Culture

Comment Rumi, un poète musulman du XIIIe siècle, est devenu une référence sur internet

Repéré par Vincent Manilève, mis à jour le 17.07.2017 à 17 h 01

Repéré sur Quartz, New Yorker

Rumi est constamment cité sur les réseaux sociaux. Mais les multiples traductions ont fait oublier le cœur de son travail.

Djalâl ad-Dîn Rûmî
 | İncelemeelemani  via Wikimédia CC License by

Djalâl ad-Dîn Rûmî | İncelemeelemani via Wikimédia CC License by

En un post sur Instagram, la chanteuse Beyoncé a (encore) fait exploser internet. Sur une photo, comme toujours très travaillée, elle présente ses enfants, un garçon prénommé Sir et une fille appelée Rumi. Si la signification de Sir ne fait pas de mystère pour les internautes, celle de Rumi n'est pas non plus totalement inconnue.

 

Sir Carter and Rumi 1 month today. 

Une publication partagée par Beyoncé (@beyonce) le


En effet, comme l'explique le site Quartz, «Rumi est le nom populaire de Djalâl ad-Dîn Rûmî, un poète mystique et musulman, qui est devenu un pilier des réseaux sociaux et l'un des auteurs de poésie les plus vendus aux États-Unis.» Difficile ici de ne pas se demander comment un poète, né dans l'actuel Afghanistan, imam à Alep et mort en 1273, peut bénéficier d'une telle popularité aujourd'hui. La réponse est simple: comme pour des auteurs occidentaux comme Shakespeare, les écrits de Rumi sont régulièrement partagés sur Twitter, Facebook, Instagram ou même mêlés à une musique du groupe Coldplay.

Quartz explique que les textes de Rumi plaisent d'abord parce qu'ils «évoquent un amour profond et illimité, l'universalisme et la richesse produite par la quête spirituelle». Mais le site relève surtout le rôle déterminant de Coleman Barks, un poète américain qui, dans les années 1970, a reçu un livre traduit de Rumi. L'auteur musulman était déjà ancré dans le monde intellectuel anglo-saxon, grâce à de grands noms de la traduction, mais Barks lui a permis de s'implanter complètement dans le monde de la poésie outre-Atlantique. Dans une interview récente au New Yorker, Barks a décrit la poésie de Rumi comme «le mystère de l'ouverture d'un cœur», «quelque chose que l'on ne peut dire avec le langage». Depuis, les traductions fleurissent et ont fait de Rumi l'un des poètes les plus populaires dans le pays.

Mais cela ne s'est pas fait sans une traduction biaisée de la part de Barks et ceux qui ont commencé à le faire avant lui. Le New Yorker explique qu'ils ont minimisé l'importance de l'islam dans les textes en anglais, pourtant essentiel dans son œuvre. Espérons donc que le coup de projecteur donné par Beyoncé et le biopic qui se prépare sur le poète apporteront un nouveau regard sur son travail et son approche de la religion musulmane.