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«APB m’a bien traumatisée!»: les recalés d’APB se cherchent une voie après le bac

Juliette Mitoyen, mis à jour le 05.07.2017 à 16 h 51

La plateforme d'admission post-bac APB, passage obligatoire des lycéens désireux de faire des études supérieures, fait de nouveau polémique en 2017. L’algorithme d’APB ne permet pas à tous les élèves de poursuivre leurs études dans la filière de leur choix. Certains doivent en changer et s'interrogent sur les conséquences pour leur avenir.

Des lycéens durant le l'épreuve du Baccalauréat 2017, le 15 juin 2017, à Strasbourg | FREDERICK FLORIN / AFP

Des lycéens durant le l'épreuve du Baccalauréat 2017, le 15 juin 2017, à Strasbourg | FREDERICK FLORIN / AFP

Début juillet, pas moins de 117.000 lycéens ne sont toujours pas fixés sur leur sort et sur la filière dans laquelle ils étudieront à la rentrée 2017. Beaucoup se retrouvent en effet sur liste d’attente, ou tout simplement refusés par des filières et établissements qu’ils avaient demandés via APBAPB, c’est cette plateforme internet qui permet aux lycéens de faire leurs vœux pour le supérieur, et de les classer par ordre de préférence. L’algorithme du logiciel place ensuite les étudiants dans les établissements qui les ont acceptés ou non. À l’issue du processus, et pour chacun de leurs vœux, les étudiants peuvent être acceptés dans une filière, placés sur liste d’attente s'il y a beaucoup de demandes, ou bien être refusés.

Cependant, avec 40.000 lycéens de plus qu’en 2016 à s’être inscrits cette année sur APB, de plus en plus de filières sont «en tension» et sont trop demandés par les lycéens. C’est le cas de la psychologie, du droit, de la Paces (la Première Année Commune aux Études de Médecine) et surtout de la première année de Staps (Sciences et Techniques des Activités Physiques et Sportives). Dans ces filières, si la demande est trop importante par rapport au nombre de places disponibles, c’est malheureusement la dure loi du tirage au sort qui s’applique. La seule solution puisque la sélection sur dossier à l’entrée de l’université est interdite.

Même si tous les postulants à la PACES ont donc tous obtenu une place cette année, ce n’est pas le cas des trois autres filières en tension. Seuls 54% des lycéens qui avaient choisi Staps en premier vœu ont vu leur demande satisfaite à l’issue de la première phase d’APB. Ce chiffre monte timidement à 70% pour la psychologie et 76% pour le droit. Et, malgré l'obligation pour les lycéens de sélectionner au moins une filière à «pastille verte», supposée ne pas être sous-tension, des milliers d’entre eux se retrouvent sur liste d’attente dans des facultés qu’APB garantissait ouvertes.

Des bacheliers 2017 désespérés

 

Alors que les résultats du baccalauréat ont été dévoilés ce mercredi 5 juin, certains bacheliers ne se réjouissent qu’à moitié de l’obtention de ce graal. Car, à quoi bon avoir le bac si l’on n'est accepté nulle part, ou si la filière que nous attribue APB ne nous correspond pas? Depuis le 8 juin, et l’ouverture de la première phase d’admission d’APB, Twitter a cristallisé les angoisses de ces étudiants qui ne savent pas à quelle sauce ils seront mangés par l’algorithme du logiciel.

Avec l’algorithme d’APB, des élèves qui ont des résultats moyens ont plus de chance d’obtenir une filière peu demandée dans une université prestigieuse qu’un très bon élève en a de voir son souhait d'aller en Staps se concrétiser:

Pour certaines personnes, le choix d’études en Staps ou en psychologie –comme dans d’autres domaines– peut se faire par défaut, au détriment de ceux réellement passionnés par des études dans ces filières «en tension»:

Certains affirment qu’ils choisiront le privé si APB n’est pas en mesure de leur proposer ce qu’ils attendent:

D'autres n’hésitent pas à demander des échanges –impossibles– de places en fac:

Autre point de tension, aucun moyen pour les étudiants de savoir à quel niveau de la liste d’attente ils se trouvent. Un espoir demeure néanmoins pour les lycéens: le désistement encore possible de leurs compagnons en faveur de filières hors-APB, type école de commerce, d’ingénieur ou encore les Instituts d'Études Politiques (IEP). Mais aussi de la part des élèves qui n’ont pas obtenu le bac. Ils seront fixés sur leur sort à partir du 14 juillet, date de l’ouverture de la troisième et dernière phase d’admission sur APB.

Des générations de «déçus d'APB»

 

Mais le portail APB n’en est pas à sa première génération de victimes. Généralisé depuis 2009, des étudiants ont déjà eu à faire face à ce fonctionnement encore opaque et certains ont été orientés vers des parcours qui n’avaient rien à voir avec ce qu’ils avaient envisagé.

