient plus systématiquement aux appels concernant des vols de moins de 50$. En 2015, le seuil a encore été relevé à 100$.»

Le fait d'être confronté à une machine plutôt qu'à une personne au moment de payer peut également apparaître décomplexant pour les kleptomanes improvisés. Barbara Staib, la directrice de la communication de la National Association for Shoplifting Prevention, déclarait ainsi que les machines «donnent la fausse impression d'un anonymat», alors que la plupart des clients «vous courraient après pour vous rendre le billet de 20$ que vous avez laissé tombé, parce que vous êtes une personne et que ces 20$ vous manqueront».

À cela s'ajoutent les scrupules au vernis rationnel de ceux qui estiment que se retrouvant à faire le travail d'un caissier, il est légitime de s'accorder une ristourne à la louche pour l'effort fourni.

En tous les cas, la transition avec l'automatisation a du mal à se faire, et cherche encore ses marques, aussi bien morales et légales qu'organisationnelles. Pendant ce temps, de petits malins font des tours de passe-passe.

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