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Face à la morosité du monde, nous avons besoin de ce hot-dog qui danse

Vincent Manilève, mis à jour le 13.07.2017 à 17 h 00

Ce nouveau filtre Snapchat mériterait même de défiler sur les Champs-Elysées pour le 14-juillet.

Photo : Slate.fr

Photo : Slate.fr

S'il fallait choisir une couleur pour décrire ce début d'été, le ciel proposerait un parfait nuancier allant du gris clair au gris sombre. Après les averses diluviennes du week-end, voici que la France doit accueillir Donald Trump, venu pour le défilé du 14-juillet, et que le monde doit accepter la chute de «Gangnam Style» de son trône de vidéo YouTube la plus vue de tous les temps.

Pourtant, au milieu de ce quotidien morose, je ne peux pas m'empêcher de garder la pêche. Et je le dois essentiellement à un hot-dog très particulier.

Face à la morosité, danser, encore et toujours

Sur Snapchat, vous pouvez depuis quelques mois juxtaposer dans vos photos et vidéos des éléments virtuels grâce à la technique de la réalité augmentée (c'est sur cette même technologie que repose en partie Pokémon Go). Jusque-là, nous avions eu droit à des éléments basiques, comme un nuage triste, des fleurs fantaisistes ou un arc-en-ciel enthousiaste. Puis, fin juin est arrivé un personnage différent, un hot-dog qui, en plus de danser sans s'arrêter sur une musique rythmée, respire clairement la joie de vivre. Que celui ou celle qui n'a jamais pleuré de joie devant ce regard bouleversant me jette le premier dislike.

En surveillant Snapchat ces dernières semaines, j'ai trouvé fascinante la façon dont ce hot-dog avait trouvé sa place dans le quotidien de mes contacts et comment un personnage virtuel pouvait susciter un tel enthousiasme. Les gens s'amusaient à l'inviter dans leur chambre, au bureau, au bar ou même dans leur casserole pour y apporter légèreté et optimisme.

Les designers de Snapchat ont parfaitement joué leur coup: ce hot-dog est le remède parfait contre la morosité car, à la différence de la plupart des êtres humains, il ne s'arrête jamais de danser et de sourire. Je l'ai moi-même emmené dans le train au bureau et dans la rue pour qu'il y distribue un peu de joie de vivre. J'en ai même fait un sticker pour le reproduire à l'infini. Ces derniers jours, il remplissait le rôle un peu honteux de cet ami rigolo et hyperactif, qu'on ne voudrait pas comme coloc mais qu'on appelle quand on a besoin de rire. Un clic suffit et voilà que tout ce qui est autour de moi s'illumine grâce à lui. 

Logiquement, le hot-dog a fini par s'émanciper de Snapchat pour envahir d'autres réseaux sociaux, comme Twitter, Facebook ou Instagram.

snapchat hot dog getting me through a rough week

— ℭruz (@elchapocruzman) July 6, 2017

Certains utilisateurs malheureux de Snapchat, qui pour une raison technique obscure n'avait pas encore accès à ce filtre magique, partageaient leur désespoir de ne pas pouvoir rejoindre le mouvement et s'amuser avec lui. Car comme le raconte le site Know Your Meme, le «filtre Snapchat du hot-dog dansant» (que j'ai baptisé de mon côté Doggie) a inspiré de nombreuses blagues.

Mais à force de détournements, internet a commencé à faire émerger une part plus sombre de son identité en pleine construction. 

La face cachée du hot-dog (et la nôtre)

Il y a quelques jours, je me suis posé une question à propos de Doggie: et si cette façon de danser en permanence était un moyen de cacher un état psychique plus sombre? La blague ci-dessous a considérablement changé la façon dont je considérais Doggie. 

Cette théorie alternative intéressante laisse penser que ce gentil hot-dog essaye de lutter contre la souffrance en dansant frénétiquement. On dit souvent que les personnes les plus drôles sont aussi les plus déprimées. Cela ferait donc de Doggie une saucisse profondément mal à l'aise dans son pain.

Et nous en sommes entièrement responsables. De nombreux internautes le placent dans des situations rocambolesques, voire dangereuses. Doggie se retrouve ainsi à la merci de notre imagination, aussi cruelle puisse-t-elle être. Je l'ai vu chuter de l'aile d'un avionse faire renverser par des voitures, et surtout je l'ai vu disparaître (de mes propres yeux), emporté par un métro qui n'avait que peu de considération pour ce petit être virtuel. Regardez-le danser et attendre paisiblement d'être emporté par les rames. Dans le jargon RATP, par pudeur, on appelle ça un «accident grave de hot-dog».

Certains internautes semblent donc lui vouloir du mal, par haine ou par effroi. D'autres le repoussent, le passent littéralement à la casserole, l'attaquent au sabre laser ou lui tirent carrément dessus. Twitter a éclaté de rire quand des humains l'ont violemment enlevé sous les yeux de son amie.

Pourquoi tant de violence contre un être qui voulait simplement danser et rendre le monde meilleur? Si nous pouvons être drôles et bienveillants, nous sommes aussi parfois sarcastiques, névrosés et violents. Ce hot-dog est arrivé sur Snapchat pour nous divertir mais il a également rempli à merveille une autre mission, bien plus importante: celle de nous faire voir notre propre reflet.

Aujourd'hui, alors que je regarde Doggie danser sur mon bureau, je n'ai plus qu'une seule crainte: qu'il disparaisse de Snapchat et nous laisse seul face à ce monde gris. 

Vincent Manilève
Vincent Manilève (351 articles)
Journaliste