Science & santé

Vous n'aimez pas votre corps? Il est grand temps de lire ceci

Antoine Pelissolo, mis à jour le 05.12.2017 à 17 h 34

Nombre d’hommes et de femmes n’aiment pas leur nez, leurs jambes, leurs cheveux, leur silhouette… Voici plusieurs techniques pour faire de son corps une source de confiance en soi.

Le degré d’insatisfaction de son corps peut être extrêmement violent et insupportable. | Septian Simon/Unsplash via Flickr CC License by

Le degré d’insatisfaction de son corps peut être extrêmement violent et insupportable. | Septian Simon/Unsplash via Flickr CC License by

«Je n’ai rien contre les psys, et pour cause!», écrit notre auteur, professeur de psychiatrie, en préambule de son livre Vous êtes votre meilleur psy! (éd. Flammarion). Il a rassemblé dans cet ouvrage des principes dont l’efficacité est scientifiquement reconnue et que l’on peut appliquer par soi-même pour surmonter certaines difficultés. L’extrait que nous publions ci-dessous porte sur l’acceptation de son corps.

«Je n’aime pas mon nez», «Je n’aime pas mes jambes», «Je n’aime pas mes cheveux», «Je n’aime pas ma silhouette». Les motifs d’insatisfaction corporelle sont infinis, au moins aussi nombreux que les parties de notre corps et que nos exigences à leur sujet.

Très peu de gens sont pleinement (et définitivement!) heureux de leur corps, et c’est même assez louche en général… Le degré d’insatisfaction, et surtout de souffrance liée à cette insatisfaction, est variable d’une personne à l’autre. Parfois tout à fait modéré et acceptable, il peut être extrêmement violent et insupportable. Si les petits complexes sont courants et bénins, les plus sérieux peuvent devenir pathologiques car obsédants, angoissants, voire handicapants au quotidien. On parle en médecine de «dysmorphophobie»: l’impression ou la conviction, exagérée ou fausse, d’une disgrâce physique majeure devient envahissante et très douloureuse.

Heureusement, ces obsessions sont modifiables. Retrouver une relation plus apaisée avec son corps est tout à fait possible.

La subjectivité par excellence

La représentation que nous avons de notre corps n’est pas du tout celle d’un objet banal. Elle vient d’un mélange complexe et intime de notre perception visuelle, forcément biaisée car non extérieure à soi, de nos perceptions sensorielles, de notre imaginaire conscient et inconscient, et également de ce que nous projetons dans le regard de l’autre car notre corps y est en permanence exposé.

De nombreuses émotions peuvent être associées à cette représentation, complexes et subtiles, et elles peuvent aussi varier grandement dans le temps. Ces émotions peuvent être positives (satisfaction, fierté, plaisir, etc.), mais aussi –fréquemment– négatives vis‑à-vis de soi-même, avec un certain inconfort qui peut aller jusqu’à un dégoût très intense; vis‑à-vis des autres, avec une gêne plus ou moins forte ou une véritable honte.

La représentation que nous avons de notre corps et les émotions associées varient dans le temps. Larm Rmah/Unsplah, CC BY

Le jugement porté sur son propre corps n’est jamais objectif ni fondé sur des critères uniquement esthétiques. Non, il se nourrit de toutes nos émotions intimes, de notre histoire personnelle, et beaucoup de l’estime que l’on se porte à soi-même et que l’on a reçue, ou pas, des autres. L’environnement social et culturel joue aussi un rôle important, en particulier aujourd’hui, où l’image et l’apparence physique sont tellement valorisées.

Ces défauts que les autres ne voient pas

Parmi les motifs d’insatisfaction les plus fréquents figurent bien sûr le poids et l’apparence de la silhouette. Se trouver «trop» gros ou grosse est un sentiment banal que beaucoup ont rencontré un jour. Plus exceptionnellement, certains se trouvent trop maigres, ou en tout cas pas assez musclés, une plainte de plus en plus fréquente chez les garçons et les hommes de nos jours.

