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Dans l’univers des camgirls de Roumanie

Repéré par Juliette Mitoyen, mis à jour le 11.08.2017 à 14 h 04

Repéré sur BBC

Dans ce pays d’Europe de l’est, plusieurs milliers de femmes mettent en scène des shows sexuels à des utilisateurs du monde entier via des webcams.

Miss Cartoon Voyeurism | Surian Soosay via Flickr CC License by

Miss Cartoon Voyeurism | Surian Soosay via Flickr CC License by

La Roumanie est devenu l’eldorado du camporn, un secteur de la pornographie particulièrement lucratif et en pleine croissance. La BBC a poussé les portes de Studio 20, la plus grosse entreprise de camporn au monde, basée à Bucarest. Elle propose des shows sexuels via webcam 24h/24, 7j/7 à des utilisateurs d’Europe de l’ouest et d’Amérique du Nord.

À Studio 20, ce ne sont pas moins de 40 pièces aux décors luxurieux qui sont équipées d’écrans de télévisions et de caméras high-tech. Lorsqu’une porte est fermée, cela signifie qu’une femme est à l’intérieur, chattant avec des «membres». Et tant qu’elle est seule, ce business reste légal.

Les shows de Studio 20 sont transmis sur le net via LiveJasmin, le premier hébergeur de camporn du monde, dont Slate.fr vous parlait il y a quelques mois. Entre 35 et 40 millions de clients internationaux visitent le site chaque jour.

«Personne ne touche»

En travaillant 8 heures par jour comme camgirl, Lana –une jeune femme hautement diplômée avant employée dans le secteur de l’immobilier– gagne 4.000 euros par mois. Soit dix fois plus que le salaire moyen roumain. Mais sur ses performances, LiveJasmin empoche le double.

Les jeunes femmes de Studio 20 ne gagnent pas d’argent tant que leur show reste public et qu’un client ne demande pas à «passer en privé».

«J’ai appris à repérer les membres qui sont intéressés par des sessions privées payantes et à ne pas perdre mon temps avec tous ceux qui reste dans l’espace gratuit, explique Lana. Je fais surtout la conversation. Parfois ça peut aussi être des jeux de rôle, et une toute petite partie des séances est consacrée à la nudité et la masturbation.»

Puisque les jeunes femmes communiquent essentiellement avec des clients européens et d’Amérique du Nord, Studio 20 emploie également une professeure d’anglais, aussi chargée de leur apprendre à être sensuelles et avoir de sujets de conversation, pour que les membres restent connectés et payent.

Sandy Bell travaille comme camgirl depuis chez elle pour arrondir ses fins de mois de designer d’intérieur. Elle gagne 100 euros par jour et juge que ce métier de compensation n’est pas dangereux pour elle:

«La plupart sont des hommes gentils, ce ne sont pas des fous (...). Ils ne vous touchent pas, personne ne touche. S’ils dépassent les bornes et m’insultent par exemple, je coupe la ligne et je le signale à l’hébergeur pour qu'il ne puisse plus se connecter.»

Une situation de précarité

Même si certaines femmes sont satisfaites de ce travail, la BBC a recueilli le témoignage d’Irina Illisei, une féministe qui affirme que l’industrie du camporn profite de la faiblesse et de la précarité des jeunes roumaines:

«Parle-t-on des femmes forcées de faire cela? Peut-être que certaines le font car elles ont été manipulées psychologiquement, ou qu’elles ne sont pas stables financièrement. (...) Il y a même des pubs pour devenir camgirl sur les campus», déplore-t-elle.

Pour Irina Illisei, le salaire moyen particulièrement bas –480 euros– et le fait que 30% des jeunes femmes qui terminent des études en Roumanie ne trouvent pas d’emploi sont des facteurs aggravants qui peuvent précipiter leur chute dans ce milieu.