Culture

Cinéma et séries: surfez sur la tendance!

Théo Ribeton et Stylist, mis à jour le 02.09.2017 à 17 h 29

Le point sur les mouvements cinématographiques et sériels à la mode.

The Defenders (Netflix), Song to Song, La La Land I DR

The Defenders (Netflix), Song to Song, La La Land I DR

Le cinéma mondial ne serait-il plus qu’une gigantesque piscine à (nouvelles) vagues? On est parfois tenté de le croire. Godard, Truffaut et leurs potes n’avaient peut-être pas prévu le succès tonitruant d’une telle étiquette. Pourtant, la notion de Nouvelle Vague est devenue dans leur sillage le meilleur ami des commentateurs du cinéma jeu, adaptée à l’étranger (iranienne, japonaise, tchécoslovaque… et bien sûr Nouvel Hollywood) et réinvoquée avec une pointe de moquerie dès qu’un soubresaut de relève artistique montre le bout de son nez («Ah tiens, encore une “nouvelle nouvelle vague”»). Mais quel est vraiment le destin de ces tsunamis annoncés? Petite météo marine pour éviter la noyade.

1.La néo-comédie musicale

La première vaguelette: au début des années 2000, deux énormes succès (Moulin rouge! et Chicago) relancent inopinément une machine musicale qu’on croyait éteinte, quelques décennies après Chantons sous la pluie et l’âge d’or du genre. 

La houle: portée par des entertainers enclins au kitsch, elle déferle sur la première décennie 2000 avec des films jouant sur la nostalgie et l’éternel come-back, signés Rob Marshall (Nine), Bill Condon (Dreamgirls), Tim Burton (Sweeney Todd). Pour Jean-François Rauger, programmateur de la Cinémathèque française, «il n’y a plus une industrie du musical mais une industrie de son come-back. Comme le western, le genre est mort en tant que filière produisant des films à la chaîne, mais il revient pourtant souvent et, dès qu’un film marche, il cartonne, comme La La Land, car il joue sur le sentiment de la perte»

L’écume: le musical dit «jukebox» est la forme du genre qui survit dans son époque, indépendamment de toute référence nostalgique au bon vieux temps: les compositions orchestrales y sont remplacées par des tubes pop d’aujourd’hui, comme dans Glee, la saga Pitch Perfect ou le récent hit d’animation Tous en scène –dont le titre VF se paie tout de même un clin d’œil à Fred Astaire.

2.Le film de super-héros

La première vaguelette: cocorico. Bien avant les comics et leurs adaptations hollywoodiennes, c’est en France qu’apparaît la figure du super-héros, dès les années 1910 avec des personnages de justiciers et de vengeurs masqués comme Judex ou Fantomas. «Des films très populaires qui fonctionnent en feuilleton, dont les héros agissent en costume, cachent leur identité, et sont des êtres supérieurs au sens où ce sont des génies de l’intrigue, du crime», explique Jean-François Rauger. Un Marvel-verse avant l’heure.

La houle: c’est dans les années 2010 que le super-héros devient non plus un personnage de la vitrine hollywoodienne, mais son propriétaire permanent. Depuis Iron Man (2008) et jusqu’au dernier Gardiens de la Galaxie, Marvel monopolise l’affiche pour dépasser désormais les onze milliards de recettes –l’équivalent d’une vingtaine d’Intouchables. Pour Yannick Vély, rédac chef de Paris Match et Film de Culte:

«Tout a une fin, donc il y aura certainement une fin aux super-héros, mais leur succès correspond à une évolution du cinéma de divertissement taillé pour les très gros écrans et la 3D.»

L’écume: l’omniprésence des justiciers en collants dans la mass culture les a logiquement menés à la case ironie méta et réinterprétations diverses. Au rayon pop, Kick-Ass avec ses vrais-faux héros sans pouvoirs, tandis que même la galaxie auteur s’en empare, avec le beau burlesque Vincent n’a pas d’écailles (2014) de Thomas Salvador, où un ouvrier du Sud de la France voit sa force décupler au contact de l’eau. Plus récemment, Death Note sur Netflix mettait en scène un anti-super-héros vite dépassé par les pouvoirs que lui octroyait un mystérieux cahier.

3.Le found footage

La première vaguelette: elle déferle en 1951 sur la Croisette, où Isidore Isou envoie son Traité de bave et d’éternité et crée un petit scandale cannois des familles. À l’époque, il ne s’agit pas encore de vraies-fausses bandes-vidéo «trouvées» où des étudiants courent en haletant dans des forêts hantées, mais d’expérimentations de montage plus déconcertantes que vraiment horrifiques.

La houle: le found footage devient la poule aux œufs d’or du cinéma d’horreur à partir du hit Le Projet Blair Witch (1999), son budget de 25 000 dollars et ses centaines de millions de recettes au box-office. Le producteur Jason Blum, qui avait laissé passer le pactole à l’époque, ne s’y trompe pas lorsqu’il crée sa compagnie Blumhouse quelques années plus tard et s’impose en pape du genre: Paranormal Activity, Sinister ou le récent Unfriended, c’est lui. Sa botte secrète? Avoir, malgré le succès, érigé en principe de production les budgets fragiles qui font selon lui le sel de ces projets– à condition bien sûr de mettre le paquet sur le budget marketing en aval.

