Culture

Donald Trump n'y connaît vraiment rien en art

Anne de Coninck, mis à jour le 06.11.2017 à 19 h 43

Le président américain tient beaucoup à ses faux Renoir, mais a refusé dans les années 1980 des œuvres d'Andy Warhol spécialement conçues pour la Tour Trump.

Donald Trump à Tokyo, le 6 novembre 2017. ©
Kiyoshi Ota / Pool / AFP.

Donald Trump à Tokyo, le 6 novembre 2017. © Kiyoshi Ota / Pool / AFP.

Depuis 1933, Deux sœurs (Sur la terrasse), un tableau de Pierre-Auguste Renoir, est accroché sur les cimaises de l’Art Institute of Chicago. Il provient de la succession d’Annie Swan Coburn et fait partie des 70 œuvres données après son décès en 1932.

La riche veuve était l’épouse d’un avocat de Chicago, membre fondateur de l'Union League Club. Ce club, le plus couru du Middle West, possède encore aujourd’hui la plus importante collection d’art de la région. Annie Swan Coburn a collectionné toute sa vie des œuvres d’art, avec une prédilection pour les impressionnistes français. 

Deux faux Renoir

Le tableau, qui mesure près d’un mètre de hauteur, a été peint par Renoir en 1881. Le peintre, loin d'être encore un maître reconnu, est alors soutenu par quelques mécènes et marchands d’art. La toile a été achetée par le marchand parisien Paul Durand-Ruel, qui l’a directement vendue à Mme Swan Coburn pour 100.000 dollars.

Deux sœurs (Sur la terrasse), Pierre-Auguste Renoir, via Wikimedia Commons

Au milieu des années 1990, le journaliste américain Mark Boyden suit Donald Trump, alors promoteur immobilier en pleine ascension, pour en dresser le portrait dans le magazine Playboy. Invité dans l’avion privé de l'homme d'affaires, celui-ci se vante, en désignant un tableau accroché dans la cabine, de posséder un Renoir valant selon lui au moins dix millions de dollars…

Le journaliste, originaire de Chicago, connaît bien le tableau: dans sa jeunesse, il a régulièrement fréquenté l’Art Institute of Chicago. Et il est certain que le très réputé musée n’expose pas un faux.

En juillet 2016, le candidat Donald Trump accorde une interview à l’émission 60 Minutes de la chaîne CBS, en compagnie de son colistier Mike Pence. Les caméras permettent d’apercevoir le tableau de Renoir dans un coin de la pièce.

Mais l’amour de Trump pour Auguste Renoir ne s’arrête pas là. En 2015, lorsque le quotidien britannique Daily Mail propose une visite en photos de l’appartement de Donald Trump à ses lecteurs, ceux-ci peuvent remarquer, cette fois dans le bureau de Melania, un autre tableau du peintre, La Loge (1874).

Là encore, il s’agit d’une copie. L’original se trouve dans un musée londonien, la Courtauld Gallery. Ce qui est cette fois encore incontestable. Le tableau, acheté en 1875 pour 425 francs par le Père Martin au peintre français, a été vendu en 1924 à Samuel Courtauld, le fondateur du musée qui porte son nom. 

La Loge, Pierre-Auguste Renoir, via Wikimedia Commons

L’histoire aurait pu s’arrêter là. Les copies de tableaux, célèbres ou non, n’ont rien d’illégales. Copier se pratique depuis que l’art existe, et il s’agit d’une des premières formes d’apprentissage. Le procédé permet également de contempler un tableau que l’on aime, sans pouvoir le posséder. Mais contrairement à un faux, une copie est toujours identifiée de manière claire et permanente.

C’est sans doute pour cela que le mois dernier, l’Art Institute of Chicago a réaffirmé publiquement l’authenticité du tableau qu’il possède:

«Je suis heureuse de confirmer qu’il est dans notre collection», a déclaré Amanda Hicks, porte-parole du musée. «Nous sommes fiers et reconnaissants de pouvoir partager cette toile exceptionnelle avec nos 1,5 million de visiteurs chaque année.» 

Une façon de s’assurer que le président américain ne puisse répéter qu’il détient un original de grande valeur… Prétendre posséder un tableau authentique alors que l’original se trouve dans un musée, et continuer à l’exposer aux médias, illustre un peu plus le ridicule du personnage.

Peu impressionné par Warhol

On sait que Donald Trump apprécie les dorures et les copies de mobilier empruntées au Grand Siècle français. Ce goût pour l’ostentatoire n’est pas sans rappeler un authentique courant artistique propre aux États-Unis: le Gilded Age. Ce mouvement a prospéré après la guerre civile américaine, avec l’essor industriel et l’apparition d’immenses fortunes. Jouant les mécènes, les oligarques de l’époque ont façonné une certaine culture artistique américaine grandiloquente, illustrant les excès d’un matérialisme triomphant. Finalement, Donald Trump s’inscrit dans une certaine continuité.

Donald Trump, qui «collectionne» donc les copies d’impressionnistes et de mobilier français, a tout de même failli faire un saut dans la modernité, en pensant à acheter cette fois de vrais tableaux signés du maître incontesté du pop art, Andy Warhol.

Au début des années 1980, les deux hommes se sont rencontrés à plusieurs reprises. L’un et l’autre ont en commun une fascination pour la notoriété et les célébrités. Après sa première rencontre avec Warhol, Trump est même allé visiter la Factory, le studio de l’artiste à Manhattan. Il envisage alors de lui faire réaliser un portrait de la Tour Trump, qui surplomberait l'entrée de l’immeuble. L’idée est d’associer un artiste connu à un bâtiment, pour lui donner plus d’originalité et de valeur. 

Andy Warhol propose une série de huit tableaux, qui ne plaît pas du tout au promoteur… Selon l'artiste, Trump était «très contrarié que les couleurs ne soient pas coordonnées». Aujourd’hui, les toiles appartiennent à la fondation Warhol et sont visibles à Pittsburg. 

Andy Warhol a toujours gardé un certain ressentiment contre Donald Trump. En mai 1984, il écrit dans son journal:

«Je déteste les Trump parce qu'ils n'ont jamais acheté mes portraits de la Trump Tower. Et je les déteste aussi parce que les taxis doivent désormais contourner Grand Central à cause de l’affreux Hotel Hyatt qui surplombe la gare, et ça me prend tellement de temps pour rentrer à la maison.»

 

Anne de Coninck
Anne de Coninck (67 articles)
Journaliste
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