Science & santéCulture

Pour vivre heureux, cessons de manger de la viande

Laurent Sagalovitsch, mis à jour le 30.11.2017 à 15 h 41

[BLOG] Aucun argument ne peut justifier la consommation de viande. Aucun.

Flickr/gaelx-Meat is murder

Flickr/gaelx-Meat is murder

Voilà quelques mois désormais que j'ai cessé toute consommation de viande et le moins que je puisse affirmer c'est que je ne regrette en rien cette décision. Elle m'apparaît avec le recul comme une décision pleine de bon sens, une de ces décisions qui une fois mise en pratique, interrogent le passé et font demander pourquoi on a été si long à les adopter.

Pour autant ma vie n'a pas fondamentalement changé: je ne suis pas devenu du jour au lendemain plus brillant que je ne l'étais déjà; à ma grande déception, mes cheveux ne se sont pas mis à reverdir sur mon crâne; je ne suis pas devenu plus affable ou plus aimable: c'est même tout le contraire puisque désormais lorsque je me retrouve confronté à un individu occupé à découper un steak en quatre, il me vient comme une envie de le dénoncer au commissariat le plus proche pour comportement sadique envers un être sensible à qui on n'a rien demandé.

C'est que j'ai acquis la conviction que rien, absolument rien ne justifie la consommation de viande et que tous les arguments qu'on peut avancer quant à la perpétuation de cette pratique me semblent tous être teintés soit de mauvaise foi soit appartenir au genre du comique troupier.

Je pars d'une vérité tout simple: un animal quel qu'il soit est un être doué de sensibilité qui prend plaisir à exister. Il va dans la vie, heureux de pouvoir gambader dans de vastes prairies, il joue, rêve, éprouve toute une gamme d'émotions qui va de la peur au contentement, et si je suis dans l'incapacité de le prouver, je suis persuadé qu'il pense, aussi rudimentaire soit cette pensée.

Il est à noter que pour certains de mes frères humains, je ne suis pas certain que leur pensée soit plus développée que la leur mais c'est là d'évidence une toute autre problématique qui, afin de rassurer certains qui pourraient se sentir visés, ne légitime en rien le cannibalisme.

Quoique…

Et quand nous le tuons pour satisfaire notre plaisir égoïste, nous commettons un meurtre dans la mesure où cet être sensible n'a aucune envie de voir sa vie ainsi écourtée, les conditions dans lesquelles ce meurtre se déroule étant au fond sans importance: que je meure broyé dans un accident de voiture ou en plein ébat amoureux ne changera rien au fait que je cesserai de respirer pour l'éternité.   

Certains prétendent que s'ils continuent à manger de la viande, c'est tout simplement parce que leurs lointains ancêtres –ils parlent là de ceux qui jouaient à la marelle au fond de cavernes insalubres– faisaient de même, insinuant qu'une telle habitude alimentaire serait inscrite au plus profond de l'âme humaine comme le rot, le pet et le grattage de couilles le soir auprès du feu.

C'est, il faut bien le reconnaître, un argument de poids.

En même temps, il apparaît également que ces mêmes personnages préhistoriques aimaient, une fois leurs libations accomplies, se rendre dans des endroits secrets, au plus profond des forêts, et là, les yeux plantés dans l'immensité du ciel, s'accroupissaient pour mieux se vider les intestins avant d'appliquer à leur cavité ainsi exposée et partiellement souillée une généreuse offrande de feuilles glanées à proximité de leur performance excrémentielle.

Va-t-on pour autant tous se précipiter en bas de nos immeubles pour imiter nos ancêtres afin de s'inscrire dans leur glorieux sillage et respecter ainsi leurs vénérables coutumes?

D'autres avancent l'argument qu'ils cesseront de manger de la viande le jour où le lion cessera de pourchasser la gazelle, argument, il me faut le concéder que j'employais du temps pas si lointain où j'étais moi-même carnivore, argument pourtant d'une inconsistance à rapprocher de celle autorisant à voir dans le mariage prochain du Prince Harry un événement d'une portée universelle à même de révolutionner le genre humain.

J'entends que ce qui nous différencie du lion, c'est cette capacité que nous avons de décider par nous-même de changer nos comportements et ce par le travail de la pensée, de l'éducation, de la morale, autant de valeurs qui assemblées correctement peuvent permettre à l'être humain de s'affranchir de pratiques barbares qui pourtant en leur temps étaient fort répandues: on nomme cela le progrès.

Le lion lui ne le peut pas.

À la rigueur, s'il concentre toutes ses forces, il peut décider de prolonger de quelques minutes sa sieste dominicale, il peut songer à se laisser pousser la crinière de quelques centimètres supplémentaires, il peut s'essayer à la méditation prolongée par nuit de pleine lune, mais en aucun cas, il ne lui est possible de changer une habitude alimentaire qui chez lui relève de l'instinct.

Le lion naît carnivore là où l'homme vient au monde avec un patrimoine génétique où nulle part il n'est écrit «de la viande, pour survivre, tu boufferas».

On pourrait ainsi énumérer à satiété la longue liste d'excuses présentées par les assassins d'agneaux, les meurtriers de veaux, les dévoreurs de biches, les égorgeurs de lapins, les violeurs de poules, les coupeurs de poulet, les étrangleurs de marcassins, les spadassins de porcelets, pour justifier leurs comportements sanguinaires: rien n'y fera, ils seront toujours pris en défaut.

Sur ce, je vous laisse, j'ai mon saumon à préparer.

Laurent Sagalovitsch
Laurent Sagalovitsch (138 articles)
romancier
En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l’utilisation de cookies pour réaliser des statistiques de visites, vous proposer des publicités adaptées à vos centres d’intérêt et nous suivre sur les réseaux sociaux.
> Paramétrer > J'accepte