Monde

Un innocent passe dix-sept ans en prison car le coupable était son sosie

Repéré par Juliette Mitoyen, mis à jour le 19.06.2017 à 15 h 38

Repéré sur The Washington Post

Richard Jones, un américain résidant à Kansas City, a retrouvé la liberté. Son crime? Ressembler comme deux gouttes d’eau à celui qu'on accuse aujourd'hui d'être le véritable coupable du vol pour lequel il a été condamné.

Richard Jones (à gauche) et Ricky Amos (à droite). Kansas Department of Corrections.

Richard Jones (à gauche) et Ricky Amos (à droite). Kansas Department of Corrections.

En 1999, Richard Jones n’a aucune idée de la raison pour laquelle il se retrouve en prison, rapporte le Washington Post. Le 31 mai de cette année-là, alors que le jeune homme déjeune en famille dans sa maison de Kansas City, un crime à lieu dans la même ville, sur le parking d’un Walmart –un magasin américain de grande distribution.

Un homme, Ricky Amos, attaque une femme et lui vole son téléphone, avant de s’enfuir en voiture avec des complices. Des témoins assistent à la scène mais aucun n’a le temps de bien apercevoir le voleur. Tous s’accordent cependant sur le fait qu’il est brun et semble avoir la peau claire.

Un mois plus tard, Richard Jones est arrêté et jugé coupable pour ce crime… qu’il n’a pas commis. Mais le jeune homme n’a pas de chance car il est le sosie de Ricky Amos, le véritable auteur du vol. Malgré son alibi, la sentence tombe: dix-neuf ans de prison pour vol aggravé.

«Il y a un gars qui te ressemble beaucoup»

Richard Jones atterrit au Kansas Department of Corrections et y reste quinze années avant que les enquêteurs ne se rendent compte du problème. Un jour, l’un de ses co-détenus confie à Jones: «Il y a un gars qui te ressemble beaucoup ici.» Et pour cause, Ricky Amos, l’auteur du vol de 1999, est enfermé dans la même prison. Yeux marrons, cheveux bruns et coiffure similaire: la ressemblance est saisissante.

En 2015, Alice Craig, avocate à Project for Innocence, une organisation de l’école de droit de l'université du Kansas, prend l’affaire en main. Elle découvre qu’Amos vivait à l’époque dans la même ville que Richard Jones, près du supermarché où a eu lieu le vol.

Les témoins de la scène rectifient tour à tour leurs témoignages en voyant les photos des deux hommes. La victime, Tamara Scherer, n’est alors plus du tout sûre d’avoir envoyé le bon coupable en prison:

«Je ne suis plus certaine d’avoir identifié la bonne personne lors de ma première déposition et du procès. Si j’avais vu les deux hommes en même temps, je n’aurais pas su lequel choisir et j’aurais eu peur d’envoyer le mauvais en prison.»

Le 8 juin 2017, Richard Jones est finalement innocenté, et libéré.

Post Facebook du Midwest Innocence Project, qui a milité pour la libération de Richard Jones. «Le Midwest Innocence Project, en partenariat avec l'École de droit de l'Université du Kansas, est fier d'annoncer que Richard Jones a été innocenté et libéré aujourd'hui! Richard a passé 17 ans en prison pour un crime qu'il n'avait pas commis à cause d'une mauvaise identification.»

Des erreurs judiciaires

 

Ce séjour injuste passé en prison éclaire selon le Wahington Post le mauvais déroulement de l’enquête et les dysfonctionnement de la justice américaine.

La famille et les proches de Jones avaient assuré que, le jour du crime, il avait passé toute la journée chez lui, à célébrer l’anniversaire de sa petite-amie. Autre erreur: l’un des témoins de la scène avait affirmé que le voleur avait des tatouages sur le bras gauche. Or, Richard Jones n’en n’avait pas. Edward Miller Jr, l’un des complices présents ce jour-là dans la voiture, n’avait jamais souhaité identifier Jones:

«Je ne connaissais pas Ricky Amos et j’avais des doutes au procès. Si j’avais eu les photos, j’aurais su qui était le coupable», raconte-t-il.

Enfin, sa condamnation reposait également sur une identification par des témoins oculaires, une méthode parfois risquée. Or, ces derniers avaient tous confié que le voleur avait la peau claire. Mais le jour de l’identification, Richard Jones a été placé aux côtés de cinq hommes afro-américains à la peau sombre. «Les témoins ne pouvaient que l’identifier, même s’il n’était pas coupable», affirme Alice Craig.

De son côté, Ricky Amos nie être impliqué dans le vol. Il ne pourra pas être poursuivi car le délai de prescription du crime est dépassé. Une plateforme de crowdfunding pour soutenir Richard Jones et sa famille a cependant été lancée sur GoFundMe. Seize mille dollars ont déjà été récoltés.

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