Science & santé

«Après ma première fois, je me dis que c'est plus simple de se masturber et de passer à autre chose»

Lucile Bellan, mis à jour le 16.08.2017 à 15 h 10

Cette semaine, Lucile conseille Arnaud qui n'arrive pas à établir un contact sincère avec les filles qui l'attirent.

Portrait de Juan Gris | par Amedeo Modigliani via wikimedia CC License by

Portrait de Juan Gris | par Amedeo Modigliani via wikimedia CC License by

«C’est compliqué» est une sorte de courrier du cœur moderne dans lequel vous racontez vos histoires –dans toute leur complexité– et où une chroniqueuse vous répond. Cette chroniqueuse, c’est Lucile Bellan. Elle est journaliste: ni psy, ni médecin, ni gourou. Elle avait simplement envie de parler de vos problèmes. Si vous voulez lui envoyer vos histoires, vous pouvez écrire à cette adresse: [email protected]

Pour retrouver les chroniques précédentes, c’est ici.

Depuis ma plus tendre jeunesse, j'ai toujours été quelqu'un de calme, de gentil... et d'un peu timide. J'ai par ailleurs mis du temps avant de m'intéresser aux filles, trop concentré que j'étais à apprendre mes cours, faire mes devoirs et être un élève modèle. Au lycée, je les regardais, mais je préférais me concentrer sur mon travail… ou je me disais surtout que les filles, c'était pas encore pour moi (et que ça viendrait peut-être plus tard...).

Résultat, après avoir eu mon bac, j'ai entrepris de faire médecine. Dans la fac où j'étais, j'ai rencontré une fille superbe (grande, brune, mate de peau). Pourtant, je ne lui ai fait la bise qu'une seule fois et je n'ai jamais réussi à lui décrocher d'autre mot que «Salut, ça va?». J'ai eu beau réfléchir à une phrase d'accroche tous les jours pour essayer de capter son attention –déprimant un peu au fond de mon lit, je visionnais beaucoup de films à cette époque, manière pour moi d'essayer de comprendre le sens de la vie tout en essayant de trouver de l'inspiration sur ma manière de me comporter, de parler, etc.–, rien n'est jamais sorti de ma bouche. Le pire, c'est que j'ai toujours eu l'impression qu'elle m'aimait bien et qu'il pouvait se passer quelque chose entre nous deux.

Une fois, sur Facebook –c'était les débuts, ça faisait à peine un an que je m'étais inscrit dessus–, elle m'avait même écrit dans un commentaire: «Tu veux pas qu'on révise l'anatomie?» Sorte de message subtil ou subliminal auquel je n'ai répondu que de manière nulle et banale, avant de comprendre quelques minutes après que je venais de griller une ouverture avec cette fille («trop tard, t'as été con, c'est même plus la peine de répondre quoi que ce soit maintenant»).

À cette époque (en 2011, j'avais 18 ans), j'avais vraiment pas confiance en moi. Je me cherchais, j'étais mystérieux pour les autres mais également pour moi-même. Je ne savais pas ce que je foutais en classe, et je savais en vérité pas vraiment ce que je voulais faire de ma vie. Je ne vivais même plus chez moi, j'habitais une ville moyenne au lieu de continuer à être chez mes parents qui habitent une petit commune bien verte, tranquille et bien calme (un peu comme moi, dans le fond, avec toutes mes questions existentielles en plus). J'étais déstabilisé. Résultat: au bout de six mois, j'ai arrêté médecine et depuis ce jour, je n'ai jamais revu cette fille, et pourtant j'ai mis du temps à l'oublier (en scrutant son Facebook il y a quelques mois (oui, j'ai pas VRAIMENT réussi à l'oublier, du coup), j'ai appris qu'elle venait de la Réunion. Il m'a donc fallu six ans pour le savoir, bravo…

«À l'heure où je vous parle, je n'ai fait qu'une seule fois l'amour. En janvier dernier. Et comme je m'y attendais un peu, c'était vraiment pas terrible. En vérité, je ne désirais pas vraiment cette fille»

La suite a été un long calvaire: de retour dans cette même fac six mois après, il y a bien des filles qui m'intéressaient, mais je ne parvenais toujours pas à leur adresser la parole… hormis sur Facebook, où je leur écrivais des pavés qui me rendaient sûrement «psycho» à leurs yeux. Avec le temps, j'ai réussi à acquérir une bonne plume pourtant, mais c'est pas ça qui allait m'aider à les approcher.

