France

Je hais les vacances

Laurent Sagalovitsch, mis à jour le 04.08.2017 à 10 h 55

[BLOG] Moins je pars en vacances, mieux je me porte.

Une journée en voilier | Olivier Duquesne via Flickr CC License by

Une journée en voilier | Olivier Duquesne via Flickr CC License by

Je ne prends jamais de vacances ; les mauvaises langues –et elles sont nombreuses– diront que, vu mon rythme de travail, je n'en ai nul besoin. Il n'empêche: moins je pars en vacances, mieux je me porte.

J'exècre le principe même de vacances, ce vague concept imposé par la société de consommation qui voudrait que, pendant une durée déterminée, nous soyons tous heureux, détendus, libres de toutes préoccupations hormis celle de s'éveiller à pas d'heure, de paresser toute la journée, de glandouiller sur la plage et de regarder s'écouler le temps dans la parfaite et similaire béatitude du crapaud à l'heure de prendre son bain.

Ah les plaisirs de la plage! A-t-on jamais connu passe-temps plus inepte? S'allonger sur un transat, se tartiner le corps de crème solaire, chausser son crâne d'un bob disgracieux et parmi une masse ahurie de vacanciers désœuvrés, s'adonner des heures durant à un bain de soleil qui vous laissera cramoisi pour le reste de votre séjour, la peau si bronzée, si mate qu'on vous prendra bientôt pour un pin parasol atteint de dysenterie féroce.

Jouer à la pétanque avec son beau-frère qui d'année en année semble toujours reculer plus loin les limites de l'humaine connerie ; se retrouver dans une grande maison à la campagne avec des amis dont on découvre l'impeccable radinerie à traverser tout le département pour débusquer le seul Leader Price ouvert pour la saison, l'intransigeance à ne pas jouer au Scrabble devant les enfants ou l'increvable manie de ne jamais refermer la cuvette des chiottes après leur passage ; prendre une location sur une île sauvage, à l'abri de toute civilisation hormis la caravane de votre sympathique voisin dont l'unique passion est d'écouter des chants militaires à ressusciter les fantômes de la guerre d'Algérie.

Partir au loin, découvrir une contrée exotique, se taper trois jours d'avion et autant de bus ou de chameau, atterrir en un endroit reculé où personne ne parle français, marcher le nez dans le cul de son guide du routard, enfiler visites sur visites avec l'assiduité d'un député en pleine campagne pour sa réélection, voir, tout voir, tout explorer, tout comprendre, prendre un milliard de photos, attraper mille touristas, écrire une centaine de cartes postales, repartir sans avoir rien vu d'authentique ni de vraiment local hormis le chauffeur de taxi qui, au moment de régler la facture de la course, vous aura confondu avec le fils de l’Émir du Qatar.

Le pire: dépenser une fortune pour séjourner dans un village de vacances, barricadé, enfermé à triple tour au beau milieu de nulle part, à la périphérie d'une ville vouée à rester inconnue, gogo parmi les gogos, condamné à se farcir des activités dégradantes pour le genre humain, baisoter la nuit tombée avec une slovaque égarée dans la béatitude de son chichon, boustifailler un buffet à volonté si opulent dans ses extravagances culinaires qu'une après-midi entière ne suffirait pas à épuiser ses gammes, lire le dernier Prix Goncourt entre deux parties de jokari avant de rentrer au pays encore plus épuisé que le jour de son départ.

Rester enfermé chez soi à crever d'ennui, regarder les heures ralentir la marche du temps, ne pas savoir quoi faire, tourner en rond entre le salon et la chambre à coucher, se forcer à se reposer, s'abrutir devant le poste de télévision, s'enivrer de mauvais vin, marcher dans les rues désertes de la ville, être seul à en crever, sans argent, sans amis, sans rien, réaliser l'échec de toute vie et avancer l'heure du grand départ pour ne pas se compromettre davantage.

Continuer à écrire ce blog à la con et penser tout de même à souhaiter de bonnes vacances à des lecteurs dont on n'oubliera pas de louer la célérité d'esprit, la bonhomie, la parfaite intelligence et dont on guettera le retour comme la mère maquerelle attend le retour de ses pouliches (t'es sûr ?!!): avec avidité!

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Laurent Sagalovitsch
Laurent Sagalovitsch (104 articles)
romancier