Tous les degrés de préoccupation sont possibles. On peut considérer que l’insatisfaction devient anormale quand elle dure dans le temps, quand elle perturbe l’esprit et fait émerger un ressenti pénible, et quand elle altère certains comportements: ne pas pouvoir s’habiller comme on le souhaiterait, ne pas avoir les activités voulues (piscine, sport, autres sorties, etc.), et modifier de manière excessive son alimentation.

Les cas extrêmes –les personnes souffrant d’anorexie mentale ou d’autres troubles du comportement alimentaire– s’expliquent par une perturbation de l’image du corps; les conduites de restriction exagérées ou de régimes drastiques à répétition –moins graves– sont aussi sous-tendues par ce type de préoccupation corporelle.

Les autres complexes physiques et objets de dysmorphophobies courants concernent l’apparence d’une partie du corps (surtout le nez, les oreilles, le front, les cuisses ou les fesses), considérées comme laide ou anormale. La peau est aussi un sujet de préoccupation très important pour de nombreuses personnes, des femmes surtout. C’est par exemple l’impression d’avoir une couleur ou une surface de peau disgracieuse, ou bien des boutons ou d’autres rougeurs fortement dérangeantes. Dans chaque cas, peu importe finalement qu’il existe ou non un réel défaut physique sous-jacent. L’excès de préoccupation se traduit par un inconfort intense et par une attention trop souvent fixée sur le problème supposé.

Si vous passez beaucoup de temps à surveiller votre apparence, à scruter votre image dans le miroir, à vous comparer aux autres ou à poser des questions à vos proches sur ce qu’ils en pensent, cela va un peu trop loin. Il en est de même si vous passez beaucoup de temps à essayer de masquer ou de corriger les défauts supposés de manière artificielle ou si vous évitez des situations qui vous dérangent, comme vous faire prendre en photo, mettre des tenues peu couvrantes, ou tout simplement vous exposer au regard des autres.

Passer beaucoup de temps à surveiller son image traduit un excès de préoccupation corporelle. Ali Marel/Unsplash, CC BY

Zoom arrière au lieu de zoom avant

Pour des changements à long terme, interrogez-vous d’abord sur les causes profondes de vos complexes. Essayez de travailler en particulier sur des souvenirs douloureux, sur l’estime que vous avez de vous-même, ou encore sur votre perfectionnisme, à l’aide des chapitres précédents.

Des changements plus concrets, centrés sur les préoccupations physiques dont vous souffrez, peuvent aussi être réalisés et donner de bons résultats à court ou moyen terme.

La première étape indispensable est de faire la paix avec votre corps. Pour cela, considérez-le de manière globale, sans vous focaliser sur une seule partie ou un seul aspect. Plutôt que de zoomer en permanence sur le défaut perçu, pour le surveiller, le comparer, ou aussi pour éviter de le voir, procédez à un «zoom arrière» vous acceptant en entier tel que vous êtes. Il ne s’agit pas de chercher à oublier totalement le détail qui vous préoccupe, ce qui serait irréaliste, mais de l’intégrer à un ensemble plus large, votre propre personne, avec toutes les qualités que vous pouvez vous attribuer. Vous réapproprier votre corps, et vous sentir bien avec lui. Selon ce que vous aimez et êtes en capacité de faire (marcher, courir, danser, faire du yoga, etc.), votre corps peut devenir une source de plaisirs et de confiance en vous. Cette prise de conscience et cette rencontre positive pourront se substituer progressivement à l’obsession de vos défauts supposés.

Comme un exercice, regardez-vous régulièrement dans un miroir ou sur des photos ou des vidéos en vous efforçant d’avoir une vision globale –et non-focale sur la partie qui vous préoccupe. Cet exercice, anxiogène au début, deviendra progressivement plus facile. Vous pouvez en même temps vous rappeler tout ce que vous aimez en vous et ce que les autres semblent apprécier (votre taille, votre sourire, vos cheveux, votre énergie, etc.). L’idée est d’associer à votre image des sentiments plus positifs pour «occuper le terrain» contre les pensées négatives qui risquent de s’y accrocher comme un Velcro si vous n’y prenez garde!

