Science & santé

«Là, avec mon gynéco, je ne sais pas comment dire, c’était différent»

Lucile Bellan, mis à jour le 19.09.2017 à 17 h 22

Cette semaine, Lucile conseille Élodie, une jeune femme qui vit l'enfer après avoir trompé l'ennui de son couple avec son gynécologue.

Le Baiser | par Francesco Hayez via Wikimedia CC License by

Le Baiser | par Francesco Hayez via Wikimedia CC License by

«C’est compliqué» est une sorte de courrier du cœur moderne dans lequel vous racontez vos histoires –dans toute leur complexité– et où une chroniqueuse vous répond. Cette chroniqueuse, c’est Lucile Bellan. Elle est journaliste: ni psy, ni médecin, ni gourou. Elle avait simplement envie de parler de vos problèmes. Si vous voulez lui envoyer vos histoires, vous pouvez écrire à cette adresse: [email protected]

Pour retrouver les chroniques précédentes, c’est ici.

J’ai 30 ans et je suis en couple depuis maintenant plus de douze ans. Je ne peux pas dire que je me suis entichée de mon conjoint par amour mais pour combler mes angoisses et un vide affectif important. Les années passant et pensant que me vie amoureuse ne serait jamais plus intéressante, j’ai fait ce que toute personne socialement bien insérée aurait fait, sans grande conviction: je me suis très investie dans mon travail (à défaut d’autre chose) et nous avons acheté une maison pour ensuite essayer d’avoir un enfant. Je dis «essayer» car le destin en a décidé autrement: j’ai fait deux fausses-couches successives.

La seconde a nécessité une hospitalisation, et c’est à ce moment précis que tout à basculé: je fais la rencontre de Dr G., le gynécologue qui m’a pris en charge aux urgences. Je dois dire que rien ne prédisposait à la rencontre, vu ce drôle de contexte. Ce n’est pas la première fois que j’ai un coup de cœur pour un autre homme, mais ça n’allait jamais plus loin que de légers fantasmes. Mais là, je ne sais pas comment dire, c’était différent.

Loin de moi l’idée que ces sentiments puissent être partagés. Deux mois plus tard, je dois faire une échographie de contrôle. Après plusieurs jours d’hésitation, je décide de prendre rendez-vous avec Dr G. plutôt qu’avec mon gynécologue habituel.

Et tout va très vite. Il me dit clairement que je lui plais, nous nous revoyons et vous vous doutez bien de la suite… Et là, vous vous dites que c’est trop beau, qu’il doit bien y avoir un «hic». Eh bien oui, vous avez raison. Il s’avère que Dr G. n’est pas plus célibataire que moi, et il apprend deux semaines après notre rencontre que son «officielle » est enceinte. Le conte de fée vire au cauchemar. Ses sentiments envers moi changent, les miens s’amplifient. Tout se complique, nos moments complices deviennent tendus. C’est le chaos, dans sa tête, dans la mienne. Nous sommes tous les deux perdus et nous jouons au chat et à la souris: fuis-moi je te suis, suis-moi je te fuis. Nous nous ne comprenons plus. (Et je vous épargne mes pensées noires: elle est enceinte alors que je n’ai pas réussi à garder mon bébé).

J’ai parfaitement conscience que dans de telles circonstances, notre relation est vouée à l’échec, mais je ne veux pas l’admettre. Je n’arrive pas non plus à accepter qu’il n’arrive pas à faire un choix entre sa vie avec elle et notre aventure. Finalement, à prendre la décision que je n’arrive pas à prendre moi-même. Pourtant dans mon for intérieur, j’aimerais tellement qu’il me revienne.

Je le déteste tout autant que je l’aime, les deux à la folie. Cette histoire d’amour m’a complètement bouleversée. J’ai redécouvert des sensations que j’avais oublié, et même un bien-être que je n’ai jamais connu. L’alchimie sexuelle qu’il y a entre nous est tellement forte, je ne peux imaginer revivre cela avec une autre personne.