Généralement, je leur écrivais trois ans après pour leur dire ce que je ressentais et pourquoi je n'ai jamais osé les approcher, des trucs dans le genre (d'ailleurs, on dit que l'amour dure trois ans, mais pour moi, c'est quand il s'éteint que je parviens enfin à leur avouer des choses par écrit. Enfin, je dis ça, mais j'y connais pas non plus grand chose en amour... Bref, tout ça pour dire que c'était ma seule manière de tirer un trait et de passer à autre chose). En somme, si ces filles me répondaient gentiment, elle paraissaient surtout très surprises et c'est même pas la peine de vous dire que je n'allais donc jamais leur adresser la parole «in real life».

Aujourd'hui, j'essaie d'éviter de tomber amoureux d'une seule fille, ça me fait trop de mal. Alors je tombe «amoureux» de plein de filles à la fois. D'une, ça fait plus de fantasmes; de deux, si une fille n'est pas attirée par toi, ça fait moins mal quand tu le réalises. De toute façon, c'est une manière très conne de réfléchir: je ne leur parle pas de sentiments et tente encore moins de les accompagner dans leur lit.

Si on résume les choses, j'ai toujours eu du mal avec les filles, et ça m'a longtemps perturbé. Les choses sont loin de s'être calmées aujourd'hui–c'est pas toujours évident d'en parler à ses amis, même les plus proches. Et pourtant, s'ils ont sûrement des tonnes de choses à m'apprendre sur ces dernières, c'est encore un truc qui me pose problème, et qui me font me poser un tas de questions: ccomment fait-on pour draguer une fille? Est-ce qu'il faut être subtil ou rentre dedans? Pourquoi les machos qui n'ont rien dans le crâne arrivent plus facilement à les approcher? Les filles s'intéressent-elles aux gars timides comme moi des fois? Les filles ne s'intéressent-elles qu'au physique d'un homme? L'intelligence est-elle un facteur de séduction auprès des filles? Faut-il forcément être beau parleur pour les séduire?… 

À l'heure où je vous parle, je n'ai fait qu'une seule fois l'amour. En janvier dernier. Et comme je m'y attendais un peu, c'était vraiment pas terrible. En vérité, je ne désirais pas vraiment cette fille. Je m'étais déjà fait draguer à plusieurs reprises avant, tout en ayant encore jamais rien osé faire. À vrai dire, celles qui me parlaient n'étaient pas celles qui m'intéressaient vraiment –soit physiquement, soit sur le plan mental et émotionnel. Mais ce soir-là, cette fille avait commencé à me draguer lors d'une soirée, un de mes amis m'a «wingé» (Vous savez, quand une personne A parle en bien d'une personne B à une personne C, sans que la personne B ne soit présente) comme on dit, elle est donc venue me parler, j'étais un peu bourré et elle avait le don de me faire rire avec ses histoires à la con.

Bref, dans un élan de doute, me disant que c'était l'occasion où jamais de ne plus être puceau (la pression populaire a parfois la faculté de vous faire penser des trucs vraiment débiles), je me suis laissé emporter jusqu'à chez elle. Ce soir-là, je n'ai pris aucun plaisir. Aucune sensation (la capote, peut-être? Le manque d'envie, surtout). Rien, que dalle. J'ai pas joui, elle non plus d'ailleurs. Déception. Dur retour à la réalité... À vrai dire, c'est quand même plus simple de se masturber et de passer à autre chose. C'est moche à dire, mais c'est pas faux à mes yeux, du moins pour l'instant.

«Je ne sais absolument pas quand est-ce que je parviendrai un jour à établir un vrai contact physique et psychique sincère avec une fille»

Résultat des courses: d'une, je ne sais même pas si je dois me considérer comme puceau ou non. De deux, toujours quelque peu traumatisé par ces histoires d'amourettes imaginaires (Xavier Dolan, si tu me lis), j'ai toujours autant de mal avec les filles, et je ne sais absolument pas quand est-ce que je parviendrai un jour à établir un vrai contact physique et psychique sincère avec une fille. Le jour où je devrai repasser à «l'acte», je ne sais même pas ce qu'il va falloir dire à la fille avec laquelle je serai nu une deuxième fois dans ma vie:

«Bon, il faut que je te dise que je n'ai fait l'amour qu'une seule fois, c'était vraiment pas terrible, alors autant te dire qu'il va falloir que tu m'expliques pas mal de choses si tu veux que je te fasses jouir un minimum.» Gênant... Alors en attendant, j'essaye tant bien que mal de garder espoir en me disant que cette fille là, la seconde à laquelle je montrerai mes bijoux de familles, essayera sûrement de comprendre ma situation. Rien n'est moins sûr...

