HistoireCulture

Charles Manson, un pur produit de la pop culture

Repéré par Léa Polverini, mis à jour le 20.11.2017 à 18 h 25

Repéré sur The New York Times, The Independent

Le criminel a construit des thèses apocalyptiques à partir des Beatles et a inspiré son nom de scène à Marilyn Manson.

Charles Manson, California Medical Facility à Vacaville, 3 Mars 1980  / AFP

Charles Manson, California Medical Facility à Vacaville, 3 Mars 1980 / AFP

Figure de Christ en croix (gammée), Charles Manson est mort. Des titres de presse hallucinés noircissant le crépuscule des sixties aux groupes de rock en quête d'inspiration, le nom de Charles Manson, l'homme qui aura passé près d'un demi siècle derrière les barreaux, a accompagné plusieurs générations en devenant une référence récurrente dans la culture populaire.

Gourou charismatique rêvant d'une carrière de musicien, il fit son chemin en échafaudant un culte apocalyptique, carburant aux drogues dures et aux théories de guerres interraciales. Les massacres du 10050 Cielo Drive et des LaBianca transformeront le fêlé de la Death Valley en icône, aussi horrifiante que fascinante.

Charles Manson puisait ses propres références dans la culture populaire, notamment chez les Beatles, dont la chanson «Helter Skelter» donnera son nom à sa théorie d'une nouvelle apocalypse. Hanté par les fantasmes de vedettes messianiques, Charles Manson s'est peut-être autant construit sur la culture populaire qu'il l'aura infusée au faîte de sa triste gloire.

Des Beach Boys au carnage

Chansons pop, opéra, noms de scène ou de groupes, films, séries animées, T-shirts, jusqu'à des vêtements pour enfants, on retrouve le nom ou l'effigie de Manson. Le New York Times fait débuter sa longue histoire populaire avec la rencontre de Dennis Wilson, le batteur des Beach Boys. Après avoir croisé deux filles de «La Famille» —la secte fondée par Manson—, il proposera à la bande de les héberger dans la maison du groupe située, ironie du sort, sur le Sunset Boulevard.

Dès 1970 sort l'album Lie: The Love and Terror Cult, enregistré par Manson avant son incarcération. Si la pochette et le titre de l'album renvoient à la Une du Life (raboté de son «f») faisant suite aux massacres, une chanson, «Cease to exist», renvoie directement aux Beach Boys. Ils avaient sorti un an plus tôt la chanson «Never Learn Not to Love», réécrite à partir d'une composition de Manson, sans le créditer. La trahison n'est toujours pas passée en 1993, quand sort Live at San Quentin, élaboré dix années auparavant, à la prison de California Medical Facility, et dont la pochette parodie l'album Pet Sounds des Beach Boys.

Manson cherche dans la musique des messages crypto-apocalyptiques, qui le poussent à trouver dans le White Album des Beatles la préfiguration de ses délires prophétiques. C'est d'ailleurs le titre «Helter Skelter» qu'écrira avec du sang Patricia Krenwinkel, l'une de ses ouailles, sur la porte des LaBianca après les avoir tués.

En 2015, Karina Longworth, qui consacre 12 podcasts au criminel, compare son histoire à une «histoire hollywoodienne». Les meurtres pourraient être vus «comme le fantasme réalisé d'une revanche de la part du million et demi de pèlerins venus à Hollywood, cherchant à laisser leur marque, pour être finalement traités avec condescendance, trompés et rejetés, sans rien avoir pour récompenser leurs efforts.»

Ce «monstre» qui ne cesse de fasciner

L'histoire feuilleton du criminel a une généalogie touffue. Une floppée de livres, dans la tradition un peu glauque de la littérature à psychopathes (Helter Skelter de Curt Gentry et Vincent Bugliosi, le procureur de l'affaire, ou encore The Family, du poète Ed Sanders), et de séries, animées ou non, comme South Park avec l'épisode «Joyeux Noël Charlie Manson!», ou Aquarius, produite par David Duchovny, avec Gethin Anthony dans le rôle de Charles Manson.

Quand Manson n'apparaît pas dans des comédies musicales, l'accent est mis sur «The Family» et l'influence qu'il exerçait sur les femmes –largement majoritaires– de la secte. Elle apparaît dans un clin d'oeil de la série Les Griffin, où l'on voit un Manson aux allures de hippie entouré de trois jeunes femmes, celles-là mêmes qui participeront à la tuerie dans la maison de Roman Polanski. On a par la suite cherché à entendre ces femmes, qui prennent la parole dans plusieurs documentaires. En 1994, la journaliste Diane Sawyer, qui a déjà interviewé Manson, interroge Leslie Van Houten au sujet de l'emprise de ce dernier sur les filles des classes moyennes. En 2016, le film Manson's Lost Girls scénarise une fois de plus l'emballement tragique de la secte.

La famille Manson parle et se rejoue, revendique ses actes ou s'en repent: quoi qu'il en soit, elle est prise dans un tourbillon d'images et de discours qui ne tarit pas. Dans ses mémoires parues en 1987, Manson In His Own Words, celui qui disait avoir été élevé par les policiers, par les détenus et par les administrateurs, renvoyait la société à ses propres démons et fantasmes:

«Je ne suis rien d'autre que le reflet du mal qui traverse l'esprit de tous ces gens qui ont créé ce monstre et continuent de présenter ce mythe à leurs enfants, eux qui ne feront pas mieux.»

Produit monstrueux d'une culture populaire sens dessus dessous, Charles Manson continue de fasciner, inexplicable.

 

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