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Kim Kardashian et ses soeurs, féministes malgré elles

Titiou Lecoq, mis à jour le 13.11.2017 à 6 h 04

En visitant un centre du Planning Familial de Los Angeles, Kim Kardashian et ses soeurs ont-elle voulu passer un message pro-avortement à leurs fans américaines?

Khloe Kardashian, Kourtney Kardashian, Kim Kardashian, Kris Jenner and Kylie Jenner sur tapis rouge, West Hollywood, le 12 octobre 2015  Frederick M. Brown / Getty Images North America / AFP

Khloe Kardashian, Kourtney Kardashian, Kim Kardashian, Kris Jenner and Kylie Jenner sur tapis rouge, West Hollywood, le 12 octobre 2015 Frederick M. Brown / Getty Images North America / AFP

Dans la télé-réalité de la famille Kardashian, il est souvent question d’embrouilles familiales, de selfies et de tortures de beauté. N’oublions jamais ceci:

Le masque de beauté vampire qui consiste à vous prendre du sang, le mettre dans une machine puis vous le réinjecter dans le visage. 

Bref, la famille Kardashian n’est pas connue pour ses prises de positions politiques. Conséquemment, on peut se demander ce qui a pris à Kim Kardashian quand elle a décidé d’aller rencontrer l’équipe d’un planning familial de Los Angeles dans un récent épisode de «Keeping up with the Kardashians» (le cinquième de la saison 14). Le sujet est brûlant aux Etats-Unis. Donald Trump veut sucrer la part de budget fédéral des plannings familiaux s’ils continuent à pratiquer des avortements. C’est dans ce contexte qu’on a vu à la télé américaine Kim Kardashian expliquer qu’elle aimerait savoir quoi en penser mais avouer qu’elle ne connaît rien aux plannings familiaux. (Qui sont des structures médicales s’adressant plutôt aux familles modestes.) Alors, sous les yeux ébahis des téléspectateurs et des sites people, elle a embarqué ses sœurs dans une visite du centre de Los Angeles. Sa démarche a été immédiatement interprétée comme un acte politique, un tacle à Donald Trump. 

Le problème, c’est la suite. Cette visite a suivi la ligne de défense actuelle des Planned Parenthood : les avortements, on n’en pratique presque pas, on est là pour la prévention et l’aide médicale aux démunis. Les sœurs Kardashian ont rencontré trois patientes du centre. La première a eu un cancer du sein dépisté au planning. La deuxième a pu y faire un test HIV, qui s’est révélé positif. Elle raconte comment l’équipe du centre l’a aidée à comprendre qu’elle pouvait vivre en étant séropositive. Et la dernière… elle venait pour avorter mais les médecins ont trouvé qu’elle n’avait pas l’air très sûre d’elle. Finalement, elle a renoncé et elle est la maman comblée d’un petit-garçon. 

En terme de défense au droit à l’IVG on a déjà vu plus vigoureux. On a quand même entendu Khloé Kardashian affirmer qu’elle était pro-choice mais «ça ne veut pas dire que je suis pour l’avortement, mais je pense vraiment qu’il y a des circonstances dans lesquelles les gens doivent avoir le choix». Gisèle Halimi, sors de ce corps ! 

Kim Kardashian a donc réussi l’incroyable exploit de prendre fait et cause pour le Planned Parenthood sans dire un mot sur l’IVG et le droit des femmes à disposer de leurs corps. Évidemment, on peut penser que vu le contexte actuel aux Etats-Unis, elle a simplement opté pour la pédagogie la plus efficace pour défendre ces centres. D’un point de vue pragmatique, si le but était de faire pression pour que les centres conservent leur budget, elle a peut-être eu raison. (Et au passage, elle a évité de s’aliéner une partie de ses fans.) Mais si des femmes aussi puissantes qu’elle ne revendiquent pas le droit à l’IVG, on voit mal qui pourra le faire. 

Féministes malgré elles

Buzzfeed avait fait un top des raisons pour lesquelles Kim Kardashian est féministe qu’elle le veuille ou non. Le problème avec Kim Kardashian c’est qu’on peut toujours nuancer les choses. Prenons son physique. Elle serait le porte-étendard des postérieurs rebondis, des courbes. Elle prône le «body positive», encourage les femmes à aimer leurs corps. C’est très bien, sauf que les fesses de Kim Kardashian  ne grossissent pas comme les nôtres, avec du mou et de la cellulite. Plus elles prennent d’ampleur, plus elles sont fermes, rebondies et impeccables. (Du coup, certains de ses fans se sont sentis trahis quand des photos volées non photoshoppées ont été publiées.) Kim Kardashian a eu l’intelligence de conserver ce qu’on présentait comme son défaut physique et l’améliorer jusqu’à le rendre iconique. Mais on est simplement passé d’une norme de perfection à une autre. 

 

Continuons sur son physique puisque c’est l’un des champs de travail de Kim Kardashian (elle a une ligne de produits de beauté). On constate une évolution assez nette en dix ans


Kim Kardashian en 2007 | Frazer Harrison / Getty Images North America / AFP

 

 

Date night

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On peut jaser sur une possible opération chirurgicale, un lissage parfait de sa tignasse, ou la magie du contouring (technique de maquillage). Mais qu’elle ait fait de la chirurgie n’a en soi aucun intérêt. Elle a bien le droit de faire ce qu’elle veut avec son corps. Ce qui est signifiant, c’est ce vers quoi elle tend, c’est-à-dire une version lissée d’elle-même. Alors qu’à ses débuts elle ressemblait aux Américaines d’origine latine, elle a fini par rejoindre le modèle physique de la classe dominante. Nez fin, joues creusées, teint pâle, cheveux lissés. Ces transformations vont dans le sens du modèle physique dominant aux Etats-Unis. 

Le matriarcat parfait

Malgré tout ça, on peut voir «Keeping up with the Kardashians» comme un programme féministe dans la mesure où il présente un matriarcat parfait. Au fil des années, les hommes de la famille se sont effacés et le show est entièrement axé sur des rapports féminins, les relations entre la mère et ses filles et des sœurs entre elles, le tout constituant un subtil mélange de cruauté et de complicité. Et comme dans tous les soaps familiaux, elles finissent toujours par se réconcilier. C’est sans doute le programme télé qui passe le mieux le fameux test de Beschdel

Mais ce qui fait réellement de Kim Kardashian une féministe, c’est paradoxalement les attaques incessantes contre elle. Elle aurait réussi grâce à son cul, grâce au sexe, elle serait débile, frivole, superficielle, vulgaire, mauvaise mère, irresponsable. Ce déferlement de remarques sexistes concernant une femme d’affaire millionnaire construit, qu’elle le veuille ou pas, une image de féministe. Parce qu’on l’oublie un peu trop souvent, mais Kim Kardashian, c’est surtout ça 

 

Titiou Lecoq
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