Science & santé

«Elle ne répondait que par des messages de plus en plus courts genre “oui”, parfois des heures après»

Lucile Bellan, mis à jour le 10.10.2017 à 15 h 13

Cette semaine, Lucile conseille Hans, un homme de 30 ans tombé peu à peu amoureux d'une fille rencontrée sur Tinder.

Le Monomane du vol | par Théodore Géricault via Flickr CC License by

Le Monomane du vol | par Théodore Géricault via Flickr CC License by

«C’est compliqué» est une sorte de courrier du cœur moderne dans lequel vous racontez vos histoires –dans toute leur complexité– et où une chroniqueuse vous répond. Cette chroniqueuse, c’est Lucile Bellan. Elle est journaliste: ni psy, ni médecin, ni gourou. Elle avait simplement envie de parler de vos problèmes. Si vous voulez lui envoyer vos histoires, vous pouvez écrire à cette adresse: [email protected]

Pour retrouver les chroniques précédentes, c’est ici.

Je ne pensais pas un jour me retrouver à vous écrire. J’ai rencontré une fille sur Tinder –ce détail a je crois une certaine importance– en début d’été. Après de longues conversations, nous avons décidé de nous rencontrer dans un café de ma ville. Au premier abord, j’étais sceptique. Et pas qu’un peu. Elle était «trop» bien habillée (je préfère la simplicité) et son visage était rougi par le soleil et peut-être aussi la timidité. Elle était également froide et nous avons eu une certaine difficulté à briser la glace. Mais, l’alcool aidant, nous avons tout doucement réussi un peu à nous trouver. Et contre toute attente, elle est restée dormir chez moi le premier soir.

Je suis un peu rongé par le cynisme. J’ai bientôt 30 ans et j’ai déjà connu des histoires longues… et beaucoup d’histoires courtes. Je ne sais pas dire si je suis un type passionné ou froid mais je reste souvent distant et je ne m’attache que très rarement aux filles. Je lui ai même avoué assez rapidement que je craignais d’être un type insensible et je voulais la mettre en garde.

Nous nous sommes revus quelques fois pendant les vacances. Avec les congés et mes vacances déjà planifiées, c’était compliqué. Et puis, autre détail important, elle a un enfant qui a 3 ans et dont la garde est partagée une semaine sur deux avec son père. Du coup, quand elle l’a… et bien elle l’a et c’est donc déjà impossible de se voir une semaine sur deux.

Mais cynique que je suis, je voyais ça d’un bon œil. Je ne suis ni pour, ni contre les enfants. Je me disais simplement qu’au moins nous ne nous verrions pas trop souvent et que je ne me lasserais pas d’elle trop vite.

Sauf qu'au fur et à mesure des rencontres, et sans vraiment le voir arriver, je suis tombé sous son charme. À chaque rencontre, je la trouvais de plus en plus belle alors que je découvrais sa douceur, sa sagesse, son intelligence et ses attentions. Comme si je comprenais enfin la beauté de son visage.

Si bien qu'un jour, je lui ai annoncé très naïvement que je considérais cette histoire sérieusement… et là, je me suis pris un mur. Elle m’a calmement annoncé qu’elle avait eu des difficultés après la séparation avec le père de son enfant, qu’elle avait construit sa vie seule et que je représentais un «danger» pour elle, pour la vie qu’elle menait seule avec son enfant.

Elle disait se plaire à vivre seule dans son chez soi –et avec son enfant une semaine sur deux. Et que c’était aussi pour ça qu’elle préférait venir chez moi – nous habitons à 30-40 minutes. Nous avons ensuite passé la sixième ou septième nuit ensemble qui fût peut-être la meilleure et depuis, hormis un message le lendemain où elle m’indiquait «penser à moi», je suis (presque) sans nouvelle. Ou enfin d'aucune nouvelle qui viennent naturellement d'elle.

J’ai commencé à douter ensuite. Elle ne répondait que par des messages de plus en plus courts genre «oui», parfois des heures après… Je me suis rendu compte que j’étais épris d’elle, que j’étais en manque de sa présence ou de ses messages et que ses silences m’étaient insupportables.

J’ai paniqué le week-end dernier quand j’ai compris que je ne la verrais probablement pas des deux jours alors qu’elle devait récupérer son enfant après et enchaîner par des vacances. Ne pas l’avoir vu pendant deux semaines et comprendre que je ne la verrais pas pendant les trois semaines suivantes m’a brisé le cœur. J'ai cogité terriblement. Je ne peux m'empêcher de cogiter et j'ai formulé toutes les hypothèses possibles quant à son silence.

