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«J'ai l'impression que c'est la guerre pour pécho un mec bien à Paris»

Lucile Bellan, mis à jour le 12.09.2017 à 14 h 13

Cette semaine, Lucile conseille Clémence, une jeune femme qui souffre de ne pas être en couple.

Sunny Portrait | par Jean_Mannheim via Wikimedia CC License by

Sunny Portrait | par Jean_Mannheim via Wikimedia CC License by

«C’est compliqué» est une sorte de courrier du cœur moderne dans lequel vous racontez vos histoires –dans toute leur complexité– et où une chroniqueuse vous répond. Cette chroniqueuse, c’est Lucile Bellan. Elle est journaliste: ni psy, ni médecin, ni gourou. Elle avait simplement envie de parler de vos problèmes. Si vous voulez lui envoyer vos histoires, vous pouvez écrire à cette adresse: [email protected]

Pour retrouver les chroniques précédentes, c’est ici.

Voici mon histoire. J'ai 34 ans et j'ai l'impression que je ne rencontrerai plus jamais personne. Depuis toujours, c'est compliqué pour moi de faire des rencontres. AUCUNE en quasiment trois ans. Les mecs me fuient quand ils ne m'ignorent pas ou sont désagréables. Sur internet, beaucoup ne me répondent même pas. Moi, dans la vie, j'attire les boulets ou les clodos bourrés. Jamais les mecs classes qui veulent s'engager.

J'ai tout essayé. Parfois j'ai un bon feeling avec un mec qui me plaît, on s'entend hyper bien, on se tourne autour quelques semaines puis au moment du premier rendez-vous sérieux le mec disparaît dans la nature avec une excuse bidon ou bien il se dégote une copine de 22 ans. Ça fait sept ans que j'entreprends des thérapies en tout genre, alternatives, sur le corps, etc. pour mieux me connaître. Tout a échoué.

Ma première histoire a duré sept ans (en on-off) et j'en ai énormément souffert. Ce mec a détruit une partie de moi et je l'ai rayé de ma vie (pervers narcissique surdoué). Depuis, j'ai eu quelques histoires assez nazes avec des mecs à problèmes (œdipe avec la mère) rencontrés en voyage. Ça démarrait fort et après quelques mois, j'avais juste envie de les tuer à cause de leurs défauts de névrosés/complexés et/ou de leur bêtise. Dois-je aussi mentionner que je n'ai jamais pris mon pied avec un mec?

Non, je ne plais pas. Ou plus. Pourtant, je suis jolie, belle peau, beaux cheveux... intelligente, cultivée, ouverte, gentille... même si j'ai pris vingt kilos en trois ans. L'année de mes 30 ans, j'ai revu un ami d'enfance et suis (re)tombée raide dingue de ce mec. J'ai essayé de me raisonner mais rien à faire. Il n'y avait plus que lui. J'ai fantasmé grave. On a eu des moments intimes... puis il a disparu. J'essaie de tourner la page. Mais c'est dur. C'est vrai que je suis indépendante et assez solitaire de tempérament. J'écris, je lis beaucoup pour moi et pour gagner ma vie et je ne suis pas très fêtarde, même si j'aime m'amuser et sortir avec mes (rares) amis –eux aussi désertent car tous en couple et fatigués de la vie et en mode pas le temps, pas de thunes.

En tout cas, je ne m'ennuie jamais. J'habite un joli studio à Paris et je ne suis pas à plaindre... J'ai une belle vie. Je fais ce que je veux quand je veux. j'adore voyager... mais les voyages en groupes se passent de plus en plus mal et en solo j'ai donné... Bref, je ne comprends pas ce qui cloche. C'est toujours pour les autres et j’ai l’impression que tous les mecs bien sont pris. Ou que c'est la guerre pour pécho un mec bien à Paris. Je ressens un vide en moi et c'est parfois difficile. Évidemment, je suis incapable de dire si je veux des enfants étant donné que je n'ai même pas validé l'étape couple normal-amoureux-heureux.

Clémence,

Chère Clémence,

Si j’en crois les retours de mes amies célibataires, c’est bien la guerre pour «pécho» un trentenaire correct à Paris. Paris fait partie des grandes villes déséquilibrées en terme de célibataires masculins disponibles. Il y aurait plus de 13.700 femmes disponibles de plus que d’hommes dans la capitale. Et à votre grand regret, vous en faites partie. Donc à moins d’aller tenter votre chance à Saint-Nazaire, Brest ou Grenoble, il va peut-être revoir vos objectifs. Pas à la baisse, non. Vous ne me verrez jamais vous conseiller de baisser vos attentes et d’accepter un homme qui ne vous traite ou ne vous aime pas comme vous le méritez. Seulement je crois qu’il faut accepter de prendre vos décisions pour vous, de voir votre vie seule avant de chercher absolument une stabilité de toute manière précaire.

De quoi avez vous vraiment envie? Cessez de voir le couple comme la première pierre d’une vie épanouie et complète. Vous en croisez souvent, vous, des couples tout à fait heureux? Ça existe, évidemment, mais tous ces hommes et ces femmes qui ne sont plus sur le marché du célibat sont-ils plus épanouis maintenant? Je suis convaincue qu’on se met trop vite et pour de mauvaises raisons en couple. Comme pour se rassurer, ne pas être seul et partager avec quelqu’un d’autre ses doutes et son mal-être.

Vous semblez alourdir votre vie d’une pression sociale qui n’est pas nécessaire. La vérité, Clémence, c’est que si vous n’étiez pas aussi attachée à trouver un homme, votre vie serait tout à fait satisfaisante. Pour atteindre ce but, qui, statistiquement est déjà compromis, vous vous êtes fait violence, vous avez essayé de changer. Et pour quel résultat? Ce n’est pas baisser les bras que de cesser de chercher désespérément. C’est accepter que vous avez mieux à faire de votre temps et de votre énergie. Vous n’avez pas besoin d’un homme pour décider maintenant si vous avez envie et besoin de faire un enfant dans un futur proche –si ce n’est pas le cas et que vous pensez que notre avis n’est pas définitif, vous pouvez toujours entamer une procédure pour congeler vos ovocytes.

Vous pouvez continuer à vous focaliser sur vos amis, votre famille, vos passions, vos désirs, vos rêves. Vous pouvez mener une vie riche dans laquelle, éventuellement, un homme se greffera un jour. L’homme n’est pas la condition sine qua non au bonheur, ce n’est la première pierre de rien. Ils ne sont ni indispensables à une vie sexuelle réussie, ni à des moments qui resteront à jamais dans votre mémoire. Soyez heureuse pour vous avant de vouloir à tout prix vous ajouter un compagnon qui ne sera pas forcément à la hauteur. Soyez heureuse sans complexe, sans impression de manque ou de vide. Soyez vous, entière. D’abord vous, avant de vouloir être deux.

Lucile Bellan
Lucile Bellan (158 articles)
Journaliste