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Coûteux mais indispensable, le Stade de France fête ses 20 ans

Yannick Cochennec, mis à jour le 29.01.2018 à 14 h 28

Inauguré le 28 janvier 1998, le Stade de France s'appuie sur une histoire très riche marquée par son exceptionnel acte de naissance.

Vue aérienne du Stade de France, le 15 octobre 2008 | Joël Saget / AFP

Vue aérienne du Stade de France, le 15 octobre 2008 | Joël Saget / AFP

Didier Deschamps, amateur de la litote grinçante, avait prévenu: «Oui, le terrain est un rectangle à pelouse verte et oui, on sera à 11 contre 11.» Nous étions alors au seuil du match amical France-Espagne, programmé le mercredi 28 janvier 1998. Mais la configuration était bien inhabituelle et même très spéciale pour le sport français puisqu’il s’agissait d’inaugurer le Stade de France, baptisé ainsi dès 1995 après une consultation orchestrée par Bernard Pivot, en directeur de jury

C’est la chance inouïe du Stade de France: être né sous une si bonne et si belle étoile par la grâce d’un but de Zinedine Zidane lors de ce France-Espagne scellé sur le score de 1-0 dans un froid de loup. Ce soir-là, ZZ avait regretté l’état du terrain qui, avait-il dit, «a limité le spectacle», mais prendre la mesure de la Roja, invaincue depuis trois ans et demi, avait permis d’évacuer cette petite contrariété. L’émotion avait affleuré au cœur de la toute puissante architecture du Stade de France, construit en 25 mois et fier de montrer ses pectoraux d’acier et de béton d’un poids total de 500.000 tonnes. Quelques chiffres en pagaille avaient alors donné la mesure du monstre: 180.000 m3 de béton, 32.000 tonnes d’acier, 320 m de long, 280 m de large, 17 hectares de superficie, 18 escaliers de 70 marches, 2.000 m2 de bureaux, 1.200 m2 de vestiaires, 10.900 m2 de verrière pour un coût global de deux milliards de francs. L’Équipe avait porté un jugement lucide au soir du 28 janvier 1998:

«Comme constructeur du SDF, le consortium a réussi sa mission. En tant qu’exploitant, il se retrouve face à un sacré chantier

Ce 28 janvier 1998 était même tellement exceptionnel que Jacques Chirac, alors président de la République, figurait à la une du quotidien sportif auquel il avait donné une longue interview. En dépit du fait qu’il n’était pas réputé pour avoir une grosse culture sportive, ou pour avoir un goût véritablement prononcé pour cette passion populaire qu’est le football, l’hôte de l’Elysée avait prévenu lors de cet entretien: «La Coupe du monde doit marquer l’histoire de notre pays».

Une de l'Equipe du 28 janvier 1998

Moins de six mois plus tard, c’était fait, et comment, grâce au triomphe des Bleus d’Aimé Jacquet qui allaient envoyer la France au paradis d’un bonheur éternel qu’aucun autre événement ne pourra jamais égaler avant longtemps. Pensez donc: dominer le Brésil 3-0 en finale de la compétition la plus suivie de la planète, quelle autre performance dans le futur pourrait avoir l’audace de rêver approcher le nirvana d’un tel tour de force? Pour Jacques Chirac, ce fut aussi un stade porte-bonheur comme son fameux maillot n°23. Marginalisé dans la cohabitation depuis le printemps précédent par Lionel Jospin, Premier ministre, il allait en sortir également vainqueur, par la force des sondages qui, après la Coupe du monde, allaient se retourner complètement en sa faveur jusqu’à sa réélection de 2002. 

Témoin de l'histoire du sport français et international

Vingt ans plus tard, il est impossible de contester l’utilité d’une enceinte qui continue d’enthousiasmer certains, toujours séduits par le profil de soucoupe volante voulu par les architectes Michel Macary, Aymeric Zublena, Michel Regembal et Claude Costantini, ou d’en agacer d’autres qui n’y ont jamais trouvé l’intimité ou l’acoustique du Parc des Princes. Le Stade de France a imprégné l’histoire du sport français et international, à travers une Coupe du monde de football, une autre de rugby, un Euro de football ou un Championnat du monde d’athlétisme. Il s’est inscrit dans le paysage musical de la scène parisienne avec Johnny Hallyday en premier ambassadeur. Il a transformé l’économie et la réputation de cette partie de la Seine-Saint-Denis. Il a été aussi, hélas, le théâtre, effroyable, des attentats du 13 novembre 2015. Et il se tourne demain avec optimisme vers les Jeux olympiques de 2024 en ayant été l’axe central du comité de candidature.

