Double XCulture

«Nunuche» et «misogyne»: Titanic vu par une ado de 2017

Repéré par Léa Marie, mis à jour le 20.12.2017 à 17 h 28

Un regard neuf, caustique et surprenant sur le film le plus romantique du 7ème art. 

Rose et Jack, Titanic. Via moviestillsdb

Rose et Jack, Titanic. Via moviestillsdb

20 ans déjà. Le 19 décembre 1997 sortait Titanic, l'un des films les plus cultes –mais aussi les plus discutés– de l'histoire du cinéma. Couronné par 11 oscars, l'oeuvre de James Cameron représentait, dans l'esprit de nombreuses femmes, l'une des plus belles histoires d'amour jamais portées à l'écran. Et que sa fin tragique achevait de sublimer. 

Qu'en est-il aujourd'hui? La romance entre la splendide Rose (Kate Winslet) et le magnétique Jack (Leonardo DiCaprio) fait-elle toujours vibrer les jeunes filles de 2017? À l'occasion de l'anniversaire du film, le site Broadly a fait visionner Titanic à une adolescente qui ne l'avait jamais vu. Un regard critique «frais et conscient» d'une Américaine évoluant dans une société qui, en l'espace de deux décennies, a tâché de remettre en question bon nombre de dogmes. Si ses propos très pragmatiques et très second degré n'engagent qu'elle, difficile de ne pas y voir le reflet d'une jeunesse désillusionnée (au sens positif du terme?), désireuse de dépoussiérer les mentalités et plus vigilante en matière d'égalité.

Le point de vue d'une ado 2.0

À 17 ans, Emily Odesser n'a jamais vu Titanic –une immense lacune, selon ses amis– mais sait de quoi ce film iconique (selon ses mots) parle. Elle en résume le synopsis avec une désinvolture teintée d'humour:

«En gros, l'intrigue c'est: une fille et un gars montent sur un bateau (le gars est super attirant mais pauvre, la fille super attirante mais hyper riche), le gars et la fille se rencontrent, le gars et la fille tombent amoureux, le gars croit qu'il peut voler, le gars peint la fille, y'a un iceberg, la fille refuse de fuir, le gars gèle, et y'a la musique de Céline Dion.»

Le ton est donné. Emily trouve Leonardo DiCaprio canon, surtout «le jeune LDC», comme elle le surnomme. Malgré cela, elle explique n'avoir pas été attirée par l'intrigue, à laquelle elle ne peut pas s'identifier. «Surtout depuis que j'ai endossé la mission féministe de ne consommer que de l'art créé par des femmes pendant un an», commente-t-elle.

Des scènes super «cuculs»

«Malaisant» et «cliché». Tels sont les mots qui reviennent le plus fréquemment à la bouche de l'adolescente lorsqu'elle debriefe le film. À commencer par le légendaire: «Je suis le maître du mondeeeee!» de Jack, qui exulte d'être à bord du bateau le plus luxueux jamais conçu.

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Capture d'écran du film Titanic

Mais d'autres scènes, assure-t-elle, ont de quoi rivaliser. Car qui dit histoire d'amour hors du commun dit situations et dialogues ultra-romantiques...Voire carrément «too much», pour Emily.

C'est le cas du moment mythique où Jack porte Rose sur la proue du navire et lui fait fermer les yeux jusqu'à ce qu'elle s'écrie, exaltée: «Jack, je vole!», puis les deux amants échangent leur premier baiser. «Je sais que cette scène est censée être sublime et intemporelle, mais leur dialogue et leurs réactions sont tellement mélo-dramatiques que je l'ai à vrai dire trouvée plutôt hilarante», confie cyniquement Emily. 

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Capture d'écran du film Titanic

Vient ensuite la scène de nu –considérée par beaucoup comme l'une des scènes les plus sexy de l'histoire– où Jack démontre à Rose qu'il est aussi beau que talentueux. Il révèle son goût pour la peinture à sa dulcinée, qui finit par lui lâcher «Jack, je veux que tu me dessines comme l'une de tes Françaises", avant de se déshabiller puis de s'allonger dans une position sensuelle. «Ça me rappelle mon année de seconde, où à chaque fois que quelqu'un était en position horizontale on sortait cette réplique pour rigoler», raconte la jeune fille. 

Enfin, rappelle-t-elle, Jack est un vagabond démuni, embarqué à bord du Titanic à la dernière minute après avoir gagné son billet (en troisième classe) lors d'une partie de poker. «J'sais pas, on pourrait se dire qu'en ayant gagné sa place sur le bateau le plus sélectif au monde, tu la jouerais un peu profil bas. Mais non, il grimpe sur la balustrade de la proue et crie qu'il est le roi du monde.»

Titanic, pas très féministe?

Titanic a été pensé, écrit et réalisé par un homme. Et ça se sent, affirme Emily, qui regrette l'image peu assez peu flatteuse, d'après elle, du personnage de Rose. Au début du film, Jack et Rose se rencontrent alors que la jeune femme s'apprête à mettre fin à ses jours en sautant à l'eau. Avant, bien sûr, que le beau gosse ne l'en dissuade. «Il va utiliser probablement l'une des pire méthodes de dissuasion au suicide», ironise Emily, «à savoir, la challenger ["Fais-le. Je sais que t'en es pas capable"]. Mais vu qu'on est dans une comédie romantique, ça marche parfaitement.» Autre élément curieux à ses yeux: après ce fameux sauvetage, «le rétablissement de Rose va être complètement zappé». Elle passe en quelques heures d'une mondaine suicidaire à une amante passionnée échappée de son carcan social. Ah, l'amour, ça vous change une femme! 

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Capture d'écran du film Titanic

«Teach me how to ride like a man» («Apprends-moi à faire du cheval comme un homme») «et à cracher comme un homme», implore Rose à Jack lorsque les amoureux parlent équitation. Une réplique qui irrite visiblement Emily, qui voit en Rose une femme un peu coincée et nunuche. 

Seule exception positive d'après Emily: la scène, mentionnée précédement, dans laquelle Rose décide, de sa propre initiative, de se dénuder pour que Jack la dessine. L'ado voit-là «an empowering moment for her», («un moment émancipateur pour elle») où la protagoniste est l'initiatrice de cette «expérience érotique», maîtresse de son corps et de sa sexualité. 

Doit-on vraiment parler de la fin? Encore aujourd'hui, la bouleversante scène finale déchaîne les passions. Il y avait indéniablement de la place pour deux sur le radeau de la fortune, affirment d'innombrables internautes. Rose aurait donc pu laisser laisser de la place à Jack afin de le sauver lui aussi. Une façon implicite de pointer du doigt l'égoïsme prétendu de la jeune femme, bien que le réalisateur lui-même nie en bloc cette hypothèse.  

Verdict?

Malgré ses nombreuses critiques acerbes et ses commentaires sarcastiques, Emily accorde tout de même la note de 6 sur 10 au film, qu'elle trouve «cinématographiquement beau» et qui a su la captiver. Elle trouve le personnage de Kate Winslet intéressant à analyser mais conclut non sans une certaine amertume: «Mais j'ai aucune envie d'apporter mon soutien à l'oeuvre de Kate Winslet après ses commentaire sur Woody Allen.» En plein mouvement #MeToo suite à l'affaire Weinstein, l'actrice a récemment pris la défense du réalisateur et loué ses mérites de manière quasi-dithyrambique.

 

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