Double XParents & enfants

L'homme qui partage les tâches à la maison existe, voilà à quoi il ressemble

Jill Yavorsky, traduit par Peggy Sastre, mis à jour le 19.10.2017 à 16 h 57

Voici les six facteurs qui poussent papa à s'activer à la maison.

La vaisselle | Attila Malarik via Flickr CC License by II bébé | Nathan Bittinger via Flickr CC License by II Plier le linge | Franco Dal Molin via Flickr CC License by

La vaisselle | Attila Malarik via Flickr CC License by II bébé | Nathan Bittinger via Flickr CC License by II Plier le linge | Franco Dal Molin via Flickr CC License by

Quand une femme se cherche un partenaire sur Tinder, l'amour des classiques hollywoodiens ou une passion pour la randonnée peuvent rentrer dans ses critères de sélection. Par contre, si elle cherche quelqu'un avec qui faire des enfants et partager tout ce qui s'y rattache, elle devrait poser une autre question bien plus importante:

«Es-tu prêt à plier la moitié du linge même si nous travaillons tous les deux?» 

Aux États-Unis, et cela va sans doute en surprendre plus d'un, les femmes s'occupent toujours de la grande majorité des tâches domestiques et des soins parentaux dans les couples hétérosexuels (les unions homosexuelles sont un peu plus égalitaires). Ce qui reste vrai lorsque les hommes et les femmes travaillent à temps complet et que les chercheurs prennent tous les types de corvées en compte, y compris la tonte de la pelouse ou le bricolage.

Une gestion égilitaire pour le bien de tous

 

Si les femmes s'occupent davantage de la maison et des enfants que leurs partenaires, on note de significatifs progrès ces dernières décennies. Par rapport à leurs pères et grands-pères, les papas d'aujourd'hui sont bien plus impliqués dans l’éducation de leurs enfants et participent régulièrement aux tâches ménagères du quotidien. Mais en plus de l'intérêt immédiat qu'il a à «donner un coup de main», des tonnes de données laissent entendre qu'une gestion égalitaire du foyer peut être bénéfique pour tout le monde.

Du côté des femmes, les avantages sont évidents. Leur proportion dans la population active et leurs salaires risquent d'augmenter, elles pourront ainsi être de plus en plus nombreuses à faire de leur carrière une priorité –avec toutes les promotions qui vont avec– et une division plus équitable du travail a aussi des chances d'inciter les employeurs à ne plus voir la maternité comme un frein professionnel et donc à ne plus hésiter à embaucher des femmes.

Quant aux hommes, ceux qui participent plus équitablement aux tâches ménagères et aux soins infantiles se disent plus satisfaits dans leur vie de couple, notamment sur un plan sexuel. Vu que les femmes sont majoritairement à l'origine des divorces et que la division inégale du travail est souvent citée comme la raison fondamentale de la rupture, c'est l'existence-même de la relation qui est en jeu. On sait aussi que les hommes sont avantagés par le mariage –la santé des hommes mariés est ainsi meilleure que celle des séparés ou des divorcés.

Jusqu'à l'arrivée du bébé…

Michelle a 35 ans. Comme d'autres personnes citées dans cet article, elle préfère ne pas mentionner son nom de famille pour protéger sa vie privée. Elle vit à Columbus, dans l'Ohio, où elle dirige une entreprise. Elle décrit la différence entre ce qu'elle avait pu envisager du partage des tâches domestiques avant la naissance de son premier enfant et la réalité.

«Avec mon mari, on avait prévu de nous répartir les tâches –j'allais m'occuper de la nourriture et lui des couches, par exemple. Mais une fois le bébé arrivé, plein d'autres trucs logistiques m'ont atterri sur les épaules. […] Je suis la seule à m'occuper des rendez-vous chez le médecin, à m'assurer que notre bébé est à jour sur ses vaccins, que nous avons suffisamment de couches, de lingettes, de petits pots à la maison, à aller acheter des habits qu'il faut sans cesse renouveler parce qu'un enfant change de taille tous les deux à trois mois, à gérer les baby-sitters, etc. C'est une autre strate de travail avec laquelle je dois composer.»

Le vécu de Michelle concorde avec une étude publiée en 2015 que j'avais menée avec Claire Kamp Dush et Sarah Schoppe Sullivan. Elle portait sur 167 couples dont chacun des membres travaillait à plein temps et qui venaient d'avoir leur premier enfant. Nous avions trouvé que les couples se répartissaient équitablement les tâches avant la naissance de l'enfant. Mais après, c'était une tout autre histoire. Les hommes réduisaient leurs tâches ménagères de cinq heures par semaine (la charge des femmes demeurait identique) et les femmes s'occupaient des soins parentaux à raison de 22 heures par semaine, contre 14 pour les hommes.