Et maintenant, je ne peux plus continuer à fermer les yeux sur la relation sans amour que j’entretiens depuis tellement d’années avec mon conjoint actuel, j’ai assez fait l’autruche. Pour lui, c’est la meilleure solution, le libérer de cette relation hypocrite qui est devenue toxique. Mais cette séparation m’angoisse terriblement, cette peur de tout perdre et l’idée de me retrouver définitivement seule me hante.

Je maudis le destin qui se joue de mes sentiments, qui n’arrête pas de mettre Dr G. sur mon chemin, à chaque fois que je commence à remonter la pente. J’aimerais tellement être plus forte que ça, réussir à tourner la page une bonne fois pour toute et à me détacher de tous ces sentiments qui me rongent quotidiennement. Je veux arrêter de l’aimer, arrêter de souffrir inutilement, trouver ce fameux bouton off pour que je puisse aller de l’avant.

Élodie

Chère Élodie,

Je crois que vous devez prendre les problèmes les uns après les autres. Occupez vous déjà de votre couple en perdition. Il n’y a pas d’amour? Cessez de vivre dans le mensonge. On ne quitte pas un homme pour un autre. On devrait quitter un homme parce qu’il n’y a plus d’amour, plus de désir, plus de bonheur partagé. Il n’est pas question ici de sécurité mais de survie. Ou plutôt de vivre. Enfin. Comme vous le méritez. Cette angoisse de tout perdre, elle est naturelle. Mais elle ne doit pas dicter les cinquante prochaines années de votre vie. Vous rendez-vous compte? Ce sacrifice que cela représente pour une histoire commencée sur un malentendu?

Vous méritez mieux que cela. Et cet homme qui a passé douze ans avec vous, il mérite également bien mieux. C’est aussi de cette manière que vous devez envisager le problème: vous libérer c’est également le libérer, lui. Lui offrir l’opportunité d’être aimé un jour.

Docteur G. aussi, de son côté, a fait un choix. Comme vous allez devoir le faire. Plutôt que de le détester pour ça, sachez apprécier ce qu'il vous a apportée: peut-être l'électrochoc qui vous aura rendu la vie.

Il me semble de tout ça que vous avez besoin de temps pour vous et uniquement vous. Si l’idée de vous retrouver définitivement seule vous hante, ce qui est tout à fait compréhensible, vous semblez avoir besoin pourtant d’un temps de solitude pour évacuer les épreuves, décider qui vous avez envie de devenir et ce que vous avez réellement envie de faire.

Je connais la vie sur des rails. Le couple heureux au départ, deux amoureux trop jeunes peut-être, mais sur qui tout semble glisser. Et puis le premier appartement, le chat, le mariage, les conversations sur le bébé. Et cette envie d’agrandir la famille qui devient le seul projet, pour cacher qu’à côté, plus rien ne va. L’échec comme un grain de sable qui vient faire dérailler la machine. Il y a eu un moment, où j'ai réalisé que ce n’était plus possible. Où faire partie de ce couple de publicité pour cuisines et électro-ménagers était un poids trop lourd à porter. J’étais encore jeune, je pouvais commencer à vivre (j’apprendrais plus tard qu’il n’y a pas d’âge pour commencer à vivre). Je suis partie.

Oui, pendant un temps, j’ai eu une grande impression de solitude et pendant un an, pendant que je tâchais de reconstruire ma vie, les larmes ont coulé plus de raison. Mais me voilà, sept ans plus tard, sans avoir jamais regretté cette décision une seconde. Parce que ce jour où je suis partie, j’ai mérité ma vie, mérité d’être heureuse et amoureuse à nouveau. De construire pour moi et plus pour un modèle illusoire. Si j’ai rendu mon premier mari malheureux, j’ose espérer qu’il est aujourd’hui plus heureux qu’il ne l’a jamais été avec moi. Lui aussi, a refait sa vie.

Ne vous anesthésiez pas, Élodie. Quittez tout, vivez, aimez, découvrez enfin qui vous êtes. Vous ne finirez jamais seule et, aussi spectaculaire que peut paraître le précipice, vous avez largement en vous la force de le dépasser. Rendez-vous de l’autre côté, Élodie. Là où les larmes coulent autant que les rires éclatent. Là où vous serez vivante et peut-être un jour, je vous le souhaite, heureuse.

Lucile Bellan
Lucile Bellan (163 articles)
Journaliste
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