Sports

Le basket 3x3 bouscule le monde de la balle orange

Yannick Cochennec, mis à jour le 28.10.2017 à 11 h 15

Cette nouvelle discipline olympique symbolise des pratiques dites «libres» de plus en plus en vogue. Au point de parfois heurter les modèles établis des fédérations...

Le Néerlandais Bas Rozendaal et le Serbe Dusan Domovic Bulut lors de la finale des championnats du monde de basket 3x3 à Nantes, le 25 janvier 2017. LOÏC VENANCE / AFP.

Le Néerlandais Bas Rozendaal et le Serbe Dusan Domovic Bulut lors de la finale des championnats du monde de basket 3x3 à Nantes, le 25 janvier 2017. LOÏC VENANCE / AFP.

Ce sera l’une des nouvelles disciplines inscrites aux Jeux olympiques de Tokyo en 2020 et elle est déjà intégrée au programme des Jeux de Paris en 2024 et de Los Angeles en 2028, signe de l’importance et de l’attachement que lui donne et lui voue le Comité international olympique (CIO). Pour Thomas Bach, le président de l’institution lausannoise, le basket 3x3 serait exactement ce dont le mouvement sportif aurait besoin aujourd’hui: un sport en prise directe avec les aspirations actuelles de la jeunesse et en complète harmonie avec le décor, souvent urbain, faisant le quotidien d’enfants et d’adolescents ayant l’envie de se dépenser physiquement «en bas de chez eux».

Le 3x3 est une création de la Fédération internationale de basket-ball (FIBA). Le secrétaire général de l'institution, le Suisse Patrick Baumann, est d’ailleurs, il faut le souligner, un membre important du CIO: il a été le président de la récente commission d’évaluation des candidatures pour les Jeux de Paris et de Los Angeles. Il est forcément associé à la montée en puissance de ce nouveau concept lié à l’urbanisation des sports et des spectacles sportifs amenés aux publics au cœur des villes –le skateboard et l’escalade seront aussi au menu des JO de Tokyo.

Rythmé par de la musique, le 3x3 consiste en l’affrontement de deux équipes de trois joueurs (plus un remplaçant) concentrés sur un seul panier et dans un espace réduit –un demi-terrain. Le temps de jeu est de 10 minutes sauf si une équipe a atteint le total de 21 points avant cette échéance. Chaque panier (comme chaque lancer-franc) vaut un point, deux si le tir est réussi à l’extérieur de l’arc des 6m75, avec un temps limité à 12 secondes pour tirer. Le 3x3 est un sprint, à la différence du 5x5. La taille compte moins. L’adresse et les «poumons» priment…

Cette discipline organise ses championnats du monde depuis 2012, baptisés FIBA 3x3 World Cup, et dont la dernière édition a eu lieu à Nantes, en juin dernier, avec la victoire de la Serbie chez les hommes et de la Russie chez les femmes. Les 28 et 29 octobre, à Pékin, se déroule la phase finale de la FIBA 3x3 World Tour, sorte de ligue mondiale des clubs qui, après différentes épreuves, a qualifié douze équipes, mais, hélas, aucune venue de France. Et pour cause, il n’y existe pas de club de 3x3.

«Aller là où il n'y a pas de basket»

Le 3x3 est d’autant plus séduisant qu’il peut trouver sa place très facilement sur une place ou un parking de supermarché en y déployant un «kit» relativement simple –les rencontres officielles des grands championnats se disputent, en principe, sous un toit temporaire ou permanent.

Depuis Poitiers, Sylvain Maynier, 40 ans, ancien basketteur de haut niveau ayant évolué en Pro A, la première division française de basket-ball à cinq, est devenu l’un des promoteurs emblématiques, à titre privé, de ce nouveau sport à travers sa société 3zéro5, qui fournit notamment les équipements nécessaires. À sa façon, il le porte à bout de bras comme une balle orange. Grâce à lui, Poitiers s’est dotée d’une manifestation récurrente à succès, l’Urban PB, et fait figure de bastion du 3x3 en France. Signe de son expertise, 3zéro5 est en contrat, pour une durée de trois ans, avec la FIBA et la Fédération française de basket (FFBB), afin d’organiser, de 2016 à 2018, des tournois qualificatifs aux championnats d’Europe de 3x3 («European Cup Qualifiers»). «Le 3x3 sera au basket ce que le beach-volley a été au volley-ball, anticipe-t-il. Et j’ai la chance d’être un promoteur reconnu par la FIBA depuis plusieurs années.»

La FFBB recense un total de 661.000 licenciés et est l’une de celles, plutôt rares en France, qui peuvent se targuer d’une évolution constamment positive depuis quelques années. Elle se porte bien mais craint néanmoins pour son avenir à l’heure d’un tassement de ses recrutements. Mais elle ne connaît pas précisément le nombre de joueurs de 3x3 en France au-delà d’une estimation relative (13.000 dont 4.000 réguliers) grâce aux quelque 350 tournois disputés –car il n’existe pas encore, on l’a dit, de clubs de 3x3 vraiment spécifiques. Nombre de basketteurs, comme en 5x5, jouent hors cadre fédéral…

Comme le reconnaît Jackie Blanc-Gonnet, responsable du service des pratiques sportives à la FFBB, ladite fédération, sans être en retard sur ce créneau, a été «un peu prise de vitesse» par la décision rapide du CIO d’accueillir le 3x3 au sein des Jeux olympiques dès 2020 avec donc, déjà, une extension vers les éditions suivantes. Parce que la FFBB n’aurait pas cru au concept? «Non, le 3x3 nous permet et nous permettra d’aller là où il n’y a pas de basket», remarque celle qui suit l’évolution du basket de rue depuis les années 1990, vogue née du succès des «années Jordan» mais qui n’avait pas réussi à trouver une concrétisation en termes de discipline homologuée au plus haut niveau.

