LGBTQ

Des femmes exclues de la Gay Pride de Chicago car elles brandissaient des drapeaux arc-en-ciel juifs

Juliette Mitoyen, mis à jour le 27.06.2017 à 12 h 35

Alors qu’elles participaient à la Dyke March ce samedi 24 juin, trois femmes ont été forcées de quitter la manifestation car elles défilaient avec des drapeaux arc-en-ciel, symboles de la communauté LGBTQ (lesbian, gay, bisexual, transexual, queer, ndlr), ornés d’étoiles de David.

Des manifestants durant la Gay Pride de Londres,
 le 29 juin 2013. | Tom Morris via Wikimedia commons CC License by

Des manifestants durant la Gay Pride de Londres, le 29 juin 2013. | Tom Morris via Wikimedia commons CC License by

La Dyke March –littéralement «marches des lesbiennes» ou «marche des gouines»– a lieu tous les ans dans de nombreuses grandes villes du monde, en même temps ou en parallèle de la Gay Pride. Il s’agit d’une manifestation organisée par la communauté lesbienne, et qui se veut inclusive et ouverte à tous. Mais cette marche a pris un mauvais tournant le 24 juin, jour de sa célébration à Chicago, comme le relève Haaretz.

Trois femmes qui brandissaient des «rainbow flags», les drapeaux arc-en-ciel de la communauté LGBTQ, ont été exclues des célébrations. Le motif? Le Windy City Times, le journal de Chicago consacré aux LGBTQ, a rapporté qu’un membre du collectif chargé d’organiser la manifestation aurait dit à ces femmes que «les gens ne se sentaient pas en sécurité» à cause des drapeaux et que la marche était «pro-Palestine» et «anti-sioniste».

Sur son compte Twitter officiel, la Dyke March de Chicago est pourtant labellisée «non-raciste», «non-violente» et vise à célébrer «le combat des lesbiennes, des queers et des bisexuelles».

«On m’a demandé de partir car mon drapeau était une provocation»

Une des participantes exclues, Laurel Grauer, également membre de l’organisation LGBTQ juive A Wider Bridge, a expliqué au Windy City Times que son drapeau célébrait ses «identités queer et juive.» Elle a également publié une tribune dans Haaretz, relatant son expérience du 24 juin.

«Je participe depuis dix ans à cette marche avec le même drapeau. Là, on m’a demandé de partir car c’était une provocation à l’encontre de personnes qui le trouvaient offensant.»

Une autre participante, Eleanor Shoshany-Anderson, a elle aussi été congédiée de la manifestation car elle possédait un drapeau similaire. «La Dyke March est censée inclure tout le monde, a-t-elle déploré dans le Windy City Times. Je ne sais pas pourquoi mon identité a été exclue. J’ai sentie qu’en tant que juive, je n’étais pas la bienvenue ici.»

Une forme de pinkwashing?

 

Sur son fil Twitter, la Dyke March de Chicago a publié une réponse officielle à la polémique naissante:

«Cette décision –de demander à trois personnes arborant des drapeaux arc-en-ciel juifs de partir– a été prise après qu’elles ont exprimé plusieurs fois leur soutien au sionisme durant des conversations avec d’autres membres de la manifestation. Nous avons depuis appris que l’une des individues en question est directrice régionale de l’association A Wider bridge, une organisation qui a des connexions avec l’État d’Israël et les groupes d’extrêmes droite pro-Israéliens.»

La Dyke March de Chicago affirme que A Wider Bridge a été «condamnée par plusieurs organisations» car elle utiliserait la méthode du pinkwashing, un concept selon lequel Israël utiliserait sa tolérance pour les mouvements LGBTQ pour faire oublier le conflit israélo-palestiniens et l’occupation de la Palestine.

Dans son communiqué, la Dyke March de Chicago a ajouté qu’elle n’était «pas anti-sémite», mais «anti-sioniste» –c’est à dire qu’elle condamne la constitution d’un État juif indépendant sur les terres palestiniennes-. «Le collectif de la Dyke March de Chicago soutient la libération de la Palestine et les peuples oppressés partout dans le monde.»

Ce n’est pas la première fois que la communauté LGBTQ américaine s’effrite et affronte ses homologues juives et israéliennes. En janvier 2016, alors que l’association Open House for Pride and Tolerance de Jérusalem devait s’exprimer durant la conférence LGBTQ Creating Change, des manifestants avaient empêcher leur présentation en brandissant des pancartes sur lesquelles était inscrit «À bas le pinkwashing».

Juliette Mitoyen
Juliette Mitoyen (8 articles)
Journaliste