Johnny Hallyday, le 05 septembre 1998 au Stade de France de Saint-Denis, où 80 000 spectateurs dont le président de la République Jacques Chirac, sont venu l'acclamer. | Jack Guez / AFP

Mais le Stade de France a été également au diapason de son pays, pas toujours au rendez-vous lorsqu’il s’agit de tenir ses promesses. Il n’a pas trouvé le club résident qu’on lui avait prédit et qui était censé le faire vivre à l’année. «Ça fait réfléchir», s’était pourtant ébahi Bernard Brochand, l’un des dirigeants de l’époque du Paris Saint-Germain, après le France-Espagne de 1998. Du bluff parce qu’il n’a jamais été question pour le PSG de quitter le Parc des Princes. La Mairie de Paris ne le voulait tout simplement pas.

Aujourd’hui, le Stade de France est toujours à la recherche d’une viabilité économique introuvable depuis que le gouvernement d’Édouard Balladur, alors sur le départ en avril 1995, avait concédé la gestion du stade, pour une durée de 30 ans, à un consortium administré par Bouygues (33% aujourd’hui) et Vinci (67%). Les dégâts financiers ont été conséquents pour les finances publiques entre 1998 et 2012, «quand l’État a dû verser 17 millions par an de pénalités au Consortium pour absence de club résident, soit 5% du budget du ministère des Sports», comme le soulignait L’Équipe Magazine en 2016.

Un Orange Stade de France ou l’AXA Stade de France pour rééquilibrer les comptes?

En 2013, Valérie Fourneyron, ministre des Sports, a réussi à imposer au Consortium de ne plus verser l’indemnité compensatrice pour absence de club résident. Ledit Consortium s’est à son tour retrouvé lui-même dans le rouge. Après une perte de 1,95 million d’euros en 2015, la société gérante a déploré un trou de 5,98 millions d’euros pour l’exercice 2016 selon les données officielles déposées au tribunal de commerce de Paris et révélées par Capital.fr en attendant les résultats 2017 sans doute moins déprimants grâce à un calendrier de concerts plus étoffé. Dans ce contexte difficile, l’arrivée sur le marché sportif et musical de l’U Arena, dans les Hauts-de-Seine, dont la jauge peut atteindre 40.000 places comme pour le passage des Rolling Stones, n’arrange évidemment rien avec un avantage indiscutable pour les routeurs de spectacles: disposer d’un toit pour être accessible de janvier à décembre.

Fin donc du contrat Bouygues-Vinci en 2025, dans le sillage immédiat des Jeux olympiques, avec l’obligation pour l’État d’en faire, enfin et d’ici là, une enceinte profitable selon le vœu de Laura Flessel, ministre des Sports. «Il est dans l'intérêt de l'Etat de revaloriser ce lieu iconique, a-t-elle dit aux Echos en octobre dernier. Nous devons rendre le Stade de France rentable. Pourquoi ne pas imaginer un “naming”? J'observe aussi que des entreprises sont intéressées à participer à son exploitation. C'est d'ailleurs le modèle dominant en Europe.» Alors, l’Orange Stade de France ou l’AXA Stade de France pour rééquilibrer les comptes, qui sait? 

Même si la menace d’un départ du XV de France a été écartée avec l’annulation du projet du Grand Stade de rugby dans l’Essonne, le modèle de fonctionnement du Stade de France est à repenser d’autant que des travaux vont être nécessaires pour lui rendre une deuxième jeunesse à l’aube des Jeux olympiques. Et le rugby, partenaire essentiel avec le football, se montre indocile avec le déplacement d’un match du Tournoi des VI nations –France-Italie–de Saint-Denis à Marseille dès le 23 février prochain –une première pour le XV de France dans cette épreuve– ainsi qu’une révision envisagée du programme de localisation des tests d’automne après une affluence décevante (55.000 personnes) lors du dernier France-Afrique du Sud au SDF. Lors de sa campagne à la présidence de la Fédération française de rugby (FFR), Bernard Laporte avait exprimé sa volonté de «négocier une entrée au capital du Stade de France» en établissant notamment une nouvelle convention plus favorable à la FFR qui devrait se décider d’ici à l’été prochain. Le rapport de force est déjà entamé comme avec la Fédération française de football (FFF) souvent critique au sujet de ses propres relations financières avec le Consortium. Le stade sera, de toute façon, bien nécessaire pour la Coupe du monde de 2023. Sauf catastrophe, il est encore là pour très longtemps… 

Yannick Cochennec
Yannick Cochennec (584 articles)
Journaliste
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