Parents & enfantsCulture

Je suis un monstre, je ne veux pas d'enfants

Laurent Sagalovitsch, mis à jour le 16.08.2017 à 10 h 08

[BLOG] Franchement quand vous contemplez l'infinie connerie de l'homme, vous êtes en droit de vous demander si avoir des enfants est une bonne idée.

David | Empty Bucket at Punta Del Este via Flickr CC License by

David | Empty Bucket at Punta Del Este via Flickr CC License by

Je sais que je risque bien des ennuis, que sitôt ce billet lu des lecteurs par millions s'empresseront de me dénoncer au ministère de la Famille pour refus d'engendrer et collusion avec l'ennemi, que mon rabbin procédera à mon excommunication, que ma pauvre mère va encore se retourner dans sa tombe, mais voilà, je ne veux pas d'enfants, ni aujourd'hui, ni demain, ni jamais.

D'ailleurs, je n'en ai jamais voulu. Ou alors seulement pour jouer au foot.

Non que je ne les aime pas –bien au contraire!– mais en conscience, j'ai toujours pensé que tout bien pesé, la vie ne valait pas vraiment la peine d'être vécue. Que vivre était tout sauf un cadeau mais plutôt un réel fardeau. Qu'il valait mieux être rien que cet espèce de clampin qui va dans la vie, sans certitudes, sans repères, terrassé de doutes et d'angoisses, de dettes et d'hémorroïdes, de migraines et de cors au pied, avant de finir sa course, seul comme un chien, dans l'étroit périmètre d'une tombe reléguée tout au fond d'un anonyme cimetière de province. Tu parles d'une carrière. Mieux vaut rester à l'état de projet.

Certes, se reproduire est un devoir fondamental de l'homme afin de permettre à l'espèce de se renouveler et à la civilisation de continuer à prospérer mais on pourrait tout aussi se demander, à quoi bon perpétuer le genre humain si ce dernier possède la perruque de Donald Trump, la faconde de Mireille Mathieu, la répartie de mon voisin, l'intelligence de mon responsable de compte et la bonté de mon vétérinaire qui m'a soutiré la moitié de mon assurance-vie pour le seul détartrage de mon chat?

Franchement, quand vous contemplez l'infinie et splendide et perpétuelle connerie de l'homme, sa propension à commettre meurtres sur meurtres, génération après génération, sans jamais s'accorder une seconde de pause, à se battre pour des bouts de territoire que le temps, inexorablement, finira tôt ou tard par lui reprendre, à passer des journées entières à se lamenter sur le prix d'un écran plat que son maigre salaire ne lui permet pas d'acheter, il est légitime de se demander si procréer à tout prix mérite autant de considérations.

Je soupçonne que nombre d'entre nous choisissent d'élever un enfant non point par altruisme mais plus pour donner un sens à leur vie. Pour permettre à leur existence de s'élever plus haut que les contingences d'un quotidien qui n'en finit pas de les désespérer. Comme si la présence d'un enfant, au fond, justifiait les humiliations subies au travail, le temps perdu dans les transports en commun, ces mille et un renoncements de la vie moderne qui transforme nos existences en un continuel champ de bataille.

Pour se sentir moins seul aussi. Pour avoir toujours au moins une personne sur qui compter. Pour ne pas vieillir dans la solitude d'une existence réduite à sa plus simple expression. Pour laisser une trace aussi insignifiante soit-elle. Pour s'occuper l'esprit. Pour faire comme tout le monde. Pour reprendre les affaires familiales. Pour inscrire son sillon dans l'histoire l'humaine. Pour obéir aux commandements sacrés. Pour pouvoir s'offrir un 4x4 sans trop culpabiliser. Pour avoir le plaisir d'être obéi au moins une fois sans vie. Pour permettre à un couple de ne pas voler en éclats. Pour être aimé sans calcul. Parce que le corps le réclame bien sûr. Comme une demande d'éternité.

Sans penser un seul instant au propre intérêt de l'enfant, cet adulte en devenir qui tôt ou tard s'apercevra que la vie est tout sauf une fête foraine mais plutôt une expédition en train fantôme vers un nulle part qui aura les accents funèbre d'une tragédie grecque.

En même temps, se priver d'une symphonie de Beethoven, d'un poème de Verlaine, d'un roman de Flaubert, d'une chambre avec vue sur l'Arno, d'un coucher de soleil sur le Pacifique, d'une simple tarte aux pommes, d'un tendre baiser sous les tilleuls, d'une promenade au clair de lune, ce serait tout de même un peu dommage, non?

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Laurent Sagalovitsch
Laurent Sagalovitsch (114 articles)
romancier