Il faut aussi tout bonnement vous réhabituer à voir votre propre corps. Chez vous, quand vous le pouvez, n’hésitez pas à rester en «petite tenue» plus longtemps que d’habitude et à poursuivre ainsi normalement vos occupations sans fuir les miroirs que vous pourriez croiser. Il ne faut plus que vous soyez surpris et dérangé par votre image quand vous y serez confronté à l’improviste à l’extérieur, dans le reflet d’une vitre, ou en photo.

Osez vous montrer

Le deuxième type d’exercice à réaliser consiste à ne plus vous cacher. Ce qui demande un effort de volonté. Votre tendance naturelle est plus probablement de dissimuler la ou les parties qui vous dérangent, pour ne pas risquer d’attirer l’attention et donc les jugements sur votre point sensible. Vous obtenez, certes, un sentiment de soulagement sur le moment, mais plus vous vous cacherez, plus vous accentuerez votre gêne ou votre honte à long terme.

Osez vous montrer tel que vous êtes, sans ostentation particulière mais sans dissimulation artificielle non plus. Ceci réduira votre anxiété, par habituation, et limitera vos obsessions en laissant votre esprit disponible pour tout autre sujet d’intérêt.

Pour chacune des parties du corps qui vous gênent, repérez les stratégies de dissimulation que vous utilisez, et supprimez-les progressivement:

Conseils tirés du livre Vous êtes votre meilleur psy d’Antoine Pelissolo (Éditions Flammarion). Freepik/Flaticon, CC BY

Plus vous vous exposerez de manière volontaire aux yeux des autres, plus vous pourrez vous accepter tel que vous êtes, en tant que personne digne d’intérêt dans sa globalité.

Des exercices de «défilé de mode» sont très utiles pour cela. Seul d’abord, puis avec des amis de confiance. Marchez comme un mannequin, suffisamment longtemps pour vous y habituer (après un premier temps de gêne ou d’amusement inhérent à cette situation évidemment artificielle). Habituez-vous à être observé, scruté et donc admiré ! De même, confrontez-vous aux appareils photo et aux prises de vidéos, ce qui mobilisera la crainte profonde de s’exposer sans protection, et surtout de produire une image de soi qu’on ne maîtrise plus. Des séances de «shooting» vraiment prolongées (au moins quinze minutes) et répétées, seul puis si possible avec l’aide de complices informés de vos objectifs, vous aideront vraiment pour la mise à distance de vos complexes. Et vous pourrez les compléter par une nouvelle désensibilisation en contemplant ensuite les photos et vidéos !

Halte aux comparaisons et aux interprétations!

Deux tendances néfastes risquent de refaire surface régulièrement, pendant assez longtemps, dans la vie quotidienne lors de contacts sociaux.

La première est la tentation classique de vous comparer aux autres, sur les sujets qui vous préoccupent et en général à votre détriment! Ces comparaisons sont dénuées de sens car elles ne sont jamais objectives, les critères esthétiques étant toujours discutables. Surtout, vous ne pourrez jamais avoir la même vision que les autres sur vous-même, l’angle de vue étant radicalement différent! Que vous soyez rassuré ou non sur le moment, ces comparaisons ne contribuent qu’à entretenir votre obsession physique: la satisfaction que vous pourriez en tirer s’avère forcément artificielle et donc, très volatile.

La deuxième tendance à combattre est celle qui vous pousse à penser à la place des autres, à propos de votre apparence: «Il a vu mes défauts», «C’est évident qu’il me trouve trop grosse», «Elle a tout de suite repéré mes boutons», etc. Tout silence, propos ambigu, regard de travers ou souriant est interprété négativement si votre état d’esprit vous y pousse. Ces jugements à l’emporte-pièce ne s’appuient pourtant sur aucune certitude car vos interlocuteurs ne vous diront jamais ce qu’ils pensent vraiment sur ces sujets éminemment intimes. Le plus probable est que leur attention et leurs pensées soient plus attirées par votre attitude globale, par votre discours et votre disponibilité à leur égard que par les détails que vous redoutez.

