France

Le rêve de Macron, c'est De Gaulle plus la Silicon Valley

Gaël Brustier, mis à jour le 01.09.2017 à 7 h 03

L'entretien-fleuve du président de la République au Point dessine un projet qui verrait la France adopter les solutions des «nouveaux centres» des années 1990 sur fond de réhabilitation de l'«héroïsme» en politique.

Emmanuel Macron, le 31 août 2017 à Paris. LUDOVIC MARIN / AFP.

Emmanuel Macron, le 31 août 2017 à Paris. LUDOVIC MARIN / AFP.

Dans un entretien fleuve au Point, Emmanuel Macron a réaffirmé le sens de son action à la tête de l’État. Tranchant manifestement avec ses prédécesseurs, le président de la République s’est efforcé de reprendre le fil du récit politique engagé pendant la campagne présidentielle. Explicitement, il s’agit d’inscrire ainsi l’action quotidienne du gouvernement dans le temps long, sans lequel son dessein politique ne peut être appréhendé.

La France vit une crise de régime sans précédent depuis la fondation de la Ve République en 1958. Emmanuel Macron n’en est évidemment pas la cause et son élection n’en constitue pas le point de départ. En entendant la résoudre, il en dévoile néanmoins l’ampleur. La Ve République, telle qu'elle est intégrée à l’Union européenne, éprouve des difficultés croissantes à susciter le consentement. D’abord parce que l’instauration du quinquennat a renforcé le penchant présidentialiste du régime et plongé les prédécesseurs d’Emmanuel Macron, Nicolas Sarkozy et François Hollande, dans le bain d’une immédiateté affaiblissant l’autorité du chef de l’État. Ensuite, parce que la crise de 2008 a déstabilisé la plupart des régimes politique et affaibli les identités politiques traditionnelles. «Les gens ont perdu le sens de ce qu’est la Ve République», affirme le président. Cette phrase, prononcée à propos du limogeage-démission du général de Villiers, rend en fait compte de l’ampleur de la crise qui frappe la démocratie française.

Assouplir et lutter contre les discriminations

Le quinquennat Macron peut se résumer ainsi: «Le général de Gaulle + la Silicon Valley». Dans ses intentions, du moins. À quelques égards, la réponse macronienne ressemble aux solutions en vogue au sein du «nouveau centre» des années 1990 ou du début des années 2000, c’est-à-dire des solutions adoptées –dans leur diversité mais selon une philosophie commune– par les «New Democrats» et Bill Clinton aux États-Unis, le New Labour de Tony Blair au Royaume-Uni ou le SPD du chancelier Schröder en Allemagne.

Son diagnostic des «trente dernières années» est simple: l’immobilisme et les blocages ont amené le pays là où il en est. Assouplissement du marché du travail et «lutte contre les discriminations» résoudront la situation. On entend résonner les discours de Bill Clinton voici vingt ans: «Donner aux gens une opportunité». On entend les odes à la responsabilité de l’époque.

Les réformes structurelles en cours se font à cadre européen constant par rapport au quinquennat précédent. La règle des 3% n’est pas remise en question car elle ne peut pas –ou plus– l’être. Son non-respect a un coût politique, assène le chef de l’Etat. Il s’agit donc pour lui d’arriver à ce que la France la respecte «en 2017 et en 2018». À l’instar du précédent, le début du quinquennat ne s’est pas traduit par un assouplissement de cette règle. Emmmanuel Macron a-t-il cherché à négocier un tel assouplissement? Ne l’a-t-il pas voulu?

Invocation du «mythe Europe»

Dans quelques semaines en tout cas, les élections générales en Allemagne détermineront moins le nom de la chancelière (sauf surprise, Angela Merkel sera reconduite) que la couleur de la coalition au pouvoir. Le FDP (libéraux) de Christian Lindner pourrait être le nouvel allié de la CDU-CSU. Il semble d’ores et déjà être préféré aux Grünen (écologistes) par la branche bavaroise de «l’Union». Or, Lindner ne passe pas pour accommodant en matière de règles économiques au sein de l’Union européenne. Comme le faisait observer Thomas Wieder, correspondant du Monde à Berlin, en matière d’Europe, il «ferait presque passer Merkel pour une complice de Varoufakis». Les marges de manœuvre de la France ne s’amélioreront pas… et c’est encore une hypothèse favorable.  

Le rêve français d’une «Europe puissance» doit, dans la vision macronienne, servir à insuffler de l’énergie à la Ve République et pallier cette absence de marge de manœuvre au sein de l’UE. En la matière, le Président renoue avec les fondamentaux du régime. Si le référendum de 2005 a bien mis un terme au «mythe Europe», son invocation est toujours de mise. C’est une constante du discours politique depuis des décennies que «l’Europe puissance», véritable épitaphe de la politique.

Emmanuel Macron, qui entend restaurer «l’héroïsme» en politique, est confronté aux contraintes économiques de l’UE et aux réalités d’un pays multifracturé, à la fois économiquement, socialement, spatialement. Le macronisme cherche à rendre «la France plus forte» et à «réduire les inégalités» mais entend mettre le programme du «nouveau centre» des années Clinton-Blair-Schröder au service de cet objectif… C’est là où le rêve d’une France définie comme «De Gaulle plus la Silicon Valley» se dissipe et où la continuité avec le monde ancien se révèle. Dans quelques jours, Hillary Clinton doit publier What Happened, réflexion sur l’échec de sa ligne politique et de sa campagne présidentielle de 2016 face à Trump. Une lecture parmi d’autres pour le président…

Gaël Brustier
Gaël Brustier (106 articles)
Chercheur en science politique
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