France

La dure rentrée qui attend Emmanuel Macron

Gaël Brustier, mis à jour le 07.08.2017 à 8 h 31

Le président voit sa cote de popularité reculer au cœur de l'été. La rentrée politique ne s'annonce pas simple pour le chef de l'État et sa formation.

Emmanuel Macron, le 3 août 2017, à Moisson | PHILIPPE WOJAZER / AFP

Emmanuel Macron, le 3 août 2017, à Moisson | PHILIPPE WOJAZER / AFP

La présidence Macron affronte la même crise que les présidences Sarkozy ou Hollande. Les enquêtes d’opinion et la vertigineuse chute de popularité du président de la République qu’elles révèlent laissent présager une rentrée difficile pour l’exécutif et la majorité parlementaire. La «restauration» de la fonction présidentielle n’aura produit les effets escomptés que moins de cent jours après l’accession de l'ancien ministre de l'Économie à la tête de l’exécutif. Jupiter devra se résoudre à n’être que César et… César n’est qu’un homme.

Bien qu’élu «confortablement», quelques vérités de cette élection permettaient d’entrevoir des semaines plus difficiles qu’annoncées pour la présidence Macron. Quatre millions de votes blancs et nuls et une abstention en hausse au second tour de l’élection présidentielle, 57% d’abstention au second tour des élections législatives et deux millions de bulletins blancs et nuls laissaient présager une absence «d’état de grâce». Cela vient de se confirmer à la lecture des enquêtes d’opinion de l’été: le 23 juillet dernier, l'Ifop annonce un recul de 10 points de sa cote de popularité et un bon de 8 points du nombre de mécontents. Les employés, les plus de 50 ans, les salariés du secteur public, les sympathisants du Parti socialiste, du MODEM ou de la droite LR, sont les catégories les plus concernées par la hausse du mécontentement.

Le 3 août, selon l'institut ELABE, seulement 40 % des Français interrogés déclarent lui faire confiance pour affronter les problèmes du pays. L'enquête menée pour Les Echos sur les premières mesures économiques fait état d’une baisse de 5 points de la confiance des Français interrogés envers le président de la République. Le Sud-Ouest (+10 points de «pas satisfaits») et le Sud-Est (+17 points) sont aussi la traduction d’une réouverture des fronts politiques à la gauche de LREM comme à sa droite. Les deux régions étant respectivement marquées par le poids de la gauche PS et La France Insoumise, et, pour l’autre, par la droite LR en concurrence avec le FN. Ces annonces confirment que la présidence Macron s’inscrit dans la continuité des quinquennats précédents bien davantage qu’elle ne constitue une rupture.

L’erreur de diagnostic originelle

Une interprétation de la crise de confiance des Français envers les institutions de la Ve République réside dans le jugement porté sur l’exercice de la fonction présidentielle par les présidents Nicolas Sarkozy puis François Hollande. «Hyperprésidence» puis «présidence normale» ont été accusées d’avoir affaibli l’autorité d’une présidence de la République qui, après la réforme de 1962, et davantage encore après l’instauration du quinquennat, a concentré toujours davantage de pouvoirs.

La communication définie par Jacques Pilhan au cours des mandats de François Mitterrand est-elle le meilleur remède à la crise de régime qui frappe la Ve République ? «Jupitérien», l’exercice de la fonction par Emmanuel Macron se révèle moins fructueux que prévu. Le consentement s’avère plus difficile à susciter que ne l’avaient escompté les stratèges d’En Marche. En se concentrant sur une rupture de style avec ses deux prédécesseurs (ce qui ne pouvait pas faire de mal), le président Macron a ainsi fait une erreur de diagnostic. La France n’en est plus depuis longtemps au stade du «déficit d’incarnation» présidentielle. Elle affronte le stade de la crise de régime, qui est l’une des conséquences de la crise de 2008. L’exercice jupitérien de la fonction présidentielle relève de l’usage du doliprane contre le choléra.

L’inscription dans le «roman national» de la candidature Macron n’explique pas non plus sa victoire, pas plus qu’elle n’est une solution dans l’exercice du pouvoir présidentiel par celui-ci. La formation de l’idéologie dans la société, la question de l’hégémonie, n’est liée au «roman national» et à cet imaginaire que de manière relative. Réelle mais relative. Le «roman national» n’est qu’une des strates sédimentant une vision du monde rendue, de surcroit, depuis une décennie beaucoup plus magmatique par la véritable crise d’hégémonie qu’affrontent nos pays. Le projet de «révolution passive» macronien se heurte à ce pari fait sur cette «restauration» dans la Restauration.

Vers davantage d'austérité

D’ores et déjà, les déclarations du Premier ministre (Edouard Philippe) sur l’état des finances publiques et les choix opérés –amenant au quasi-limogeage du Chef d’Etat Major des Armées, Pierre de Villiers–, traduisent un inflexion de la politique économique vers davantage d’austérité.

