France

La gauche ne sortira pas indemne de la guerre Mediapart-Charlie Hebdo

Hugues Serraf, mis à jour le 15.11.2017 à 14 h 31

En dépit de son aspect microcosmique, la querelle Mediapart-Charlie Hebdo n’est pas anecdotique. Elle dit qu’il est grand temps, pour les «progressistes», de décider dans quelle direction ils veulent vraiment voir le progrès avancer.

Via Twitter

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Tariq Ramadan, même s’il ne perd rien pour attendre parce que les tribunaux, les vrais, se fichent probablement de savoir ce qui se passe dans les prétoires médiatiques pour faire ce qu’ils ont à faire, doit observer la querelle Mediapart-Charlie Hebdo avec un certain soulagement.

Pendant que la gauche s’étripe, on se concentre moins sur les tribulations d’un théologien radical qui envisageait la lapidation pour adultère entre deux coups de canif dans son propre contrat de mariage et, peut-être, violait des femmes.

Un coup d’oeil sur sa page Facebook, le seul endroit où il s’exprime ces jours-ci, le confirme d’ailleurs: on n’y parle plus que d’obscurs points de doctrine coranique qui doivent légèrement passer au-dessus de la tête des groupies, qui continuent d’en faire la victime d’un complot sioniste en commentaires.

Rupture entre deux gauches

Mais cette fameuse querelle est moins anecdotique qu’on croit, et le sous-texte de ce cycle de couvertures-éditos de Charlie / tweets mégalo-parano-délirants de Plenel nous rappelle plutôt à quel stade nous en sommes de la rupture entre une gauche relativiste et complaisante (par calcul ou naïveté) à l’égard de l’islamisme et une autre, campée sur ses principes de laïcité et de liberté d’expression. 

Selon que l’on préfère observer l’un ou l’autre des deux segments d’un verre pas complètement rempli, on décidera d’ailleurs s’il s’agit d’une bonne chose (mettons enfin les choses au point) ou d’une tragédie (on serait plus à l’aise avec des gauches s’affrontant sur les délais d’interdiction du glyphosate). Mais on pourra aussi, c’est mon cas, considérer que c’est les deux à la fois, que c’est bien une tragédie mais qu’il était grand temps qu’elle se produise.

Tout comme les Insoumis ont besoin de dire clairement comment ils arbitreront désormais entre leur frange Obono PIR-friendly issue du gauchisme et du NPA et leurs troupes républicaines venues du PC et du PS, c’est toute la galaxie «progressiste» (si le terme veut encore dire quelque chose) qui doit se déterminer sur les questions de l’islamisme, du communautarisme, de «l’anti-sionisme» et, plus largement, de tous les -ismes nouveaux qui sont venus remplacer les anciens.

Moment cathartique

Mediapart, à sa manière pateline et teintée du moralisme un peu visqueux inspiré par Edwy Plenel, est clairement devenu le porte-voix d’un néo-tiers-mondisme en harmonie avec les camps d’été décoloniaux interdits aux Blancs en général et aux journalistes non-racisés en particulier. Et sa (vraie) capacité à renouveler le journalisme d’investigation français s’en est retrouvée reléguée au second plan. 

Charlie, à sa façon rentre-dedans et, oui, marrante, est resté le canard défendant littéralement au péril de sa vie des valeurs aussi universelles qu’historiquement françaises, ignorant les assignations à une «fachosphère» grotesquement élargie à des Manuel Valls, des Elisabeth Badinter, des Laurent Bouvet, des Gilles Clavreul ou des Caroline Fourest et s’amusant des critiques d’un «mauvais goût» assumé semblant avoir été découvert la semaine dernière par certains.

On ne peut pas être d’accord avec les deux. Il faut trancher. On est en train de le faire.

Tiens, je me demande s’il ne faudrait pas le remercier, le Tariq, pour ce moment cathartique de la gauche via ses journaux emblématiques. Si ça tourne mal pour lui, je lui ferai peut-être envoyer des oranges.

Hugues Serraf
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