France

Un modeste grand chelem pour les ministres candidats aux législatives

Jean-Marie Pottier, mis à jour le 18.06.2017 à 23 h 30

Seulement six ministres étaient candidats ce week-end. Si tous l'ont emporté, Mounir Mahjoubi à Paris et Annick Girardin à Saint-Pierre-et-Miquelon ne sont pas passés loin de la défaite.

Emmanuel Macron et le gouvernement Philippe, le 18 mai 2017 à l'Élysée. PHILIPPE WOJAZER / POOL / AFP.

Emmanuel Macron et le gouvernement Philippe, le 18 mai 2017 à l'Élysée. PHILIPPE WOJAZER / POOL / AFP.

Le gouvernement Philippe va échapper à un remaniement forcé provoqué par la règle «Un ministre battu aux législatives démissionne» après la victoire au second tour de ses six ministres candidats. La ministre des Outre-mer Annick Girardin, qui, avec Jean-Yves Le Drian, est la seule «survivante» des gouvernements Valls et Cazeneuve, paraissait la plus menacée dans sa circonscription de Saint-Pierre-et-Miquelon, où elle était arrivée au coude-à-coude avec son adversaire au premier tour: elle l'emporte finalement avec un peu moins de 52% des voix. Mais c'est finalement le secrétaire d'État au Numérique Mounir Mahjoubi, largement favori après être en sorti de loin en tête du premier tour dans le XIXe arrondissement de Paris, qui a manqué de peu ruiner ce grand chelem en l'emportant avec un peu plus de 51% seulement face à Sarah Legrain (France insoumise). Dans une configuration proche au premier tour, Marielle de Sarnez l'a elle emporté bien plus largement, avec plus de 63% des voix, face à l'avocat Francis Szpiner dans les VIe et XIVe arrondissements.

En apparence affaibli par les accusations de favoritisme qui l'ont touché depuis un mois, le ministre de la Cohésion des territoires Richard Ferrand l'a néanmoins emporté avec près de 57% des voix dans sa circonscription finistérienne face à la candidate LR Gaëlle Nicolas. Un autre «rallié» du PS, le député des Alpes-de-Haute-Provence et porte-parole du gouvernement Christophe Castaner, a recueilli près de 62% face au candidat de la France insoumise. Dans l'Eure, le ministre de l'Économie Bruno Le Maire l'a emporté avec près de 65% face au FN.

En 1981 et 2012, le nouveau pouvoir avait également réalisé un grand chelem lors des législatives suivant la présidentielle, mais beaucoup plus de ministres –respectivement 32 et 26– s'étaient portés candidats, ce qui n'a pas été le cas d'un gouvernement Philippe à la coloration plus «société civile». En 1988 et 2007, en revanche, des ministres avaient été battus et contraints de quitter le gouvernement: Georgina Dufoix et Catherine Trautmann en 1988 (qui se présentaient pourtant après avoir été élues à la proportionnelle deux ans plus tôt, et dans le cadre d’un nouveau découpage électoral) et surtout Alain Juppé en 2007, alors que ce dernier était numéro deux du gouvernement.

Ce sort avait été épargné à des ministres qui n'étaient pas sortants, , afin d'éviter de décourager ceux qui s'attaquent à des circonscriptions plus difficiles, ce qui avait sauvé Roger Bambuck, Bernard Kouchner, Brice Lalonde, François Doubin et Thierry de Beaucé à gauche en 1988, et Dominique Versini à droite en 2002. Peu après son entrée en fonctions, Emmanuel Macron avait fait savoir que les ministres battus devaient démissionner, qu'ils soient députés sortants ou non.

Jean-Marie Pottier
Jean-Marie Pottier (907 articles)
Rédacteur en chef, responsable de la newsletter politique «Le Jour d'après». Auteur de «Indie Pop 1979-1997» et «Ground Zero. Une histoire musicale du 11-Septembre» (Le Mot et le Reste).