Lors d’échanges, essayez donc de consacrer l’essentiel de votre vigilance au sujet de la conversation, aux questions posées par les interlocuteurs et aux réponses que vous pouvez leur faire, et intéressez-vous authentiquement aux autres, pas pour savoir à tout prix ce qu’ils pensent de vous…

Mieux accepter son poids

Le rapport de chacun à son propre poids est une histoire longue et complexe, déterminée par des facteurs individuels et socio-culturels multiples. Hélas, beaucoup d’éléments poussent à une insatisfaction, voire à un rejet de soi-même qui peuvent être très douloureux et délétères.

Prenons deux exemples:

  1. le changement naturel du corps lié à l’âge: pour beaucoup d’entre nous, les années qui passent se traduisent par la prise de quelques kilos, parfois plus. Certains refusent cette réalité biologique et s’obstinent à vouloir retrouver à cinquante ans la silhouette de leurs vingt ans, au prix de régimes acharnés et contre-productifs;

  2. les normes de beauté et de poids transmises par la publicité et les médias: artificielles et incompatibles avec la «vraie vie», elles sont malgré tout dans nos têtes et influent sur l’image que nous avons de nous-mêmes.

Changez de référentiel

La prise de quelques kilos et les normes de poids peuvent entraîner un rejet de soi-même. Jennifer Burk/Unsplash, CC BY

La question d’un surpoids éventuel, qui peut justifier d’être attentif à son alimentation et à son mode de vie pour des raisons médicales notamment, n’est pas du tout antinomique avec celle d’une meilleure acceptation de son corps et de son apparence. Au contraire, il est même impossible de perdre durablement du poids en luttant contre soi-même et en culpabilisant, les privations drastiques et quasi sadiques aboutissent fatalement à des rechutes.

Pour apaiser votre rapport à votre image, commencez par accepter que vous ne retrouverez probablement jamais le poids de votre jeunesse, ni celui des photos (transformées) des mannequins des magazines. En général, il est plus réaliste de viser la silhouette des personnes du même âge et du même sexe de sa famille, quand elles sont en bonne santé, du fait des facteurs génétiques qui jouent un vrai rôle. Une acceptation pas toujours simple, mais qui rejoint ce que nous avons déjà évoqué sur l’estime de soi: la valeur d’une personne dépasse largement sa seule apparence physique et ce que l’on imagine du regard des autres.

Éloignez la balance

Comme pour les autres obsessions physiques, il est important de vous concentrer sur des déterminants sains et utiles plutôt que sur des indices trompeurs. Une balance est bien sûr un outil nécessaire pour surveiller son poids, mais l’obsession de la pesée est dangereuse car elle peut engendrer des idées fausses et des comportements délétères. Se peser tous les jours ou tous les deux jours peut, du fait de variations quotidiennes du poids un peu aléatoires, conduire soit à se décourager si la balance est à la hausse, soit à espérer faussement une baisse durable dans le cas contraire. Il est donc préférable d’espacer les pesées. Je préconise une fois par semaine ou même toutes les deux semaines. Des variations franches seront alors nettement plus significatives.

Plutôt que de vous peser, concentrez-vous sur vos comportements, ceux que vous devez modifier à long terme: manger plus équilibré, notamment moins de graisses et de sucre, pratiquer plus d’activités physiques, et mettre en place un rapport de bien-être avec votre corps. Sans que cela devienne non plus une obsession, il est préférable de surveiller plus souvent son podomètre (en visant par exemple au moins 7 000 pas par jour en moyenne) que sa balance…

The ConversationAu total, le but à viser est la réconciliation avec votre personne dans son ensemble, sur la base de vraies valeurs de vie et d’échanges sincères avec les autres, sans perfectionnisme excessif ni exigence totalitaire envers vous-même. Voilà qui diminuera d’autant les fixations stériles que vous pouvez avoir sur des aspects physiques superficiels.

 La version originale de cet article a été publiée sur The Conversation.

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Antoine Pelissolo
Antoine Pelissolo (4 articles)
Professeur de psychiatrie
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