Culture

Simone de Beauvoir, le maillon faible du féminisme

Laurent Sagalovitsch, mis à jour le 06.11.2017 à 11 h 43

[BLOG] C'est peu de dire que l'auteure du «Deuxième Sexe» m'a toujours tapé sur le système.

Flickr/thierry ehrmann-Simone De Beauvoir, painted portrait

Flickr/thierry ehrmann-Simone De Beauvoir, painted portrait

Autant l'avouer d'emblée, je ne me suis jamais farci les deux tomes du Deuxième Sexe –ah ben bravo Stabilovitsch pour la rigueur intellectuelle!– mais je ne doute pas un seul instant qu'il a constitué pour les femmes un ouvrage déterminant, essentiel même dans leur lutte pour s'extraire de la domination masculine et œuvrer à leur émancipation.

Qu'il y eut dans l'histoire de leur libération, un avant et un après cet essai, et qu'à ce titre, pour son audace, pour son courage, pour la justesse supposée de ses positions autant morales que philosophiques, son auteure mérite tout nos éloges et nos remerciements.

Merci Simone donc.

Pour le reste –du moins en ce qui me concerne–, on sera nettement plus circonspect, voire franchement dubitatif si ce n'est résolument hostile.

À titre d'exemple, la Simone de Beauvoir romancière, comme c'est souvent le cas chez les personnes pour qui l'esprit demeure leur principale source d'inspiration, fut une romancière parfaitement indigeste.

Ses romans sont artificiels et flétris, comme ces tristes roseaux qui poussent malgré eux aux alentours d'une centrale nucléaire, sa prose est aride comme les lèvres desséchées d'un cadavre oublié trop longtemps dans les couloirs d'une morgue désaffectée, ses dialogues superficiels et tronqués, sa narration étriquée et poussive: c'est là l’œuvre d'une authentique philosophe qui a oublié que la littérature n'est jamais affaire d'idées ni de concepts mais plutôt, selon l'adage faulknérien, épanchement d'un cœur pris en conflit avec lui-même.

Que le roman se refuse toujours aux esprits qui pensent plus qu'ils ne ressentent, qu'il ne supporte pas le surpoids d'une cérébralité trop encombrante, que vouloir écrire un roman pour exposer ses idées aussi brillantes fussent-elles le condamne d'emblée à ressembler à un morne viatique d'où toute pulsation de vie est à jamais absente.

Ou autrement dit, Simone de Beauvoir avait autant de dispositions à écrire des romans que Cyril Hanouna en aurait pour reprendre le flambeau d'Apostrophes.

Ceci n'étant évidemment que mon humble avis, avis que pourtant je partage.

La vie personnelle de Simone de Beauvoir n'est guère plus enthousiasmante: ce n'est désormais un secret pour personne que lorsqu'elle professait la philosophie au lycée, Simone n'eut guère de scrupules à séduire quelques-unes de ses étudiantes et à effeuiller avec elles plusieurs chapitres des Fleurs du mal. Bisexualité en rien honteuse mais qu'elle nia farouchement tout au long de sa vie.

Amours consentis probablement, amours sincères, amours partagés mais amours licencieux tout de même, amours qui lui vaudraient aujourd'hui quelques problèmes, voire même des jugements à l'emporte-pièce, des remontrances, des mises en accusations ou qui sait peut-être une flopée de mots-dièses délétères: #Simone, corrige tes copies au lieu de lutiner tes élèves; #Simone, l'amour c'est dans le pré pas au lycée

Quand elle ne servit pas tout bonnement de rabatteuse pour les bons soins de son Jean-Paul –Sartre, hein, pas Belmondo– même si évidemment, tout ceci ne nous concerne pas...

Mais ceci ne serait rien quand on songe à ce que fut son comportement pendant la guerre: il faut le savoir, à l'heure où passaient dans Paris des bus pleins de déportés, au moment même où sévissait en France l'infamie la plus absolue qui soit, l'odieuse collaboration avec son cortège d'immondices, Simone de Beauvoir, elle, se rendait tranquillement tous les jours à Radio Vichy, conter au micro quelques historiettes relatives à l'histoire de la musique à travers les âges.

Avouez tout de même qu'on a connu, en cette époque de l'histoire de France ô combien tourmentée, des attitudes un tantinet moins conciliantes avec le régime en place, attitude que par la suite Simone justifia dans ses Mémoires d'un lapidaire «il fallait bien vivre» qui nous laisse quelque peu pantois.

Elle ne fut ni résistante, ni collabo, juste une de ces personnes grises –enfin d'un gris foncé, voire très foncé– qui attendit que les choses se passent dans une morne indifférence. Pour la grandeur d'âme et le salut par la lutte, on repassera. 

Aussi, je conseillerais au mouvement féministe qui a toute ma sympathie de laisser Simone reposer tranquillement en son cimetière Montparnasse et de se choisir comme modèle, la merveilleuse Virginia Woolf qui non seulement fut, elle, une romancière d'exception, l'un des esprits les plus sensibles du siècle passé, une personnalité hors-norme un milliard de fois plus attachante que le Castor –son journal l'atteste!– mais aussi une farouche féministe toujours prompte à dénoncer les séculaires inégalités dont les femmes furent trop longtemps victimes.

En voiture Virginia!

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Laurent Sagalovitsch
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