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Quiconque osera s'attaquer aux JO Paris 2024 sera considéré comme un traître à la patrie

Laurent Sagalovitsch, mis à jour le 18.09.2017 à 11 h 05

[Blog] Les Jeux olympiques, tu soutiendras; ta grande gueule, tu fermeras (ou pas).

CHRISTOPHE SIMON / AFP

CHRISTOPHE SIMON / AFP

C'eût été comme si la France venait d'entrer en guerre et enjoignait sa population à faire corps derrière elle. Soudain, l'organisation des Jeux olympiques était devenue une cause nationale: le premier qui oserait moufter serait pendu haut et court et sa charogne livrée en place publique à la populace.

On pensa même à créer une ligne téléphonique spécialement dévolue à dénoncer les rabats-joie, les râleurs professionnels, les aigris de tout poil, qui ne remercieraient pas en des termes emphatiques la mairesse de la capitale de cette offrande inespérée, de cet exploit inédit d'avoir su imposer sa ville comme future destination des Olympiades.

Moi qui n'ai rien d'un pisse-froid, qui suis et demeure le plus avenant des hommes, modèle de pondération et de bienveillance, je tiens en cette chronique à remercier en personne le comité d'organisation de ce retentissant succès qui, contrairement à ce qu'en disent certaines mauvaises langues –toujours les mêmes d'ailleurs –était loin, très loin dêtre acquis d'avance quand bien même Paris se retrouvait seule en liste; un auto-sabordage de dernière minute ou un suicide collectif du personnel navigant entre Paris et Lima étant toujours possible.

Oui d'entre toutes les villes à se prétendre olympique, Paris fut la seule à être assez téméraire pour vouloir se lancer dans l'organisation d'un événement qui lui rendra tout son lustre d'antan, quand le monde entier regardait avec des yeux gourmands et jaloux ce qui se tramait des deux côtés de la Seine.

La seule, à avoir compris ce formidable engouement qui secouait ses habitants quand on rêvait entre-soi, de ce jour où la flamme olympique éclabousserait de toute sa splendeur universelle le ciel de Paris, quand du champ de Mars au bassin de la Villette le cœur de la ville lumière battrait à l'unisson de ces milliers d'athlètes accourus des quatre coins de la planète célébrer la fraternité et l'esprit de partage entre les sportifs de bonne volonté.

Et qu'importe que les trottoirs de Paris ne soient toujours pas adaptés à la circulation des fauteuils roulants, qu'importe que la plupart des stations de métro ne soient pas pourvues d’ascenseurs censés faciliter le déplacement des personnes handicapées, qu'importe l'horrible puanteur de son métropolitain ou la saturation de son périphérique, oui qu'importe le prix à payer et les dettes à régler pourvu que durant la quinzaine olympique le monde entier bande à nouveau pour la Tour Eiffel et tous ces monuments qu'elle surveille de son auguste hauteur.

Notre jeune président l'a proclamé, la France est de retour et je n'ai pas assez de mes deux pieds pour applaudir à cette résurrection!

Il faut dire que ces derniers temps, entre les attentats, les résultats économiques en demi-teinte, la présence du Front National au second tour de l'élection présidentielle, j'avais mal à ma francité ; depuis mercredi soir, ce n'est plus qu'un lointain souvenir : à nouveau, je sens sourdre en moi ce sang bleu-blanc-rouge capable de toutes les audaces, cet amour de ma patrie natale dont je m'étais honteusement détourné, égaré dans les vapeurs du cosmopolitisme où j'avais cru à l'illusion de voir disparaître les nations.

C'est que voyez-vous, en ce qui me concerne, je me fous totalement de savoir qui peut bien organiser les Olympiades, que ce fut Paris, Tokyo ou Pétaouchnok. Rien ne ressemble autant à un stade olympique qu'un autre stade olympique. Je ne vibre pas parce que je vois flotter dans le ciel le drapeau emblématique de ma ville natale –stupidité d'un autre temps– mais plus parce qu'un athlète aura su trouver en lui les ressources nécessaires pour triompher de l'adversité, un athlète dont par ailleurs je me moque totalement de la couleur de peau ou du lieu de naissance.

Je ne suis pas une compétition sportive pour sentir mon orgueil national palpiter –occupation de peignes-culs tout juste bons à astiquer le manche de leurs engouements sélectifs– mais parce qu'elle représente le visage d'une humanité qui cherche à se surpasser, en un effort splendide d'abnégation, de sacrifice, d'endurance, autant de valeurs qui me sont chères.

Je n'attends pas du sport qu'il me rende fier d'être français, chinois ou taïwanais; j'en attends juste qu'il m'apporte de l'émotion née de la capacité de l’athlète à susciter de la beauté, de la grâce, de la transcendance - l'envol d'un perchiste dans le ciel, la coulée rageuse d'une nageuse, la souffrance d'un marathonien allant au bout de ses forces ou l'agilité d'un kayakiste traçant son chemin entre les eaux vives.

Loin, très loin de toutes ces foucades nationalistes qui sont comme autant de caprices d'enfant mal élevé.

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Laurent Sagalovitsch
Laurent Sagalovitsch (124 articles)
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