Sports

Le parkour peut-il tracer sa route olympique?

Yannick Cochennec, mis à jour le 05.11.2017 à 9 h 17

Après le basket 3x3, admis aux Jeux olympiques en 2020, au tour du parkour: ce sport urbain cherche également, non sans divisions, à se faire une place au soleil des JO.

De jeunes Afghans pratiquent le parkour à Kaboul, le 1er mai 2015. © Wakil Kohsar / AFP.

De jeunes Afghans pratiquent le parkour à Kaboul, le 1er mai 2015. © Wakil Kohsar / AFP.

Ce week-end la Chine organise, à Chengdu, la première Coupe du monde de parkour de l’histoire, sous l’égide de la Fédération internationale de gymnastique (FIG). C’est ainsi l’occasion d’une sorte d’anniversaire en fanfare, puisqu’il y a 20 ans, lors de l’émission Stade 2, un reportage avait marqué l’entrée en scène médiatique de cette discipline et de l’un de ses concepteurs, le Français David Belle.

Dans cette vidéo, David Belle, fils de Raymond Belle —qui avait posé les premiers jalons du «parcours du combattant» en tant que prouesse sportive—, disait «je vais où je vais envie» et «on se prend en main, on bouge», au cœur de cette salle de gymnastique à ciel ouvert que peut être une cité.

Un art de vivre autant qu'un sport

Le parkour —et ses dérivés, comme le free-running et l’Art du déplacement— est à la fois un sport et un art de vivre, consistant à se mouvoir avec agilité et souplesse dans un décor, qu’il soit urbain ou plus naturel.

Les traceurs, comme ils s’appellent dans cette communauté, ont creusé leur sillon depuis 1997 et continuent de se jouer d’obstacles qui n’ont pas été placés là spécifiquement pour les gêner. Ces adeptes font simplement corps avec les éléments placés sur leur trajectoire: un escalier, un mur, une rampe, un banc… qu’ils «effacent» selon des mouvements choisis par eux et dans un style qui leur est propre.

Personnage tutélaire de ce sport, David Belle est devenu une figure connue du cinéma et du monde du spectacle, d’abord popularisée grâce au groupe des Yamakasi, rendu célèbre grâce à un film produit par Luc Besson.

Cette discipline a été également légitimée sur grand écran par une apparition de Sébastien Foucan, co-créateur du parkour avec David Belle, dans un James Bond, Casino Royale.

Voilà quelques jours, Le Journal du Dimanche a présenté l’un des nouveaux maîtres du parkour, Simon Nogueira, qui vit de cette profession à travers diverses performances terriblement spectaculaires sur des toits d’immeubles, et au gré de sa puissante popularité sur les réseaux sociaux, qui lui permet de dégager des revenus. Il est aussi membre de la French Freerun Family, une association qui propose une initiation au parkour en plein Paris.

Car le parkour, au-delà de ses représentations les plus étourdissantes ou casse-cou, relayées par un flux d’images frappant l’imagination, est d’abord un sport accessible à tous. Il est d’ailleurs de plus en plus apprécié des collectivités locales en raison des possibilités qu’il déclenche en termes d’animation sportive.

Un lointain avenir olympique 

Le parkour sera-t-il un jour un sport olympique? Saugrenue hier et peut-être encore aujourd’hui, la question a pris du sens depuis que la Fédération internationale de gymnastique s’est donc ouverte à l’idée d’intégrer cette discipline en son sein. Avec des perspectives ambitieuses et notamment une éventuelle présence aux Jeux olympiques. Une première tentative pour l’inscrire au programme des Jeux de Tokyo en 2020 a échoué en juin dernier.

«La FIG est emballée à l'idée de développer une nouvelle discipline qui repose sur une pratique sportive à la fois historique et contemporaine, afin d'élargir encore plus l'attractivité de notre sport, a ainsi souligné Morinari Watanabe, le nouveau président de la Fédération internationale de gymnastique. Le travail de la FIG se basera sur l'idée très claire que le parcours d'obstacles, ou compétition de courses d'obstacles, est artificiel. En attendant, la FIG respecte le développement du parkour comme méthode d'entraînement non-compétitive, reposant sur des obstacles qui n'ont pas été prévus pour cela à la base, et sur une philosophie particulière qui met l'accent sur l'efficacité, l'utilité et le développement personnel.»

Michel Boutard, représentant de la France au sein de la FIG, admet qu'au même titre que le basket avec le 3x3 —déjà adoubé par le Comité international olympique (CIO)—, «la gymnastique pourrait gagner à s’ouvrir à d’autres pratiques, plus urbaines, en dehors des disciplines actuelles». Mais sans aller plus vite que la musique.