La presse allemande n’a pas manqué d’observer la chute du président Macron dans les enquêtes d’opinion estivales. Cette rapide et brutale désaffection des Français ne peut que peser dans le rapport de force au sein des institutions de l’Union européenne, en particulier face à la Chancelière Angela Merkel. Les prochaines élections en Allemagne vont, elles-aussi, contribuer à déterminer les conditions politiques, économiques et sociales de la poursuite du quinquennat d’Emmanuel Macron. Les différents sondages relatifs aux prochaines élections au Bundestag laissent présager une victoire confortable de la CDU-CSU d’Angela Merkel et renforcent l’hypothèse d’une coalition avec le FDP. Ce n’est pas l’adhésion de La République en Marche (LREM) à l’ALDE, l'Alliance des démocrates et des libéraux pour l'Europe –à laquelle adhère aussi le FDP–, qui provoquera une inflexion des positions de Berlin.

Les faiblesses de LREM

L’élection présidentielle opère sur les partis politiques comme un poison inhibiteur des fonctions traditionnelles des partis politiques (fonction programmatique, de sélection du personnel politique, d’encadrement…). Les lois de décentralisation ont probablement ralenti ces effets du présidentialisme sur les partis politiques, en leur permettant de conserver la capacité de sélectionner candidats et personnels politiques au niveau local (municipales dans les moyennes et grandes villes, cantonales/départementales, régionales) et donc de maintenir –certes, de manière relative– assez longtemps un cursus honorum du responsable politique sous leur coupe.

LREM prépare les élections sénatoriales. Un seul sénateur de droite avait rallié LREM, en la personne de Jean-Baptiste Lemoyne (DVD, Yonne), devenu secrétaire d'État auprès du ministre de l'Europe. François Patriat mène les opérations et a notamment engrangé le soutien de sénateur issus du Parti socialiste pour constituer un groupe parlementaire au Sénat fort de vingt-huit membres et deux apparentés. Le récent décret supprimant environ 300 millions d’euros de crédits aux collectivités annonce une campagne moins facile qu’envisagée auprès de grands électeurs eux-mêmes élus la plupart du temps de ces collectivités.

LREM n’est pas encore, bien que majoritaire à l’Assemblée nationale, le principal parti en France. Il faudra mesurer son influence au cours des prochains scrutins. Ce n’est qu’avec le temps qu’un parti s’impose. Pour l’heure, les exécutifs socialistes se dispensent d’un décompte précis des rapports de forces au sein de leurs majorités respectives.

Au sein du Palais-Bourbon, les hésitations et la méthode dénoncée comme brouillonne tant de la présidence de l’Assemblée que de la présidence du groupe majoritaire instillent dans l’opinion un soupçon d’amateurisme. Le 25 juillet dernier, une séance a même vu Jean-Louis Bourlanges, député de la majorité MODEM-LREM, rompu à l’exercice parlementaire, quitter l’hémicycle devant la chaotique prestation de la Présidente de séance.  LREM est encore une force fragile. Machine électorale efficace pour une opération centrée sur l’élection présidentielle, elle peut s’avérer fragile dans la mission de légitimation du nouveau système partisan et de relégitimation du régime de la Ve République.

Une droite et une gauche qui bougent encore…

La séquence électorale d’avril à juin avait pour but affiché de substituer un personnel politique à un autre, c’est-à-dire à répondre à une aspiration d’une majorité de citoyens à «changer les têtes», selon l’interprétation récente du député Hugues Renson (LREM, Paris, ex-chiraquien).

L’effondrement du Parti socialiste n’a pas entrainé celui de la gauche. La France Insoumise a réussi à faire élire dix-sept des siens, tandis que le Parti communiste français reprenait des positions lui permettant de s’assurer la formation d’un groupe dans l’hémicycle. Réduite numériquement, la gauche n’est pas inerte. La réforme du Code du Travail a non seulement révélé des nouveaux députés (Adrien Quatennens) mais a aussi donné l’occasion aux trois groupes parlementaires de gauche de saisir ensemble le Conseil Constitutionnel. Communistes, Insoumis et Socialistes ont su très vite s’imposer dans le débat parlementaire face à LREM.

Nombre d’électeurs de gauche ou de droite ont assuré des victoires surprises des candidats de leurs camps lors du second tour des élections législatives. La droite LR, quant à elle, malgré le ralliement des juppéistes à la majorité, malgré la constitution d’un ambigu groupe «constructif», malgré sa crise existentielle et le combat se profilant pour sa direction, n’est pas inerte ni assommée face au nouveau pouvoir. A l’instar du député Guillaume Larrivée, cette force politique historique de la Ve République peut être tentée de se délester d’un soutien au régime actuel et de laisser le monopole de cette fonction au macronisme. L'«ancien monde» a la ferme intention de pas faire de figuration dans le monde nouveau macronien… voire de lui survivre.

 
Gaël Brustier
Gaël Brustier (104 articles)
Chercheur en science politique
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