Arnaud

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Cher Arnaud,

Du haut de ma très grande expérience des histoires amoureuses, je vais vous révéler une vérité: les histoires d’amour, on les vit souvent et beaucoup avec soi-même. Homme ou femme. Avec ou sans assurance et succès. Que ce soit le crush du bureau ou l’ex du lycée. Vous n’êtes pas seul à fantasmer ou sur-analyser votre vie amoureuse et c’est une bonne chose. D’une part, parce que je crois que ces scénarios permettent d’acquérir une expérience (oui, oui, je parle bien d’expérience) et une imagination qui ne peuvent qu’aider à mieux aimer par la suite. Et d’autre part, parce que c’est une inestimable façon de se sentir vivant.

Ce que je veux dire c'est que malgré votre ressenti, vous n’êtes pas la frêle oie blanche que vous craignez d’être. Vous avez votre caractère, votre façon d’aborder les gens (ou de ne pas les aborder), votre humour, et votre imaginaire sexuel (puisque vous pratiquez la masturbation). Vous n’êtes ni indifférent au sentiment amoureux ni au plaisir. Ce qu’il vous manque c’est la rencontre. Rien, en ce qui vous concerne, n’est manquant, vous n’avez pas raté votre diplôme.

Ces questions que vous vous posez, rassurez-vous encore, vous n’êtes pas le seul à vous les poser. Ce n’est pas un reproche. C’est même le signe que vous êtes quelqu’un de bien. Mais, en tant que femme, je peux vous apporter un semblant de réponse: il n'y a pas de formule magique pour «draguer» les filles. Les femmes sont uniques, vous aussi, la façon de s’aborder l’est également. Certains seront sensibles à la subtilité, d’autres pas. Tout dépend du contexte et, encore une fois, de ce qui est naturel pour vous.

Les «machos qui n’ont rien dans le crâne» ont probablement plus de facilité à aborder les femmes, parce qu’ils ont compris que pour arriver à leurs fins, plus de femmes auront été abordées, plus de femmes risquent de répondre positivement. C’est statistique et stratégique. Et comme vous l’aurez compris, ça ne marche pas avec toutes les femmes. Peut-être pas du tout avec celles qui vous intéressent.

Oui, les filles s’intéressent aux garçons timides, comme elles s’intéressent parfois aussi à la physique quantique ou à la mécanique. Encore une fois, il n’y a pas de règles. Non, les femmes ne s’intéressent pas qu’au physique. Mais elles ont aussi des yeux et des mains, comme vous. Et oui, je suis convaincue que l’intelligence est un facteur de séduction. Sans être beau parleur, avoir des choses à dire et à partager, des opinions, des passions et des idées, c’est quand même plus sympa que d’avoir la conversation d’un bulot avarié. Parfois, il faut savoir sa taire pour passer à l’action, mais encore une fois, sur ce terrain, l’intelligence, la culture et l’empathie, sont de réelles qualités.

«Vous ne devez pas vous reposer entièrement sur votre partenaire pour qu’elle vous indique les bons boutons. Cultivez-vous, affinez votre imaginaire sexuel, vos envies, vos fantasmes»

Concernant votre expérience sexuelle, sachez que c’est souvent le cas, la première fois est rarement satisfaisante. Mais heureusement, cela ne conditionne pas forcément la suite. Vous parlez d’apprentissage et de dialogue avec votre future partenaire, c’est la bonne attitude! Mais pour moi, vous ne devez pas vous reposer entièrement sur votre partenaire pour qu’elle vous indique les bons boutons. Cultivez-vous, affinez votre imaginaire sexuel, vos envies, vos fantasmes. C’est ce désir qui vous guidera et vous amènera vers le plaisir de votre partenaire.

De plus, encore une fois, toutes les femmes sont différentes. Celle qui aimera se faire souffler dans le cou n’aimera peut-être pas se faire tirer les cheveux. Et peut-être que vous avez aussi votre mot à dire sur ce que aimeriez faire et ne pas faire. Cette question de la première, ou de la deuxième fois dans votre cas, se pose à chaque changement de partenaire. Nouveau jeu, nouvelles règles. L’alchimie fait beaucoup mais le reste, et une très chouette partie, je vous assure, c’est la construction ensemble de gestes et de réflexes qui seront uniques à votre relation, même si elle n’est que sexuelle.

C’est beaucoup de questions et d’incertitudes, je vous l’accorde, mais il faut apprendre à prendre ces questions un peu plus à la légère. L’échec n’est pas grave, on peut toujours recommencer. Et il y a tellement de poissons dans l’océan. Ce qui vous manque, c’est de savoir vous amuser et prendre du plaisir. Ce n’est pas papillonner et ne pas vous soucier de l’autre. C’est accepter que tout ça c’est aussi beaucoup de hasard. Respectez les femmes sans les mettre sur un piédestal ou en faire une espèce inconnue. Respectez vous et vos envies. Il vous reste tant à vivre, à expérimenter et à aimer.

Lucile Bellan
Lucile Bellan (158 articles)
Journaliste