Science & santé

«Lorsqu'on a découvert qu'on ne pouvait pas avoir d'enfants, je me suis sentie bizarrement soulagée»

Lucile Bellan, mis à jour le 03.10.2017 à 14 h 26

Cette semaine, Lucile conseille Maxine, une jeune femme qui a des doutes sur l'amour qu'elle porte à son mari.

Lady Agnew of Lachnaw | par John Singer Sargent via Wikimedia CC License by

Lady Agnew of Lachnaw | par John Singer Sargent via Wikimedia CC License by

«C’est compliqué» est une sorte de courrier du cœur moderne dans lequel vous racontez vos histoires –dans toute leur complexité– et où une chroniqueuse vous répond. Cette chroniqueuse, c’est Lucile Bellan. Elle est journaliste: ni psy, ni médecin, ni gourou. Elle avait simplement envie de parler de vos problèmes. Si vous voulez lui envoyer vos histoires, vous pouvez écrire à cette adresse: [email protected]

Pour retrouver les chroniques précédentes, c’est ici.

J’ai 31 ans et je suis en couple depuis cinq ans –mariée depuis trois. J’aime mon mari mais j’ai l’impression de ne pas être «assez» amoureuse, si cela est possible? On s’entend bien. On rigole beaucoup ensemble. On fait l’amour régulièrement (et c’est bien). C’est un mari extrêmement attentionné et aux petits soins. Le problème, c’est moi.

On a discuté de mes doutes à plusieurs reprises –j’ai failli annuler notre mariage sur le coup. C’est injuste pour lui. Il m’aime exactement comme je suis, mais moi, j’ai l’impression que non. Quels que soient les efforts qu’il fait (et que je fais), je n’arrive pas à faire taire ces doutes qui m’ont toujours envahie depuis le début de notre relation.

Or, il aimerait avoir un enfant. Moi aussi. Du moins, je le croyais. Mais lorsqu’on a découvert il y a trois ans qu’on ne pouvait pas en avoir –obligation de passer par in vitro–, je me suis sentie bizarrement soulagée et je ne fais que repousser la PMA depuis.

 J’ai 31 ans. La PMA, c’est long et compliqué. Devrais-je m’acharner à faire un enfant avec un homme que j’aime mais «pas suffisamment»? Ou dois-je le quitter au risque de ne jamais avoir d’enfants?

Ça peut paraître stupide, mais je n’ai été qu’une seule fois amoureuse et c’est de lui. Et si cela ne m’arrivait plus? Et si finalement c’est normal d’avoir des doutes sur son amour alors que rien ne va vraiment mal.

Maxine

Chère Maxine,
C’est possible de ne pas être assez amoureuse. C’est, en fait, possible d’être tout à fait bien avec quelqu’un et de ne pas être amoureuse. Pas enflammée, pas passionnée, pas comme dans les films, pas comme on voudrait. Et oui, si vous avez eu suffisamment de doutes pour vouloir annuler votre mariage, jusqu’à lui en faire part, alors je ne suis pas sûre que faire ensemble le chemin de la PMA soit une bonne idée.

Parce que si avoir un bébé, par procréation médicalement assistée ou naturellement, est un projet qu’on mène généralement à deux, je reste quand même convaincue que les sacrifices et les épreuves de la PMA puis les difficultés qui peuvent subvenir pendant la grossesse si cette étape est couronnée de succès, restent principalement féminine. C’est vous qui allez subir les injections, les examens médicaux intrusifs, les sautes d’humeur liées aux hormones et j’en passe....

Ce parcours de la PMA, même si c’est un projet de parentalité partagée, ce sera surtout le vôtre. Alors si vous avez le moindre doute, la moindre réserve, le plus petit découragement bien avant de commencer la première procédure, ne vous acharnez pas. Ne le faites pas pour lui. Pas parce qu’il faut. Ou encore pas parce que cela vient compléter à merveille un portrait de couple fantasmé.

 Ce bébé si vous en avez envie, vous pourriez et vous devriez le faire pour vous. Pourquoi ne pas imaginer que vous respectiez assez cet homme, même si vous ne l’aimez pas avec passion, pour vouloir en faire le père de votre enfant, un co-parent. Rien n’est impossible. Quand j’ai fait le choix de garder ma première fille –grossesse surprise–, je n’avais aucune idée de si mon histoire d’amour avec son père allait durer. Nous avons décidé d’être ensemble co-parents pour la vie avant de se faire des promesses amoureuses qui semblaient à l’époque impossibles à tenir.

S’engager à faire un enfant avec quelqu’un, je pense, ne doit pas être une évidence de l’amour, mais bien une vraie question à part. Partageons-nous les mêmes valeurs? Avons nous ensemble le même projet de famille? Sommes-nous prêts à construire ensemble? Ce n’est pas la passion ou le sexe qui rentrent en ligne de compte. Oui, idéalement, le couple s’aime et se désire encore en parallèle de tout ça. Mais ces éléments ne doivent pas être des facteurs dont dépendant la bonne santé du projet. Le couple c’est une chose, la famille c’en est une autre. Et si certains auront tout, tant mieux pour eux, je peux vous assurer qu’ils sont beaucoup à admettre des concessions d’un côté comme de l’autre.

C’est à vous de décider ce qui vous importe, Maxine, ce qui vous rend heureuse. Espérez-vous mieux pour votre vie amoureuse? Ce bébé est-il un désir profond ? Rien n’est un mauvais choix tant que les raisons sont honnêtes.. Sans fards, sans confort pour vous endormir, sans filtre des bonnes ou mauvaises habitudes, regardez en face vos désirs profonds, ceux que vous portez tout au fond de vous, et appliquez-les.

Lucile Bellan
Lucile Bellan (163 articles)
Journaliste
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