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Le PS va-t-il disparaître à jamais du paysage politique?

Gaël Brustier, mis à jour le 29.09.2017 à 14 h 32

Concurrencé à sa gauche par la France insoumise et à sa droite par La République en marche, le PS peine à se trouver un espace politique. Un premier pas vers la porte de sortie de l’histoire politique de notre pays?

PATRICK KOVARIK / AFP

PATRICK KOVARIK / AFP

Le Parti socialiste vient de remporter un relatif succès aux élections sénatoriales. Largement défait à la présidentielle puis aux législatives quelques mois plus tôt, le PS se retrouve néanmoins toujours dans la situation d’autres partis qui, dans le passé, ont connu le déclin et la marginalisation. Ce, après avoir joué un rôle central dans la vie politique de notre pays. À quelques égards, les socialistes ont subi en peu d’années ou de mois un déclin comparable à celui de l’antique Parti radical. Il existe encore, probablement pour longtemps mais sa mort politique possible signifie surtout qu’il ne pourrait demeurer qu’en tant que force mineure du système partisan qui prend forme depuis avril dernier.

Longtemps, le Parti radical fut pourtant au centre de la vie politique française. Nombre de ses membres dirigèrent le gouvernement sous les IIIe et IVe Républiques. Il constitua l’axe de nombre de coalitions gouvernementales et fut le moteur de quantités de réformes majeures contribuant à enraciner la République –laïcité, gratuité de l’enseignement secondaire, etc.. Nul n’imaginait ce parti, emblématique de la «République au village», un jour relégué à quelques bancs du Sénat ou de l’Assemblée nationale et réduit au rôle de force d’appoint de partis incarnant une base sociologique et un projet politique sans commune mesure avec le sien. 

Un rôle charnière

 

Sans même parler de Clemenceau, le Parti radical évoque encore les noms d’Émile Combes, d’Édouard Herriot, de Joseph Caillaux, d’Édouard Daladier puis de jeunes espoirs des années 1930 comme Pierre Mendès France, Pierre Cot ou Jean Zay. Le Parti radical était alors le vecteur partisan de l’enracinement de la République en France. Il était bénéficiaire de clivages portant son projet et ses candidats. L’enjeu républicain, laïc notamment, était au centre des débats. 

Après la guerre, le discrédit porté sur l’action gouvernementale des années 1930 lui valut déjà une sensible déperdition de voix au profit d’autres formations politiques comme les socialistes, les communistes ou les gaullistes du RPF. Le Parti radical joua néanmoins un rôle souvent charnière au parlement, permettant à plusieurs des siens, dont Edgar Faure, Pierre Mendès France ou Félix Gaillard, de jouer un rôle important sous la IVe République. Force partisane permettant encore l’épanouissement de personnalités talentueuses, il perdit avec l’arrivée du Général de Gaulle au pouvoir les reliquats d’influence politique qui lui restaient et se replia sur le Sénat. 

Le grand perdant de la recomposition politique

En 1958, il parut doublement représenter l’ordre ancien et le paya donc deux fois. Il était à la fois comptable de la fin de la IIIe République abdiquant à Vichy et de l’impuissance de la IVe face au défi de la décolonisation. Il incarnait une autre époque et une sociologie défunte. «On a vu des Français mourir pour la République mais aucun pour le Parti radical», aurait dit le Général de Gaulle, signifiant ainsi que celui-ci n’était plus un acteur de la marche de l’histoire.

Par la suite, les radicaux firent parfois l’actualité mais, en effet, ne firent plus l’histoire. 

Des décennies durant, le Parti radical bénéficia du souple maillage du territoire par des élus locaux s’identifiant à son projet d’enracinement de la République et d’une base électorale de petits propriétaires et de fonctionnaires

Frappé par une scission au moment de la constitution de l’Union de la Gauche, il fut concurrencé par le Mouvement des radicaux de gauche (MRG) dirigé par Robert Fabre, dont l’adhésion à l’entente PS-PCF soulignait la filiation avec le Front Populaire de 1936. Le Parti radical devint en 1978 une composante de l’UDF, la confédération des partis soutenant Valéry Giscard d’Estaing, puis un parti associé à l’UMP, puis enfin un parti membre de l’UDI. Quelques personnalités exercèrent en son nom des responsabilités gouvernementales comme André Rossinot ou Yves Galland. 

Une base électorale de plus en plus réduite

 

Des décennies durant, le Parti radical –«Parti Républicain Radical et Radical Socialiste»– bénéficia du souple maillage du territoire par des élus locaux s’identifiant à son projet d’enracinement de la République et d’une base électorale de «petits», c’est-à-dire de petits propriétaires et de fonctionnaires qui lui assuraient un quart des suffrages en moyenne sur le plan national et une centralité politique. Après 1958, c’est exclusivement sur ces ententes locales d’élus qu’il put s’appuyer et maintint une influence relative au Sénat. 

Encore existant, en voie de réunification entre ses deux branches (PRG et Parti radical maintenu), le Parti radical de la grande époque est donc peu à peu sorti de l’histoire politique française. Il a cédé la place à d’autres formations politiques, comme le mouvement gaulliste (de l’UNR au RPR) ou le Parti socialiste et fut obligé de s’intégrer à une coalition de partis de droite et du centre-droit pour continuer d’exercer des responsabilités tandis que son aile gauche s’associait étroitement au PS. Aujourd’hui, certains de ses élus se rallient au macronisme.

