SlatissimeBoire & manger

Désolé, vous vous êtes fait déjeune-zoner

Marie Kock et Stylist, mis à jour le 22.09.2017 à 11 h 04

Vos potes ne sont plus dispos pour vous le soir?

Photos: DR

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Vous avez le teint aussi frais que du Petit Billy, bien avancé votre roman total sur les «filter bubbles» –votre héroïne ne parle qu’à des gens qui ne pensent pas comme elle avant de se rendre compte que, franchement, c’est quand même pas des lumières– et passé votre premier dan de kung-fu en un temps record. Félicitations mais ce palmarès insolent cache une bien plus triste réalité: vous ne sortez plus –ne mentez pas. Que s’est-il passé? C’est tout simplement que vos potes toujours partants pour perdre du temps et de l’espérance de vie jusqu’à pas d’heure en votre compagnie ne remplissent désormais plus leur devoir amical qu’entre midi et deux. Vous vous demandez comment vous êtes entrés dans leur dèj-zone? On vous explique par le menu.

1.Entrée

Parce que vous avez cédé aux sirènes des magazines à grand tirage, vous vous êtes petit à petit laissé convaincre par le concept de la «qualité de vie». Soit l’idée que le bonheur, c’est de la place pour installer une buanderie, un ascenseur et une adresse proche hôpital. Vous avez donc troqué votre petit appartement proche bars et proche potes contre un moins petit appartement à vingt minutes de métro, deux arrêts de bus et dix-huit minutes de marche.

Il va sans dire que plus personne ne vous appelle au débotté du coin de la rue –la seule raison qui aurait pu les pousser à s’y trouver, c’est de vouloir faire un achat en gros de moquette–, et que vos fêtes d’anniversaire en ont pris un coup question ambiance depuis que seuls vos voisins du dessous trouvent la force de se pointer. Arrêtez de vous voiler la face: vos amis préféraient votre ancien vous –celle qui habitait dans le 10e– et tentent de vous le dire gentiment en ne fréquentant que votre vous actif –celle qui travaille sur la ligne 4–, à l’heure du déjeuner.

Changement de régime: investissez dans une résidence secondaire au-delà de vos moyens mais qui redorera votre image auprès de vos potes (devenez «celle qui a une piscine»).  

2.Plat

À peine entamée votre brandade de morue, vous vous sentez déjà perdue comme dans un roman russe. Alors que votre crew de base ne comptait que cinq personnes, le pote avec qui vous déjeunez vous noie sous un name-dropping qui vous est aussi étranger qu’une galerie Say Who. Non vous ne saviez pas que Lola était trop marrante ni que Bastien, sous ses abords de petite frappe, avait en réalité un cœur de Saint-Bernard. Mais apparemment vous êtes bien la seule, tous les autres ayant répondu présent à la virée géniale à Deauville alors que ce n’était pas prévu (tellement que vous n’avez jamais reçu l’invitation).

Dommage parce que votre BFF n’a jamais autant ri que ce soir-là, ce qu’elle vous dit en s’étouffant à moitié dans son pain. Avant de vous confier, l’air soudainement grave, tous les problèmes qui l’angoissent mais dont elle ne parlerait pour rien au monde au sein de sa nouvelle bande, de peur de casser l’ambiance (surtout celle de Bastien qui, malgré sa gentillesse légendaire, a tendance à casser des portes dès qu’il s’ennuie). Un peu inquiète qu’elle n’ait toujours pas touché à son gaspacho, vous lui rappelez gentiment que ses soucis ne sont pas une raison pour s’affamer. Dieu merci, elle vous rassure: c’est juste qu’elle va encore se la coller avec Julia (don’t know, don’t care) le soir même et qu’elle essaie de faire attention. Mais pas à vous manifestement.

Changement de régime: créez votre propre ligue des amis imaginaires, avec qui vous 
pourrez vivre enfin des soirées dignes de ce nom (trouvez un bar qui acceptera que vous occupiez seule et hilare une table de 12 personnes)  

3.Dessert

Ce n’est pas un chat, ni une mère de famille nombreuse. Pourtant, vous ne pouvez pas capter son attention plus d’une minute et demie. Hyper-frustrant puisque vous aviez prévu de lui expliquer par le menu votre dernière épiphanie psychanalytique: une passionnante histoire de confitures, de symptômes de sclérose en plaque et de faillite transgénérationnelle. Mais manifestement, votre pote Cédric n’en a rien à foutre, puisqu’à la mention de votre paralysie des deux bras, il était en train de sourire à son téléphone. Puis à vous, en espérant que ce soit raccord avec la conversation (same player, shoot again).

Bien sûr, vous vous réjouissez que votre ami de toujours soit tombé amoureux mais vous ne comprenez pas bien pourquoi il se passerait de vos longues soirées avinées à détester le monde ensemble et à en reprendre une petite dernière parce que vous n’alliez quand même pas vous laisser piétiner par la société. Sauf qu’à votre contre-utopie, il en a préféré une plus simple: celle de pouvoir dormir tranquillement chaque soir dans des draps frais et des bras aimants. Boooooring certes mais avouez que ça vous laisse du temps tranquille pour régler vos propres problèmes d’Œdipe, sobre comme tout, dans votre appart que personne n’a osé déranger depuis longtemps.

Changement de régime: passez vos déjeuners sur les forums Doctissimo où chachapoulette prendra très au sérieux le moindre de vos fourmillements de l’index (attention, elle risque de vous convaincre que ça ressemble moins à une SEP qu’à une Park’s).  

4.Café

Enfin façon de parler puisque, comme la caféine vous fait soi-disant palpiter les sourcils, vous évitez à tout prix ce poison pour l’estomac, notamment pour pouvoir vous la coller tranquillement au sancerre sans passer par la case Rennie. Sauf que l’alcool vous rend la langue un peu trop bien pendue (les joues aussi mais c’est une autre histoire) et que, au grand dam de vos amis, vous vous en servez pour ressasser toujours la même histoire –pour ceux qui ne vous ont pas revue depuis 2007, oui vous vous demandez toujours pourquoi Philippe a besoin de se marier, de divorcer puis de se remarier avec quelqu’un d’autre alors que vous savez bien qu’il n’aime que vous.

Ce qui, en fin de soirée, se termine toujours par des envois de haïkus regrettables au dit Philippe («Il pleut sur Paris/sous le chardon et l’ortie/j’ai perdu mes clés»), que vous peaufinerez pourtant avec eux au prochain apéro: «“le cri de la grenouille”, c’est clair non comme image?»). Bref, vous avez épuisé votre talent jeunesse, votre foie et la patience de vos amis, qui espéraient qu’en vous cantonnant au déjeuner, ils pourraient vous parler d’autre chose –leur vie par exemple.

Changement de régime: s’ils se mettent à vous petit-déjeunezoner, il est temps de vous trouver de nouveaux amis, notamment aux AA.

Marie Kock
Marie Kock (21 articles)
Journaliste
Stylist
Stylist (169 articles)
Mode, culture, beauté, société.
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