Double XHistoire

Désolée pour Jean-Michel Deugd'histoire, le Grand Viking avait ses règles

Titiou Lecoq, mis à jour le 15.09.2017 à 11 h 38

Réduite à la sphère domestique les femmes? De nouvelles découvertes viennent remettre en cause nos représentations sur les rôles attribués à chaque genre.

Katheryn Winnick dans la série «Vikings».

Katheryn Winnick dans la série «Vikings».

Quand on promeut l'égalité femmes/hommes, il y a toute une liste de réponses stéréotypées qu'on entend forcément. Et notamment celles de Jean-Michel j'aifaitundeugd'histoire qui nous explique posément que depuis la nuit des temps les rôles masculins/féminins sont ainsi distribués, et que ça ne doit pas être complètement par hasard. Je veux dire une femme physiquement c’est plus faible qu’un homme alors évidemment qu’elle restait dans la grotte à passer son balai en poils de mammouth plutôt que d’affronter une nature hostile et que tu vois c'est un peu pareil concernant la capacité à supporter la pression dans le monde de l'entreprise. 

En 1880, un archéologue suédois travaille sur des fouilles à Birka, près de Stockholm. Birka était le comptoir commercial le plus important pour les Vikings qui venaient y revendre ce qu’ils avaient récupéré dans leurs expéditions en Europe –mais si Jean-Michel, ça te rappelle un truc ça, les vilains et virils Vikings qui venaient égorger nos grands-pères et violer nos grands-mères avant de boire le sang encore chaud des chatons de nos paisibles campagnes.

À Birka, il y a des milliers de tombes mais cet archéologue trouve une sépulture remarquable. Celle d’un grand chef militaire du Xe siècle. Le squelette a été enterré avec deux chevaux, une épée, un arc et des flèches, une hache, un couteau, et des figurines de jeux stratégiques qui indiquent qu’en plus d’être un grand combattant, c’était un chef qui mettait au point les stratégies militaires. Ce chef Viking trouve alors sa place dans les livres d’histoire suédois, il devient l’archétype du grand chef Viking.

Une gonzesse, «pas réaliste»

Dans les années 1970, on remarque quand même que le grand chef Viking a des os de femmelette. Ou de femme tout court. C’est un problème puisqu’il est inconcevable que le grand chef soit une gonzesse. Mais peut-être que c’est un homme avec des os fins, ou l’épouse du grand chef Viking et que le squelette de l’homme a disparu de la sépulture, ou encore, si vraiment on insiste pour dire que c’est une femme, peut-être que simplement elle appartenait à une famille importante même si ça ne colle pas du tout avec les autres pratiques de sépulture sur le site.

Pourtant, des sources écrites évoquaient des femmes Vikings combattantes. Mais on relativise leur importance, tout ça c’est du folklore, de la mythologie. Alors qu’il s’agit de sources écrites de l’époque, on les range dans une petite boîte avec l’étiquette «pas réaliste». Un viking, on sait bien que c’est ça:


Vous imaginez un grand chef Viking qui a ses règles? Sérieusement? Il aura fallu attendre les progrès de la paléo-génétique pour enfin admettre que le grand chef Viking est… une femme. Une trentenaire d’un mètre soixante-dix. Et qu’il n’y a jamais eu d’autres corps dans cette tombe. Les chercheurs qui viennent de publier le résultat de leurs recherches expliquent que les rapports entre les sexes étaient sans doute plus complexes que ce qu’on avait imaginé.

Les nomades de l'Âge de bronze

 

Non Alain, je ne me tairai pas. Cette même semaine, on a appris une autre découverte. (Désolée Alain.) Cette fois, ce sont les archéologues allemands qui ont étudié 83 tombes de la fin de l’Age de pierre et du début du l’Âge de bronze, (2.500 à 1.650 avant J.-C). Les analyses ont montré que ⅔ des femmes enterrées là venaient d’autres régions lointaines alors que tous les hommes étaient des sédentaires qui n’avaient jamais bougé (leur cul), et ce schéma se retrouve sur de nombreuses générations. 

En outre, les sépultures de ces femmes ne montrent aucune distinction avec les autres. Elles semblaient totalement intégrées à la communauté. Il existait donc une grande mobilité des femmes alors que jusque là on avait plutôt envisagé une mobilité de groupe qui expliquait un développement et une propagation géographique des innovations.

Du coup, les chercheurs pensent que ce seraient les femmes qui auraient propagé les nouveautés techniques de l’époque (ce qui signifie qu’elles les maitrisaient.). Elles auraient joué un rôle culturel prépondérant. (J’aimerais rappeler un truc sur la Préhistoire. On sait tous que les hommes faisaient du feu et taillaient des silex. Des chercheurs ont fait des tests et en ce qui concerne l’habileté et la force physique, il n’y a aucune raison que les femmes n’aient pas également fait du feu et taillé des silex. Il est donc possible que ce soit les préjugés sexistes inhérents aux sociétés modernes qui aient façonné cette vision.)

Une réalité plus complexe

Vous allez me dire: «Ah bah oui, mais elles étaient mariées de force ces pauvres femmes, obligées de quitter leurs familles pour aller se faire violer par des étrangers.» Mais en fait, on n’en sait rien. Il y a deux ans, on a analysé la dépouille d’une jeune danoise de la même période. On a découvert qu’elle avait quitté sa région de naissance, fait 800 km, peut-être pour un mariage arrangé. Mais ensuite, elle a refait 800 km pour retourner quelques mois dans sa région natale, puis elle est repartie encore quelques mois. (Elle ne semblait pas très «captive».)

Il ne s'agit pas de nier une oppression des femmes, mais la réalité était sans doute plus compliquée que ce qu'on a cru et a dû varier selon les époques. (Rappelons aussi que le XIXe siècle qui a été celui du grand développement de l'archéologie a été catastrophique pour les femmes.) Regardons simplement ce qu'on a sous les yeux: des déplacements qu’on ne sait pas expliquer mais qui prouvent que les femmes bougeaient rapidement, sur de longues distances, pour des durées variables. Si on ne sait pas pourquoi, on a la preuve qu'elles parcouraient le vaste monde.


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