Culture

L'athéisme est une religion aussi toxique que toutes les autres

Laurent Sagalovitsch, mis à jour le 13.09.2017 à 10 h 55

[BLOG] Je trouve le concept d'athéisme affreusement abscons, intellectuellement pauvre, philosophiquement inepte.

Flickr/Jeanne Menjoulet-HOTEL DIEU

Flickr/Jeanne Menjoulet-HOTEL DIEU

Je suis juif et agnostique. Je sais, selon les modes de la pensée classique, c'est une aberration métaphysique –une de plus. On ne peut pas à la fois revendiquer son appartenance à une religion et en même temps émettre un doute quant à l'existence tangible d'un être supérieur qui serait le commandant en chef de cette communauté religieuse. Moi je peux. Mieux, je le revendique: je suis pleinement juif tout comme je suis pleinement agnostique. Voilà, c'est dit. Comprenne qui pourra. C'est un peu comme le végétarien qui persiste à bouffer de la poiscaille. Ce qui tombe bien vu que si je ne consomme plus de viande, je continue à planter allégrement ma fourchette dans le dos d'un saumon cuit si possible à l'unilatéral.

Ceci posé, je ne suis pas athée. Tout comme je ne suis pas végan.

L'athéisme m'est aussi étranger que le hassidisme. Je trouve le concept d'athéisme affreusement abscons, intellectuellement pauvre, philosophiquement inepte. Et d'une arrogance qui défie l'entendement. Car enfin, comment peut-on décréter d'une manière aussi martiale, sans jamais laisser place à l'équivoque, que de puissance supérieure, il ne saurait en exister. Comment?

J'entends bien que rien ne permet d'attester que notre monde est un monde créé par une divinité quelconque. Pas plus que je ne décèle une raison valable pour prétendre l'exact contraire. Qu'on se le dise une bonne fois pour toutes: jusqu'à preuve du contraire, personne n'a jamais été en mesure d'apporter la preuve de l'existence de Dieu pas plus que sa non-existence. Et si je me trompe, si cette personne existe bel et bien, qu'elle se manifeste et m'envoie un e-mail sur-le-champ. Ou un fax. Ou un télégramme. Elle peut même m'appeler en PCV –je ne suis pas radin quand il s'agit du salut de mon âme.

Dieu peut exister comme il peut très bien pointer au chômage. Il peut être le grand manitou qui régit le cours de nos vies comme il peut très bien être un parfait escroc qui n'existe que dans l'imagination de quelques esprits dérangés. Il peut être tout comme il peut être rien. Tout comme la mort peut être la fin de toute chose ou bien le début d'une autre aventure. Que puis-je en savoir moi qui ne sait même pas, à cette heure avancée de l'après-midi, de quoi mon dîner sera composé? Qui suis-je pour affirmer d'une manière péremptoire que je serai mort pour l'éternité ou au contraire que je continuerai à exister par-delà ma mort, sous une forme qui resterait à définir –par exemple, celle d'un joueur de jokari qui pratiquerait le golf monté sur un destrier grand comme la voie lactée?

Pourtant quand vous parlez avec un athée, lui il sait. Je ne sais pas comment il s'est débrouillé, qui l'a tuyauté, d'où il tient ses renseignements, mais le bougre, pour savoir, il sait. Je sais, je sais, je sais. Et non seulement il sait mais si jamais vous lui confiez que personnellement vous doutez –que vous doutez de tout– il vous regarde comme si vous veniez de lui avouer que vous pratiquiez la sodomie nautique sur votre chat.

Avec dégoût et incrédulité.

À ses yeux, vous êtes désormais le roi des abrutis. C'est à croire que l'athée sait quelque chose que personne d'autre que lui ne sait. Comme s'il avait eu une vision où Dieu lui était apparu pour lui confier que tout Dieu qu'il était, en fait, il n'existait pas. Je suis celui qui n'existe pas. Sinon comment expliquer sa morgue, cette façon toujours un peu méprisante qu'il a de vous rembarrer si vous ne partagez pas son opinion, cette manière de vous regarder de travers si jamais vous osez remettre en question son opinion. Sa condescendance. Son sentiment de supériorité. Son intransigeance.

Après tout, ce monde-ci n'est pas né de rien. Si on va jusqu'à nier l'impossibilité d'une intelligence supérieure, il nous faudrait aussi conclure que le monde ne devrait pas être, supplanté par la présence immanente d'un néant qui de son silence terrifiant aurait tout recouvert, l'univers, l'homme, Jean-Pierre Pernaut et toute forme de création aussi infinitésimale fut-elle.

Or, si on peut s'accorder sur une chose, sur une seule, c'est que ce monde, hélas, existe bel et bien. Sinon, vous ne seriez pas là à lire mes inepties. Reste seulement à savoir s'il existe par la volonté d'une puissance supérieure (j'en doute) ou s'il est la conséquence d'un emberlificotement d'atomes qui, s'emmerdant à jouer à la marelle dans le confinement de leur vide intersidéral, aurait décidé d'unir leurs forces pour mettre le bazar dans l'univers (j'en doute).

A moins que ce ne soit ni l'un ni l'autre.

Auquel cas on est encore plus mal barré que je ne le pensais.

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Laurent Sagalovitsch
Laurent Sagalovitsch (132 articles)
romancier
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