Quelle mutation pour le Parti socialiste?

Tout comme certains élus socialistes. Les actuels animateurs du PS font fréquemment référence à Épinay pour laisser entendre que leur prochaine mutation redonnera force et vigueur à la formation née en 1905 et refondée entre 1969 et 1971 par Savary puis Mitterrand et le Ceres de Chevènement. Les socialistes ont néanmoins, pour l’heure, davantage en commun avec le radicalisme des années 1960 qu’avec la SFIO de la même période. 

Malgré ses errements et cette pratique de la politique et du pouvoir connue sous le nom de «mollettisme», la SFIO conservait un électorat minoritaire mais fidèle et surtout une armature idéologique cohérente jusqu’à friser la rigidité. Elle servit paradoxalement à la régénération du parti de Guy Mollet en suscitant des initiatives de rénovation. La SFIO cherchait une issue «par le haut» à ses propres difficultés et Guy Mollet, son insubmersible dirigeant, couvait des expériences de rénovation comme le Ceres ou le Cedep (dirigé par Mauroy).

François Mitterrand en 1971 à Épinay I PIERRE GUILLAUD / AFP

François Mitterrand offrant son leadership au Congrès d’Épinay bénéficia de la perspective stratégique offerte par l’Union de la Gauche, d’un projet politique (et non d’un simple programme) puisant son souffle et ses cadres sans le mouvement de Mai 68. La vieille SFIO su se transcender. Le PS naquit puis prit l’ascendant sur le PCF. Trente ans de centralité dans la vie politique française s’ouvraient.

La force du local

 

Dépourvu de projet à long terme à partir de 1983 et surtout au tournant des années 1990, il sut miser sur le projet d’intégration européenne et se fondre dans la décentralisation. Il se substitua notamment à l’UDF comme force politique ancrée dans les collectivités locales. À partir de 2004, le PS s’appuya sur une gestion innovante des régions, départements, villes et grandes villes pour finalement atteindre le pouvoir national en 2012. 

Dans le même temps, le Parti radical se voyait offrir comme perspective l’aventure très personnelle du journaliste et essayiste Jean-Jacques Servan-Schreiber aux rêves de modernisation très «américains». Autrement dit, le Parti radical n’espérait plus qu’en les heureux –ou moins heureux–, hasards de la vie et des rencontres inopinées qu’elle offre. Pour le Parti radical «valoisien», ce fut «JJSS», pour le MRG devenu «Radical», devenu PRS puis PRG, ce fut l'homme d'affaire Bernard Tapie, qui se sentit un destin politique. Force d’appoint au centre-gauche ou au centre-droite, la famille radicale demeura donc une force supplétive.

Résister au raz-de-marée macroniste

Le Parti socialiste, dont le Conseil National se réunit ce samedi 30 septembre, peut associer des non-militants ou consulter, il demeure une réalité pour l’heure: il ressemble davantage à un vieux parti léthargique qu’à une organisation politique en difficulté mais dont les fondamentaux peuvent servir de base à un processus puisant dans la mutation de la société française et dans l’évolution du monde son carburant et les fondations d’un nouveau projet.

Tiraillé entre une frange anti-Macron et une frange sensible au dessein du Président, le PS est privé d’une autonomie intellectuelle, politique et stratégique qui permettrait d’engager une possible offensive politique dans la société française

Le noyau électoral du PS a explosé ou implosé. Le raz de marée macroniste à Paris et la concurrence vorace de La France Insoumise démontrent que l’étau se resserre. Le Parti socialiste se rétracte sur quelques bastions (Sud-Ouest notamment) et est concurrencé dans les métropoles par La République en Marche, à laquelle il a fourni au passage nombre de cadres formés par ses soins à la rhétorique de l’adaptation au monde «tel qu’il est».  

Les Sénateurs socialistes viennent de reconduire à la présidence de leur groupe Didier Guillaume, un sénateur aux coups de cœur répétités pour l’exercice du pouvoir macronien. Tiraillé entre une frange anti-Macron et une frange sensible au dessein du Président, le PS est privé d’une autonomie intellectuelle, politique et stratégique qui permettrait d’engager une possible offensive politique dans la société française. 

La quête de sens

 

Ses atouts demeurent: un grand nombre d’élus locaux, une culture de gouvernement et un réseau de haut-fonctionnaires encore actif. Il lui manque néanmoins l’essentiel: une raison d’être. Elle ne peut être, évidemment, que politique, en rapport avec la marche de l’Histoire.

Pour ne pas connaître le destin du Parti radical, le PS doit donc se doter d’une analyse du contexte mondial, d’un projet politique correspondant et d’une stratégie impliquant de savoir sur quels groupes sociaux il entend s’appuyer prioritairement et avec qui il entend s’allier pour mener à bien la vision qu’il défend. La clé de voûte d’un tel processus résiderait de surcroît dans un leadership renouvelé ne sombrant ni dans la radicalité incantatoire ni le béat acquiescement devant l’exercice du pouvoir macronien. Entre exctinction «radicale» et rebond historique façon Épinay, le PS doit désormais choisir… et cela ne passe pas par un vote par clics sur internet.

 

Gaël Brustier
Gaël Brustier (104 articles)
Chercheur en science politique
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