L’écume: devenu un style à part entière, le found footage envahit désormais des genres inattendus pour sa vocation première: le film de super-héros (Chronicle), le teen movie (Projet X) et même la comédie française (Babysitting et sa suite). Quand une mode atteint Christian Clavier, c’est qu’elle a fait du chemin.

4.La musique minimaliste

La première vaguelette: au tournant des années 2000, le cinéma commence à sacrément se pencher sur la musique minimaliste, créée en 1964 avec In C du compositeur Terry Riley. Dans son sillage, une bande de musiciens invente une école dont les principes fondateurs sont le retour à la tonalité (adieu les stridences douloureuses souvent associées à la musique contemporaine) et le sampling de courts motifs évoluant lentement. Parmi eux, Steve Reich (Music for 18 Musicians) ou l’un peu plus classique Philip Glass qui relance l’opéra avec des œuvres comme «Einstein on the Beach» (un chouette titre). 

La houle: après avoir ouvert le Gerry de Gus Van Sant (2002) de son hypnotique duo piano/violon «Spiegel im Spiegel», Arvo Pärt devient le fournisseur officiel en thèmes mystico-épurés pour l’internationale du film d’auteur, de Paul Thomas Anderson (There Will Be Blood) à Paolo Sorrentino en passant par Terrence Malick (Song to Song…), François Ozon et Nanni Moretti. Son héritier Max Richter –«épicier en chef au rayon potage à blockbusters» pour le rédacteur en chef ciné de Chro, Jérôme Momcilovic– carbure à quatre ou cinq bandes originales par an depuis son explosion avec Valse avec Bachir.

«Il y a bien sûr eu une mode, explique le spécialiste de musiques de film Benoît Basirico, mais aussi une évolution de la musique de cinéma qui a abandonné peu à peu le thème au profit de tapis sonores plus pratiques au montage, car on peut les couper à tout moment.»

L’écume: aujourd’hui passée dans un giron plus commercial («On entend du Steve Reich dans Hunger Games, et Hans Zimmer assume carrément avoir plagié Philip Glass pour Interstellar», ajoute Basirico), la musique minimaliste n’est plus très loin du créneau télé-achat: Pärt accompagne les spots promo d’une ribambelle d’organisations et les chœurs de La Ligne rouge de Malick habillent la dernière campagne d’une boîte française assurément humaine. La musique la plus mystique et immatérielle servira-t-elle bientôt à vendre des aspirateurs?

5.Le Southern Gothic

La première vaguelette: elle est littéraire. Dans les années 1920, les publications de Faulkner (Le Bruit et la Fureur) et Caldwell (La Route au Tabac) adaptent l’esprit macabre du roman gothique au climat du Sud américain, ses bayous, ses églises délabrées, sa Grande Dépression. Le cinéma ne tardera pas à suivre et l’esthétique southern gothic retrouvera régulièrement ses marques sur les rives changeantes du Mississippi, dans La Nuit du Chasseur ou encore Massacre à la tronçonneuse.

La houle: au début des années 2010, le style southern gothic connaît un boom inattendu et devient un produit star de l’indie game: Les Bêtes du Sud sauvage, les films de Jeff Nichols, Bellflower, Twixt et la première saison de True Detective ressuscitent l’image d’un territoire sudiste qui défile comme une farce sombre et délabrée. Des raisons à ce retour en force? L’attention recaptée par le Sud au lendemain de l’ouragan Katrina, mais aussi l’émergence d’une figure incontournable: Matthew McConaughey, qui traîne en 2014 sur la scène des Oscars son accent texan à couper au couteau.

L’écume: elle reflue aujourd’hui version bling-bling dans les clips brûlants du rap dirty south, de Rae Sremmurd à Gucci Mane. 

6.Le mumblecore

La première vaguelette: en 2005, le festival d’Austin jette son dévolu sur une bande de poulains refusés à Sundance. Des objets plus lo-fi que vos propres films de vacances, signés Andrew Bujalski (Mutual Appreciation), Joe Swanberg (Hannah Takes The Stairs) ou les frères Duplass (Baghead), où des «twentysomethings» improvisent sur leur vide existentiel et leurs histoires de couple devant l’objectif d’un caméscope bon marché.

La houle: ces études de mœurs à l’ère du selfie imposent dans le spectre underground une case à elles, qui séduit par sa radicalité, son arte povera et la drôlerie de ses personnages. Bien vite incontournables au menu des festivals de ciné indé, elles accouchent naturellement d’une coqueluche: à 24 ans, Lena Dunham repart du festival d’Austin édition 2010 avec un prix du meilleur film pour Tiny Furniture, mais surtout un coup de fil du producteur de comédies Judd Apatow qui l’a repérée et veut la faire exploser –ça donnera Girls, six saisons et un Golden Globe de la meilleure série.

L’écume: de leur côté, n’ayant jamais percé le plafond de verre de la reconnaissance internationale, les pères fondateurs officient aujourd’hui dans les coulisses hollywoodiennes avec un succès mitigé (les Duplass ont signé la série Togetherness et Swanberg la série Easy) et des œuvres au look plus propre et léché, éloigné de l’esprit joyeusement brouillon de leurs jeunes années.

Théo Ribeton
Théo Ribeton (5 articles)
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Mode, culture, beauté, société.