La FIBA s’est véritablement emparée de la question en créant le 3x3 et trois classements de référence (joueurs, équipes, fédérations), qui permettront notamment de qualifier huit équipes qui concourront à Tokyo chez les hommes et chez les femmes. La volonté de l'organisation est de permettre à des pays invisibles, ou presque, en 5x5, d’exister et de gagner leurs galons en 3x3 comme les Pays-Bas, les Philippines ou le Qatar, qui appartiennent déjà au haut du panier de cette discipline. L’Afrique, territoire encore trop peu ouvert au basket, est clairement visée par la FIBA avec le 3x3.

Un autre modèle de monétisation

Pour la France, où la tradition du 5x5 est très forte à travers la réussite des champions tricolores en NBA ou l’excellent comportement de ses équipes nationales, le pari, sur le papier, est moins «engageant» selon le principe que le 3x3 ne doit pas faire de l’ombre au 5x5. Pas question de déshabiller Pierre pour habiller Paul! C’est actuellement le débat qui peut exister entre la FIBA et la FFBB, dont les relations ne sont pas au beau fixe dans plusieurs dossiers et dans la mesure où leurs objectifs ne sont pas forcément les mêmes. La FIBA estime notamment qu’il n’est pas nécessaire d’«encarter» les pratiquants du 3x3 qui doit rester une discipline «libre», ouverte à tous, alors que la FFBB garde l’objectif en tête d’engranger de nouveaux licenciés, sources de revenus pour une fédération qui n’a pas la chance, comme celles du football, du tennis ou du rugby, d’organiser des événements réguliers de classe internationale susceptibles de remplir ses caisses.

En résumé, si la FIBA fait confiance à la FFBB, elle accorde autant d’importance aux actions privées de Sylvain Maynier. «Je suis placé entre les deux, dit ce dernier. Et je suis parfois un peu embêté car les deux entités n’ont pas forcément les mêmes intérêts. Mais il est de plus en perceptible que les collectivités locales sont très friandes du 3x3 pour faire découvrir le basket auprès des plus jeunes.» «Ces espaces privés permettent de pratiquer le basket dans d’autres conditions, admet Jackie Blanc-Bonnet, en évoquant notamment les structures comme la franchise Hoops Factory. C’est notamment une bonne pratique entre copains. Le 3x3 est complémentaire du 5x5.»

Alors que les droits télé du 5x5 sont prisonniers des accords passés avec les chaînes, pour des audiences parfois relativement confidentielles comme sur SFR Sport, ceux du 3x3 sont libres de droit, à travers notamment YouTube qui fait le bonheur de dizaines de milliers de jeunes adeptes (53 millions de vues sur la chaîne YouTube dédiée). Le 3x3, en phase avec la consommation nouvelle de sport liée aux réseaux sociaux, bouscule ainsi une sorte d’ordre établi et les modèles habituels de monétisation d’une discipline et de rémunération des fédérations. A l’image de sa philosophie générale (la liberté), il prône un modèle plus «libéral» (terme souvent négativement connoté en France), à distance, ou en complément, du modèle classique de la rente des cotisations s’appuyant sur l’aide des collectivités publiques.

Ancienne directrice de la Fédération sportive et culturelle de France, le conseil social du mouvement sportif, Gladys Bézier, qui vient de lancer sa structure (B&Co) afin de partager son expertise auprès des institutions sportives, remarque que le modèle du sport français est souvent perçu à l’étranger «comme rigide et complexe». Dans le bouleversement actuel des goûts et des pratiques en matière de sports, elle insiste donc aussi sur la nécessité pour les fédérations de rester «ouvertes» et «de ne surtout pas se fermer aux nouvelles tendances en voulant absolument les contrôler».

Le futsal (football en salle) s’est ainsi heurté à son grand frère du football, peu soucieux de se laisser marcher sur les pieds. «Le modèle tel que nous le connaissions jusqu’ici est contraint d’évoluer et beaucoup ne semblent pas prêts, analyse-t-elle. Peut-être est-ce une question de génération, mais il existe, à l’évidence, une forme d’incompréhension de ces phénomènes sachant que l’opposition entre pratiques dites “libres” et “fédérales” est totalement dépassée.» Comment générer de nouvelles richesses pour la FFBB, qui a déjà beaucoup diversifié ses ressources? Peut-être, qui sait, en développant une start-up en son sein pour faire naître une application dédiée au 3x3 comme aux Pays-Bas, nation moteur en la matière. Une idée parmi tant d’autres, valable aussi pour d’autres fédérations contraintes de s’ouvrir et de se repositionner devant ce monde qui change à toute vitesse…

Yannick Cochennec
Yannick Cochennec (570 articles)
Journaliste
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