Ray, 17 ans, a passé son bac en 2016 et l’a obtenu. Mais APB et le tirage au sort lui avaient réservé une mauvaise surprise:

«À l’issue de la procédure, aucun de mes vœux n'a été accepté. Je voulais faire du droit à la Sorbonne, à Paris, et je me suis retrouvé en LLCER (Langues, littératures et civilisations étrangères et régionales). J’ai arrêté au bout de quelques mois car ça ne menait à rien et je faisais des crises d’angoisse...»

Les étudiants qui ont perdu une année car les possibilités que leur proposait ABP ne leur convenaient pas sont nombreux. Elena, 19 ans, a passé son bac en 2016 et n’a pas obtenu ce qu’elle souhaitait. Elle s’est orientée par défaut vers le privé:

«Je visais un DUT des Métiers du Multimédia et de l’Internet. J’ai fini en IFSI (Institut de Formation en Soins Infirmiers, accessible sans passer par APB). Je l’ai quitté au bout de deux mois car ça ne me correspondait pas.»

Margot, 22 ans, avait obtenu la filière qu’elle avait classée en dernière position sur APB. Elle n’avait demandé que des classes préparatoires (soumises à examen du dossier), pas de filières «en tension», mais affirme qu’il a été dur pour elle de rebondir après cet «échec»:

«J’ai eu mon Bac ES mention très bien et je voulais absolument une classe préparatoire BL. Je n’ai eu que mon dernier vœu, qui était une AL (classe préparatoire littéraire). J’ai décidé de ne pas l’intégrer car ce n’était pas ce que je voulais et j’étais dégoûtée d’APB. J’ai préféré prendre une année de césure à Manchester. J’ai dû sortir du système APB pour rebondir après ce rejet et le non-soutien de mon lycée. Nous étions plusieurs bons élèves à être dans la même situation, et les conseillers d’orientation ne savaient rien nous dire si ce n’est que ce n’était pas normal “avec un dossier comme ça”. À 17 ans à l’époque, APB m’a bien traumatisée!»

À l’issue de la seconde phase, Alexis, bachelier 2017, n’a reçu aucune proposition d’affectation. Le domaine qu’il vise –économie et gestion– n’est pourtant pas censé être une filière «en tension». Mais il a été placé sur liste d’attente dans toutes les universités parisiennes qu’il avait demandées, même dans celle de son académie:

«Je suis assez bon élève pour faire ça je pense. Je n’avais pas travaillé plus cette année car je savais que comme il s’agissait de la fac, les dossiers n’étaient pas examinés, mais j’avais quand même 17 en maths, 17 en anglais, 12 en histoire-géo… Si je n’ai rien, je ferai une année de césure à Londres.»

Il assure qu’APB «n’est pas forcément le problème», mais plutôt «les élèves qui vont dans une filière par défaut comme l’éco, le droit, la PACES, sans forcément réfléchir. Résultat, en fac, le taux de réussite tourne autour des 50%...Peut-être faudrait-il instaurer une sélection, car un élève médiocre en maths qui va en gestion va sûrement lâcher en milieu d’année».

Un système à bout de souffle

La dure loi du tirage au sort, qui conduit via APB de nombreux jeunes dans des filières qui ne leur correspondent pas, apparaît pourtant aujourd’hui comme le seul moyen de faire face à l’afflux d’étudiants dans des universités qui ne peuvent pas repousser leurs murs.

Entériné par une circulaire publiée au journal officiel le 27 avril dernier, le tirage au sort à l’entrée de l’université fait pourtant des dégâts et est aujourd’hui remis en question. La nouvelle Ministre de l’Enseignement supérieur, de la Recherche et de l’Innovation Frédérique Vidal a qualifié, en mai dernier dans les colonnes du Monde, le tirage au sort de «bombe à désamorcer» et a indiqué que le système APB devait être réformé.

Le 29 juin dernier, le médiateur de l’Éducation nationale et de l’Enseignement supérieur, Claude Bisson-Vaivre, a présenté son rapport annuel de 2016 –qui portait notamment sur APB et l’orientation post-bac– et a proposé plusieurs pistes pour améliorer ce système à bout de souffle. Il recommande notamment d’intégrer de nouvelles filières dans APB pour rendre l’offre plus exhaustive, et de mieux anticiper les hausses démographiques de manière à augmenter en amont la capacité d’accueil des universités. Mais il conviendrait aussi, selon lui, de rendre l’algorithme APB plus compréhensible et plus transparent, pour que tout le monde comprenne que la position des vœux est très importante dans la décision finale de la filière qui nous sera attribuée.

Le Premier ministre Édouard Philippe, qui s’exprimait le 4 juillet devant le Parlement, a marqué son opposition à cette pratique, au nom de la méritocratie:

«Des bacheliers, y compris les plus méritants, se retrouvent exclus par tirage au sort des filières qu'ils ont choisies. Où est l'égalité? Où est le mérite? Où est la République? Nous ne pouvons plus l'accepter.»

Le tirage au sort vit peut-être ainsi sa dernière rentrée universitaire. Sa disparition pourrait modifier le fonctionnement d'un système dont les lycéens font les frais aujourd'hui.

Juliette Mitoyen
Juliette Mitoyen (8 articles)
Journaliste
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