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Si Emmanuel Macron était un roi de France, ce serait...

Gaël Brustier, mis à jour le 12.01.2018 à 11 h 43

À quel monarque notre président ressemble-t-il? L’exercice ludique consistant à lui répondre désignerait plutôt un roi au songe de grandeur impériale servi par un véritable appareil de propagande.

Emmanuel Macron sur le perron de l'Élysée, le 4 décembre 2017 | Ludovic Marin / AFP

Emmanuel Macron sur le perron de l'Élysée, le 4 décembre 2017 | Ludovic Marin / AFP

«Dans la politique française, cet absent est la figure du roi, dont je pense fondamentalement que le peuple français n'a pas voulu la mort. La Terreur a creusé un vide émotionnel, imaginaire, collectif: le roi n'est plus là! On a essayé ensuite de réinvestir ce vide, d'y placer d'autres figures: ce sont les moments napoléonien et gaulliste, notamment. Le reste du temps, la démocratie française ne remplit pas l'espace.»

Cette déclaration d’Emmanuel Macron, alors «seulement» ministre de l’Économie et des Finances de François Hollande, éclaire sur la conception qu’il s’est forgée de la fonction présidentielle sous la Ve République et, également, de l’Histoire de France et de ce que l’actuel président semble ériger au rang de fondamentaux.

Après deux quinquennats qui avaient contribué à affaiblir cette clé de voute du régime qu’est la fonction présidentielle, Emmanuel Macron s’est immédiatement appliqué à la «restaurer», trahissant au passage le sentiment ancien qui était le sien quant à la présidence Hollande. Ses premiers pas de président, quittant la Cour Carrée du Louvre pour cheminer en direction d’une (petite) foule agglutinée entre la Pyramide et le Carrousel, faisaient immanquablement penser au François Mitterrand de 1988, à la réélection triomphale et à l’image de monarque bâtisseur autant qu’ils empruntaient, sans doute très involontairement, à une esthétique évoquant le cinéma de Murnau. Le message était limpide: François Hollande gérait, Emmanuel Macron règnerait.

Il y a une certaine facilité à croire que la seule «restauration» d’une présidence de la République conçue comme la clé de voûte de notre République pourra résoudre durablement une crise de régime rampante. Elle révèle l’obsession monarchique de notre République. Si le président revendique son inscription dans la longue histoire de nos défuntes monarchies, il devient amusant de chercher dans la longue liste de nos monarques disparus celui qui se rapprocherait le plus de l’actuel président.

Louis, douzième du nom, fut un peu le Macron de son temps

Emmanuel Macron n’est évidemment pas monarque absolu. Loin d’être un Louis XIV, il ne peut être comparé qu’à un autre monarque, contemporain d’une certaine incertitude internationale, entre deux époques et qui fut très tôt, au cœur d’un contexte dynastique complexe, «disponible» pour un destin royal.  Ni Louis XIV donc, ni Louis XIII, ni Louis XVI, c’est en Louis XII qu’on trouve quelques traits communs avec le présent, liés à la configuration internationale de deux temps. Tenté un temps par l’affirmation d’une ferme opposition au gouvernement royal de Charles VIII, il lui resta fidèle mais chercha des soutiens dans toutes les élites nobiliaires du royaume. L’ambitieux prétendant fut écarté de la vie politique par Charles VIII, sorte de François Hollande en franchement moins velléitaire. Ce roi de France, Louis, douzième du nom, fut un peu le Macron de son temps. Entre Moyen-Âge et Renaissance, le prédécesseur de François Ier, roi presqu’oublié aujourd’hui, présenta donc quelques traits très macroniens si l’on fait abstraction d’évidents anachronismes.

Louis XII | By Sorelv [CC BY-SA 4.0], via Wikimedia Commons

C’est en fait la magnifique biographie de Didier Le Fur, historien de renom, consacrée à cet «autre César» qui éclaire sur le destin exceptionnel d’un souverain aux grandes ambitions et à la l’habileté politique fondatrice. Louis XII renforce la royauté par des prescriptions institutionnelles revendiquées des siècles plus tard par… la Restauration. Emmanuel Macron est un fervent défenseur d’une Ve République durcie dans ses fondamentaux.
Louis XII glorifie la nation qu’il incarne. Si ce roi développe un discours sur la nation, celle-ci se projette dans sa personne. Césariste s’il en est mais non jupitérien, pour Louis XII c’est à travers sa personne que la nation s’incarne, que chacun peut éprouver de l’attachement à elle.

Louis XII s’employa à une politique de constante légitimation de son activité régnante dans une France morcelée et à la laquelle il destinait ce discours de légitimation.
Louis XII bénéficie aussi d’un appareil de propagande efficace que relaie son discours de défense nationale (après la Guerre de Cent ans) mais aussi de conquêtes de nouveaux territoires. Macron songe au monde (cf sa visite à Xi) Louis XII rêvait à l’empire, c’est-à-dire finalement à l’Europe. Et sa machine de propagande servait son dessein.

Ainsi Louis XII, par quelques aspects, ressemble à Emmanuel Macron. Entre deux époques, Prince à l’ambition internationale affirmée, soucieux d’entretenir un dispositif de propagande légitimer son action et en particulier son ambition de faire du régime royal le meilleur aux yeux de ses sujets. Janvier est le mois où l’on parle des rois, plus capétien et valois que bonaparte, le président de la République nourrit-il les mêmes rêves internationaux que ses prédécesseurs ?
 

Gaël Brustier
Gaël Brustier (121 articles)
Chercheur en science politique
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