L'inégalité de la prise en charge des soins infantiles

 

Ces résultats sont en phase avec des statistiques nationales montrant que les mères s'occupent deux fois plus des enfants que leurs époux, et 1,9 fois plus des tâches ménagères. Après la naissance de l'enfant, les hommes ont tendance à passer davantage de temps au travail, mais surtout parce que leur partenaire féminine consacre davantage de temps à leurs nouvelles responsabilités domestiques. Dans notre étude, nous avions ainsi souligné que les femmes –neuf mois après leur accouchement– prenaient en charge tous ces soins infantiles supplémentaires sans réduire leur nombre d'heures travaillées à l'extérieur.

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Dès lors, si nous savons que l'arrivée d'un enfant est un accélérateur d'inégalités, certains hommes sont-ils plus égalitaires que d'autres? Par chance, la division du travail est étudiée depuis des décennies et nous avons des tonnes d'informations sur ce sujet. Des données qui nous permettent d'isoler six grands facteurs susceptibles de prédire si un homme sera un véritable partenaire, autant en matière de nettoyage de la salle-de-bains que de préparation de gâteau pour la kermesse de l'école.

1.Le niveau d'études de monsieur

Le niveau d'études des hommes importe énormément. Les hommes les plus diplômés (titulaires d'un diplôme de premier cycle et au-delà) ont tendance à mieux partager les soins infantiles avec leur partenaire, et ce même si leur temps de travail hebdomadaire est souvent supérieur à celui de leurs congénères ayant moins fait d'études. Ce qui s'explique en partie par le fait que les hommes diplômés ont souvent des postes plus flexibles leur permettant, par exemple, de partir en avance si jamais leur enfant est malade. Dans les classes moyennes ou moyennes supérieures, les hommes sont aussi plus incités à faire preuve d'une «parentalité intensive», c'est-à-dire qu'on les encourage à passer beaucoup de temps avec leurs enfants histoire de cultiver et de développer leurs aptitudes et leurs inclinations, que ce soit le sport ou le violoncelle.

2.Ses croyances

Ce que les hommes croient en matière de rôles genrés influe largement sur la taille des inégalités domestiques. Par exemple, si les hommes pensent que les femmes doivent s'occuper en priorité des enfants, leurs partenaires ont tendance à être moins représentées dans la population active et à travailler moins d'heures dans la semaine lorsqu'elles ont un emploi. À savoir que les opinions égalitaires des femmes n'influent quasiment pas sur le temps que leur mari passera à s'occuper des enfants ou des tâches ménagères. En d'autres termes, les hommes n'adaptent visiblement pas leur comportement au sein du foyer en fonction de ce que pensent leur femme. Reste que si ces croyances égalitaires sont importantes (surtout quand elles viennent, *toussote*, des hommes), elles sont loin d'être suffisantes.

En réalité, la majorité des hommes se disent progressistes et favorables, en général, à une division égalitaire du travail. Le problème, c'est qu'ils sont bien moins nombreux à appliquer ce qu'ils professent. Dans notre étude de 2015, nous avions trouvé que les hommes les plus éduqués de notre cohorte, lorsqu'on leur demandait au troisième trimestre de leur partenaire s'ils avaient l'intention de partager équitablement les tâches domestiques et parentales une fois le bébé né, répondaient par l'affirmative. À noter que les hommes les plus verbalement engagés dans le partage des tâches avant la naissance de leur enfant étaient ceux qui surestimaient le plus leur participation réelle. Par exemple, dans notre étude, les hommes avaient présagé qu'ils passeraient 4,25 heures par jour à s'occuper des tâches domestiques et des soins infantiles, quand ils s'affairaient en réalité 1,75 heure –mesurée par la méthode de l'agenda, une des plus fiables. Les femmes, aussi, surestimaient leur temps de travail domestique, mais dans une mesure bien moindre que les hommes. Un phénomène qu'illustre Julia, une mère et analyste marketing de 33 ans vivant à Charlotte, en Caroline du Nord.

«J'ai entendu mon mari dire à nos amis que nous nous répartissons tout à égalité et je me dis toujours “Oui, c'est vrai qu'il est un super papa, très égalitaire à bien des égards, mais là-dessus, c'est toujours moi qui en fais plus”. Par exemple, je vais chercher quasiment tous les jours notre fille à la crèche alors que nous avons tous les deux des boulots très demandeurs. Lorsqu'il rentre du boulot le soir, je lui déjà donné à manger et je suis en train de m'occuper du ménage. Il croit très sincèrement à l'égalité entre femmes et hommes, mais je ne crois pas qu'on en soit encore là.»