«Les Jeux olympiques sont un objectif qui n’est pas irréaliste, mais qui demeure peut-être encore lointain, complète-t-il. Il y aura déjà les premiers championnats du monde de parkour en 2020 sous le patronage de la FIG pour franchir un pas décisif.»

Il n’empêche: la ville de Paris, toujours soucieuse de mobilités urbaines quelles qu’elles soient, ne serait sans doute pas contre l’idée d’accueillir en 2024 la première épreuve olympique de parkour, une création française. D’autant plus qu’elle a déjà ouvert un centre dédié à cette pratique dans les entrailles du Forum des Halles, où officie la French Freerun Family.

Attentiste, la Fédération française de gymnastique ne s’est donc pas encore pleinement engagée dans une reconnaissance du parkour au sein de ses équipes dirigeantes. Dans un sport épris de classicisme, de codifications, de notes au millième et habitué au silence religieux et feutré de salles bien ordonnées, cette diversification vers un monde extérieur pourrait ne pas être comprise, même si l’absorption du trampoline par la FIG en 1998 a montré qu’elle était loin d’être réfractaire à toute évolution.

Des résistances parmi les pratiquants

Mais pour le parkour, la bataille est rude. Au niveau international, le débat a pris une tournure polémique et politique parmi les pratiquants du parkour. À leurs yeux, leur sport reste d’abord un hymne à la liberté, loin des normes et des règlements des compétitions.

Le Britannique Mark Cooper, qui travaille avec Charles Perrière —l’un des compagnons de route de David Belle— pour faire progresser la cause du parkour à la FIG, reconnaît cette réalité d’une opposition: 

«C’est sûr qu’il existe des tensions et des résistances au sein du mouvement du parkour en général, sourit-il. Notamment en Grande-Bretagne où la communauté est partagée, mais ailleurs aussi. Toutefois, il n’est pas question de dénaturer l’esprit de ses créateurs qui militent pour cette reconnaissance.»

Présent à Chengdu, comme Mark Cooper, Charles Perrière précise de son côté:

«Ces questions de compétition ne représentent qu'un des chantiers sur lesquels nous œuvrons. La semaine dernière, au Bénin, j'ai vu le bien que peut procurer le parkour, qui va bien au-delà du modèle des académies privées qui s'est instauré en occident. Ayant fait le tour de la situation depuis de nombreuses années, la solution FIG représente toujours la meilleure voie vers une reconnaissance institutionnelle, pour un parkour populaire et inclusif.»

Néanmoins, une part de la communauté rejette vivement cette annexion supposée par la FIG. L’été dernier, diverses organisations à travers le monde se sont sèchement positionnées «contre». Des pétitions, virulentes, ont également circulé; celle intitulée «Contre l'appropriation du Parkour par la Fédération Internationale de Gymnastique» recueille près de 1.200 signatures.

Sacha Lemaire, président de la fédération française de parkour et l’un des dirigeants de Parkour Earth —fédération internationale récemment créée—, combat avec vigueur cette récupération «unilatérale» du sport par la FIG, «sans avoir consulté les principaux intéressés».

Il étaye son opposition en soulignant notamment que les neuf Yamakasi originels «ne sont pas tous sur la position de David Belle et de Charles Perrière, prêts à travailler avec la FIG».

«La pilule est d’autant plus dure à avaler qu’en dehors de ce manque de communication avec nous, la très grande majorité de nos associations ne sont absolument pas tournées vers la compétition», ajoute-t-il, tout en attendant beaucoup de sa prochaine rencontre avec Charles Perrière.

Un mouvement vers la reconnaissance

Le mouvement vers une reconnaissance olympique est toutefois enclenché; il n’est pas impossible qu’il aille jusqu’à son terme, à l’image du snowboard et du BMX, rentrés dans le rang de la «respectabilité» olympique.

Au printemps dernier, avant Chengdu, lors du Festival International des Sports Extrêmes (FISE) de Montpellier, le parkour avait fait une autre incursion remarquée dans le domaine des compétitions, avec deux épreuves —l’une en sprint, l’autre en «freestyle»— préfigurant ce que pourrait être ce sport aux JO.

Les Jeux olympiques de la jeunesse de Lillehammer en 2016 ont permis à ses promoteurs de présenter le parkour à la «famille» du CIO. Plus que quelques obstacles à contourner et la voie royale vers l’Olympe sera alors dégagée? Ils ne seront pas, à coup sûr, les plus évidents à aborder…

Yannick Cochennec
Yannick Cochennec (570 articles)
Journaliste
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