Après m'être retourné le cerveau sans trop de résultats, je l’ai appelé en stress un vendredi soir pour lui expliquer ma peur. Elle m'a calmé mais je n’ai rien compris à ses explications sinon que «c’était compliqué», que non elle ne s’en foutait pas mais qu’elle avait des choses à faire et pas le temps de me contacter. Et qu’elle avait besoin de temps. Et qu’elle n’aimait pas trop parler ou s’épancher. Beaucoup de bla-bla incompréhensible. Et quand c'est flou, c'est qu'il y a un loup dit-on généralement.

Depuis, je me sens idiot. Je l’ai effrayée en dévoilant mes sentiments quand il fallait garder de la distance et du calme. Je n’arrive pas à me résoudre à ne rien faire et à attendre éventuellement qu’elle parte puis rentre de vacances et peut-être me contacte. Or, si je déteste l’inaction, je ne compte pas non plus la contacter à nouveau car je suis effrayé à l’idée d’harceler qui que ce soit. Car, et c'est moins drôle, j'ai été accusé à tort d'harcèlement et ce fût un enfer –je ne fût sauvé que par les aveux du vrai «harceleur» qui se faisait passer pour moi à l'époque.

Bref, je suis bloqué et je ne sais pas si j’attends pour rien. Et si jamais (je n’y crois guère) elle revenait, je crains que continuer à la voir me fasse plus de mal qu’autre chose car je suis épris d’elle et le bonheur de la voir, s’il est très fort, devient finalement faible par rapport à la souffrance que j’éprouve en son absence.

Que puis-je faire? Attendre? Me résigner?

Je crains de n’être pour elle qu’un mec parmi d’autres –car pour en revenir sur le premier détail (Tinder)–, je me demande si nous ne sommes pas dans une société où l’on consomme les hommes et les femmes comme des produits qui n’ont que peu de valeurs. On prend, on jette… et probablement m’a-t-elle jeté. Au moins, la bonne nouvelle, c’est que j’ai découvert que je pouvais m’attacher à quelqu’un, et qu’il fallait mieux désinstaller Tinder pour ma santé mentale (sauf à vouloir devenir encore plus cynique).

Hans

Cher Hans,

C’est une réalité que les applications de rencontre, mais aussi la façon dont nous vivons en général, ont fait de nous des consommateurs. Peut-être que, enflammés par un excès de technologie et de disponibilités des «produits», nous avons vécu une période de boulimie générale. Dans cette effusion de choix, il est devenu plus facile d’être difficile, de se protéger, de préserver nos modes de vie à tout prix. On a oublié le prix de la concession… et ce qu’elle apporte aussi, parfois.

De votre côté, si vous avez mis quelques jours à vous sentir conquis, peut-être y a-il eu chez cette femme un mouvement inverse, que sa générosité était plus immédiate et que son temps de réflexion s’est effectué qu’après.

Sans excuser ce geste qui vous fait souffrir, je précise que la vie de mère célibataire est un équilibre fragile, douloureux et difficile. Si elle a finalement trouvé son équilibre et une vie qui lui convienne, pour elle et pour son enfant, on peut comprendre qu’elle se refuse à le bouleverser, quitte à sacrifier son propre bonheur. On ne peut jamais donner à l’autre plus que ce que l’on à offrir. Cette femme a peut-être eu le tort de ne pas s’en ouvrir plus tôt à vous, elle s’était probablement rassurée par vos déclarations de froideur et ne craignait pas de vous faire souffrir. C’est une totale erreur d’appréciation de sa part.

Je ne peux que souscrire à votre envie de désactiver l’application que vous aviez choisi en premier lieu. Si elle ne vous convient pas, si ce qu’elle «vend» ne vous convient pas, il n’y a pas de raison de s’acharner. Tinder est connu pour promouvoir les histoires sans lendemains. Mais sachez, si vous êtes toujours avide de rencontres, qu’il existe d’autres applications qui mettent en avant d’autres désirs. Comme par exemple Once, qui ne vous propose qu’un profil par jour spécialement choisi en fonction de vos affinités avec la personne.

Mais je ne saurais d’abord que trop vous conseiller de mettre au clair vos envies profondes plutôt que de vous complaire dans votre cynisme affiché. Vous avez 30 ans, que voulez-vous? Qu’attendez-vous de l’autre et de la relation? Qu’avez-vous à offrir? Quels sont vos projets? Il me semble que cela simplifiera grandement «la recherche» que de savoir déjà ce que vous cherchez. Pour vous d’abord, et puis enfin à deux. Cette femme, oui, a fait son choix. Parce qu’elle sait ce qu’elle veut dans la vie, ce qu’elle veut préserver et ses priorités. Je vous conseille grandement de faire ce travail sur vous avant d’attendre de l’autre et des sentiments qu’ils vous imposent le chemin. Vous n’en serez que plus heureux. 

 

Lucile Bellan
Lucile Bellan (163 articles)
Journaliste
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