Tech & internet

Et si c’était la fin des startups de l’Internet?

Repéré par Jean-Laurent Cassely, mis à jour le 16.07.2017 à 13 h 48

Jeff Bezos, en juin 2014. REUTERS/Jason Redmond

Jeff Bezos, en juin 2014. REUTERS/Jason Redmond

Et si c’était la fin? Un article du site Vox se demande sans détour si les grandes heures des startups de l’Internet ne sont pas déjà derrière nous, plongeant du même coup des milliers de prétendants au statut de nouveau Facebook ou Google dans une phase d'angoisse existentielle... Et alors même que la startup des technologies de l'information est devenue la forme archétypale de succès entrepreneurial.

Mais les arguments développés dans l’article sont convaincants.

Premier argument à l’appui de la thèse de la fin des startups: depuis une décennie, «nous n’avons pas vu de grosse startup de l’Internet émerger parce qu’il n’y a qu’un nombre limité d’opportunités de construire des services en ligne lucratifs». Gagner de l’argent dans l’Internet n’est plus aussi facile qu’à l’époque où Mark Zuckerberg pouvait au début de la décennie précédente connecter tous les amis de ses amis et quelques millions d’autres utilisateurs pour un coût de fonctionnement relativement modeste.

Les premiers venus ont tout simplement cuilli les fruits les plus faciles à attraper, souligne un expert interrogé par Vox. E-commerce, réseau social, ces niches fabuleusement rentables sont occupées de longue date, et leurs gros occupants peu susceptibles de laisser la place. Ils préfèrent, et c’est le deuxième argument, racheter massivement les concurrents dès que ceux-ci commencent à devenir menaçants, comme l’a fait Facebook avec Instagram, ou en copiant les innovations, comme Facebook, à nouveau, l’a fait en piquant à Snapchat ses meilleures fonctionnalités (les stories et les filtres oreilles de lapin) pour les rendre disponibles… sur Instagram. Les GAFA de l’Internet rachètent à tour de bras et de plus en plus tôt des services qui, à une autre époque, auraient eu le temps d’arriver à l’âge adulte.

Troisième élément d'explication: devenir riche et dominant sur Internet coûte désormais très cher. Uber dépense des millions, sinon des milliards, pour être un jour dans un futur hypothétique, une entreprise rentable. C'est aussi le cas dans la livraison de plats, la foodtech, où recruter de nouveaux utilisateurs coûte des millions en marketing. Ironiquement, note Vox, la position de leader sur un marché en ligne est tellement profitable que les investisseurs ont dépensé des sommes de plus en plus astronomiques pour l’atteindre, rendant de la sorte la compétition de plus en plus serrée. C'est aussi pour cette raison que les prétendants ne peuvent plus renverser les entreprises déjà installées: ces dernières, constituées en oligopole, peuvent se permettre de perdre suffisamment d'argent pour dégoûter leurs rivaux. 

Bilan: le marché des applis et des services en ligne est peut-être arrivé à un stade dans lequel quelques acteurs se partagent le gâteau, tout comme les grandes entreprises high tech des générations précédentes (micro-ordinateurs, software) ont plafonné à un moment de leur histoire. L’innovation n’est pas morte, elle s’éloigne simplement d’Internet, avec lequel on l’avait à tort confondue.