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Les Polonais antisémites? Jamais de la vie!

Laurent Sagalovitsch, mis à jour le 01.02.2018 à 17 h 35

[Blog] La Pologne a raison de se plaindre quand on l'associe à la solution finale. De là à prétendre que l'antisémitisme polonais est une simple vue de l'esprit... non pas vraiment.

Flickr-Fred Romero-Kraków - Żydowskie Muzeum Galicja

Flickr-Fred Romero-Kraków - Żydowskie Muzeum Galicja

Inutile de tourner autour du prépuce, j'ai toujours eu quelques difficultés à lier amitiés avec les Polonais, enfin un grand nombre d'entre eux tant il est vrai qu'en cette matière, comme dans tant d'autres d'ailleurs, il faut éviter de verser dans la généralisation –ainsi j'aime beaucoup Chopin. Notez bien que je n'en ai jamais croisé aucun, un Polonais de pure souche j'entends –que Dieu tout-puissant m'en préserve!– et pourtant, il n'y a rien à faire, dès que j'entends ce doux mot de Pologne, je ressens comme un vague dépit, une sorte d'hostilité instinctive qui me fait prendre mes Tefilines à mon cou.

Notez également que j'ai à peu près la même réaction si on évoque devant moi les noms de pays aussi charmants que l'Autriche ou l'Ukraine, braves et fières nations européennes qui évidemment n'ont rien à se reprocher, si ce n'est de comporter dans leurs rangs, hier comme aujourd'hui, quelques bataillons de nazillons enragés mais me direz-vous quels pays, par les temps qui courent, n'en ont pas?

Notez aussi que j'ai la faiblesse de penser que je ne suis pas le seul: je connais peu de Juifs qui lorsque vous leur parlez de la Pologne affichent un air ravi en vous déclamant, enthousiaste, ''J'adore la Pologne, je rêve de la visiter un jour'' ou ''Si Dieu le veut, à Varsovie, l'année prochaine''. Non, la plupart auront plutôt dans le regard comme une vague défiance qui se transformera très vite en une franche désapprobation quand elle ne versera pas dans une animosité féroce. Un peu comme si vous leur proposiez une carpe farcie au goût un peu rance.

Pour autant, aussi étonnant que cela puisse paraître, je suis tout à fait solidaire du gouvernement polonais quand il en vient à exprimer son courroux de voir employer à tort et à travers l'expression '' camps de la mort polonais '': on peut reprocher beaucoup de choses à la grande nation polonaise mais l'associer directement à la solution finale relève de la pure escroquerie intellectuelle ou de la calomnie la plus infâme.

L'extermination des Juifs d'Europe a été conçue, pensée, réalisée par l'Allemagne nazie sans l'aide de quiconque. Si elle a trouvé bon d'installer ses camps de concentration les plus infâmes dans la profondeur du territoire polonais –ces noms terribles de Sobibor, Treblinka, Auschwitz– ce fut juste par souci de les camoufler au plus grand nombre.

Certes on peut tout aussi bien affirmer que la disparition des Juifs polonais –près de trois millions– ne provoqua guère d'émoi au sein de la population qui n'hésita pas à l'occasion à prêter main forte et à dénoncer aux autorités compétentes l'endroit où ils se cachaient. Tout comme il convient de dire que nombreux furent ceux qui les aidèrent à se cacher et risquèrent leurs vies pour les soustraire à l'effroyable machine de guerre allemande.

Ce n'est pas vraiment un match nul tant dans leur très grande majorité, les Polonais furent plutôt soulagés d'être débarrassés de sa racaille juive dont, il ne faudrait tout de même pas l'oublier, camps de concentration ou pas, leurs lointains ascendants avaient mis à mort Jésus-Christ en personne. Eh oui, c'est bien beau de défendre corps et âme la communauté juive et de la parer de mille et une vertus, il reste que ce sont les Juifs et pas les Tartares ou les Vikings qui de leurs petits doigts crochus clouèrent jadis le Christ sur sa croix et applaudirent des deux mains à l'annonce de sa mort.

Ce sont ces mêmes salopards de Juifs qui refusèrent de se plier au joug de la chrétienté, ce sont ces déïcides de Juifs qui rechignèrent à considérer le Christ comme le Fils de l'Homme, ce sont ces têtes à claques de Juifs qui continuèrent à travers les siècles à pratiquer leur foi scélérate en contradiction totale avec les commandements du Seigneur.

Et après on s'étonne qu'un jour ils eurent à payer le prix de leurs forfaits; comme s'ils ne l'avaient pas bien cherché!

C'est que voyez-vous certains Polonais sont tout autant versés dans l'antisémitisme le plus gras –celui qui voit des banquiers partout– que dans l'antijudaïsme le plus forcené –celui qui voit des planteurs de clous partout– et ce depuis des siècles et des siècles voire jusqu'à aujourd'hui.

Les Polonais auront beau expliquer qu'ils furent les premières victimes des atrocités nazies, que ce fut leur peuple qui paya l'un des plus lourds tributs à la barbarie allemande –assertions en tous points exactes– il n'en demeure pas moins que ce furent ces mêmes Polonais qui très vraisemblablement, en 1941, dans la localité de Jedwabne se livrèrent à des atrocités vis-à-vis de sa communauté juive parquée dans un hangar avant d'y mettre le feu, ce qui reste tout de même une singulière manière de fraterniser avec ses voisins.

Tout comme ce fut aussi des Polonais qui cette fois, au lendemain de la guerre –au lendemain de la guerre!– procédèrent à Kielce au plus beau des pogroms qu'il soit quand on s'imagina que des Juifs, rescapés des camps, avaient procédé à l’enlèvement d'enfants afin de mieux boire leur sang, extravagante rumeur qui se solda par la mise à mort d'une quarantaine d'entre eux.

Évidemment à chaque fois les Polonais ont beau jeu de dire ''c'est pas nous, ce sont eux, les Allemands, les Communistes, les Juifs eux-mêmes, les responsables de ces forfaits'', rhétorique un brin lassante d'un peuple qui se plaît à se penser et à se présenter comme la plus grande victime des accidents de l'Histoire.

Aujourd'hui encore, les Juifs n'ont pas bonne presse en Pologne. Un sondage effectué en 2013 par la communauté juive de Varsovie auprès des lycéens de la ville montrait que 44% d'entre-eux ne souhaiteraient pas avoir un Juif comme voisin tandis que 61% seraient désappointés s'il s'avérait que leur partenaire était juif. Et 75% considéraient que les Polonais avaient beaucoup trop aidé les Juifs lors de la Seconde Guerre mondiale –là j'avoue, j'ai ri.

Ce qui n'empêche pas un certain nombre de Polonais de se promener avec un porte-clefs dans la poche lequel a le goût exquis de représenter un Juif, une pièce d'or à la main. Paraît que ça les aide à devenir riche.

Comme quoi on raconte, moi le premier, beaucoup de bobards quand on taxe les Polonais d'antisémitisme primaire.

Laurent Sagalovitsch
Laurent Sagalovitsch (159 articles)
romancier
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