Science & santé

«Un CDI, une belle voiture, une belle maison… Je ne me retrouve pas dans ces schémas»

Lucile Bellan, mis à jour le 05.12.2017 à 14 h 38

Cette semaine, Lucile conseille Audrey, une jeune femme qui ne se reconnaît pas dans les valeurs mises en avant par la société.

Portrait d'une Dame | par Klimt via Wikimedia CC License by

Portrait d'une Dame | par Klimt via Wikimedia CC License by

«C’est compliqué» est une sorte de courrier du cœur moderne dans lequel vous racontez vos histoires –dans toute leur complexité– et où une chroniqueuse vous répond. Cette chroniqueuse, c’est Lucile Bellan. Elle est journaliste: ni psy, ni médecin, ni gourou. Elle avait simplement envie de parler de vos problèmes. Si vous voulez lui envoyer vos histoires, vous pouvez écrire à cette adresse: [email protected]

Pour retrouver les chroniques précédentes, c’est ici.

Je m'appelle Audrey, j'ai 21 ans.

J'ai eu différents parcours mais actuellement je suis dans une formation de deux ans dans le social. Sauf que voilà j'ai beaucoup de difficultés à aller au bout de cette formation. J'ai le sentiment qu'à cause de mes hésitations, je ne vais jamais au bout des choses. Je ne trouve pas ma place dans cette société par le travail, pourtant j'ai un copain, des amis –même si éloignés– une famille présente…

J'ai l'impression que ce que je suis est majoritairement ce que je fais, c'est-a-dire mon job ou mon non job. Je me posais pas autant la question avant, je profitais de la vie sans me soucier de tout cela. Désormais, je ne cesse de penser à ce que je vais bien pouvoir devenir et aux attentes de mon entourage.

J'ai le sentiment qu'on ne nous laisse pas le temps d'expérimenter, de nous chercher. On doit direct faire des études, un diplôme, décrocher un poste en CDI et bien sûr si l’être aimé gagne bien, c'est mieux, pour avoir une belle maison, une belle voiture et une «belle vie»!

Mais je ne me retrouve pas dans ces schémas. Je ne sais pas quoi faire de ma vie par rapport à tout ça! Quels seraient tes conseils pour essayer de s'épanouir dans une société avec des valeurs avec lesquelles on n'est pas en accord?

Audrey

Chère Audrey,

C’est une excellente question. Je me la pose souvent à vrai dire. Comme vous, j’aurais aimé faire la fierté de ma famille par les études avant de présenter un mari avec une bonne situation qui m’aurait fait de beaux enfants. Bizarrement, c’est quelque chose que j’ai vraiment voulu de toutes mes forces. Pourtant, par la force des choses, la vie s’est écrite autrement. Je n’ai jamais passé le permis, je n’ai pas dépassé la première année de Deug de psycho, j’ai divorcé avant mes 25 ans, je suis tombée enceinte d’un type que je ne connaissais pour ainsi dire pas et ainsi de suite jusqu’à aujourd’hui.

Oui, ça m’arrive de ne pas trop savoir comment «me vendre» quand je me présente pour la première fois à une personne et je n’ai clairement pas le profil type de la «belle-fille idéale». Mais j’ai appris à faire avec. Et je crois que je peux dire sans rougir que je l’ai transformé en atout. Ce parcours foutraque qui fait probablement un peu honte à ma famille est aussi à mon image. C’est ce que je suis et je ne leur demande pas plus que de m’aimer comme ça.

Vous ne me verrez donc jamais vous dire de rentrer dans le moule à tout prix. Parce que je suis convaincue que c’est la meilleure manière de casser le moule, d’en souffrir et de faire souffrir les autres. La vérité, c’est que vous savez déjà que votre chemin est ailleurs. Et c’est normal que cette route vous fasse peur! Ce n’est pas la plus simple à prendre. Par sécurité, on ne nous pousse pas vers les chemins de traverse mais vous avez encore une infinité d’opportunités devant vous. Rien ne vous oblige à choisir une carrière stable avec le métier qui rapportera le plus d’argent dans votre branche puis à vous marier, faire des enfants, investir dans l’immobilier…

Même si on veut nous le faire croire, rien n’est écrit. Et c’est de plus en plus vrai. Nous n’avons actuellement aucune certitude: le marché de l’emploi est difficile, accéder à la propriété est un cauchemar, les gens se marient c’est sûr, mais ils divorcent beaucoup aussi. N’allez pas croire que cette image d’Épinal est celle du succès. Être à la hauteur de ce rêve d’un autre temps me paraît être surtout la cause de beaucoup de sacrifices. En avoir conscience et vouloir choisir une voie différente mais qui vous ressemble n’est pas une folie. Il me semble au contraire que c’est la preuve d’un magnifique instinct de survie.

Je suis foncièrement convaincue qu’il est aujourd’hui possible de s’épanouir hors des sentiers battus sans devoir en payer un prix disproportionné. Je crois que c’est possible et j’en suis la preuve. Je ne vous dis pas là que c’est facile, que vous n’allez pas lutter, que vous ne vous heurterez pas à des incompréhensions. Mais je vous assure que si vous vous sentez en désaccord avec les valeurs qu’on a voulu vous imposer, vous souffrirez de vous faire violence à les accepter. Le plus dur sera de trouver la voie, celle qui, unique, vous correspond vraiment. Ensuite, il vous suffira juste de la suivre. Et je peux vous assurer d’expérience, qu’un jour, au regard du chemin parcouru et malgré le bordel probable de celui-ci, les détours, les surprises, les coups de folie et les coups de poker, c’est dans vos yeux à vous que vous trouverez de la fierté. Il me semble que c’est le plus important, non?

 

Lucile Bellan
Lucile Bellan (172 articles)
Journaliste
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