3.La source des revenus

Le qui fait quoi à la maison est largement déterminé par l'origine des revenus du foyer. Dans les familles où les deux parents travaillent à plein temps, quand c'est l'homme qui a les revenus les plus élevés, il a le sentiment d'avoir le droit d'en faire moins sur le plan ménager et infantile. De fait, sa participation est bien moins élevée –fondamentalement, beaucoup d'hommes «achètent» leur moindre activité domestique, surtout s'ils cumulent les heures de travail rémunéré. On observe des relations plus égalitaires lorsque c'est la femme qui rapporte le plus d'argent à la maison. Les hommes financièrement dépendants de leur compagne, qu'ils soient sans activité ou en emploi mais moins rémunéré que celui de leur femme, abattent davantage de travail parental que leurs congénères (sans pour autant en faire davantage que leur partenaire).

4.Le travail de madame

Les hommes en font relativement plus à la maison lorsqu'ils sont mariés à des femmes dont le temps de travail rémunéré est élevé, qui ont passé beaucoup d'années à faire des études ou qui jouissent de hauts salaires. Ce qui laisse entendre que les caractéristiques professionnelles de madame influent sur les contributions parentales de monsieur. Mais la chose s'applique moins au travail ménager. Les gains salariaux d'une femme ont tendance à diminuer le temps qu'elle passe au ménage, sans augmenter celui de son conjoint. Par exemple, les femmes gagnant beaucoup d'argent peuvent choisir de vivre dans une maison plus sale, en passant moins souvent l'aspirateur ou en faisant moins régulièrement la vaisselle. Elles peuvent aussi choisir d'externaliser le ménage en embauchant des professionnels pour s'en occuper ou en se faisant livrer les repas. Si la solution est moins idéale que celle où les hommes se retroussent les manches, que les femmes investissent moins de temps dans la tenue de leur foyer est aussi un moyen d'alléger les inégalités.

5.Quand les hommes font des «métiers de femmes»

Le type de travail que font les hommes est important. La sociologue Elizabeth McClintock, enseignant à l'université Notre Dame, montre que les hommes employés dans des secteurs typiquement féminins, comme les ressources humaines ou les soins infirmiers, en font davantage à la maison, en comparaison de ceux travaillant dans des secteurs mixtes ou majoritairement masculins. Il est possible que ce genre d'hommes soit, à la base, plus progressiste et que cela se répercute dans sa gestion du travail domestique. Mais c'est peut-être aussi qu'en travaillant au quotidien avec des femmes, ils comprennent mieux celle qui partage leur vie.

6.Quand maman n'est pas là

Les hommes sont plus susceptibles de passer du temps à préparer les casse-croûtes des enfants ou à vider le lave-vaisselle lorsque les partenaires ont des horaires de travail décalés, ce qui survient souvent dans les familles ouvrières. Par exemple, quand l'homme travaille de nuit et la femme de jour. Parce que leurs femmes ne sont littéralement pas disponibles, ces hommes effectuent davantage de travail parental «en solo» que leurs congénères. Si les hommes de la classe ouvrière ont tendance à avoir des vues plus traditionnelles sur la division genrée du travail (et à travailler dans des secteurs majoritairement masculins), le coût de l'externalisation des tâches et la réalité des contraintes professionnelles pourraient en atténuer les effets. Au final, la nécessité économique est peut-être le plus puissant moteur d'égalité à la maison.

On notera cependant qu'indépendamment des arrangements économiques des couples hétérosexuels, les hommes en font rarement plus que leurs épouses sur le plan des tâches ménagères ou des soins infantiles. Et ce ne sont pas non plus prioritairement les hommes qui sortent de la population active quand le temps de travail de leur femme est supérieur au leur, contrairement à ce que font les femmes.

Tel est donc le portrait-robot d'un homme qui a toute les chances de faire sa quote-part de travail domestique et parental: il est diplômé et progressiste, travaille dans un secteur très féminisé où il gagne moins que sa partenaire et passe beaucoup de temps à la maison seul lorsqu'elle est au travail. Si rares sont les hommes qui cumulent tous ces facteurs, nous espérons qu'à l'heure où la participation masculine dans le travail familial augmente, de plus en plus d'hommes en viennent à plier au moins la moitié du linge.

 

Jill Yavorsky
Jill Yavorsky (1 article)
Chercheuse en sociologie
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