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Cette fausse excuse qu'on ne veut plus jamais lire concernant le «manspreading»

Daphnée Leportois, mis à jour le 14.06.2017 à 14 h 47

Vouloir éviter de comprimer ses parties génitales n’est pas une bonne raison pour s’asseoir les jambes écartées.

Les hommes peuvent tout à fait s’asseoir jambes serrées comme les femmes | Richard Yeh / WNYC via Flickr CC License by

Les hommes peuvent tout à fait s’asseoir jambes serrées comme les femmes | Richard Yeh / WNYC via Flickr CC License by

Disons-le fermement: s’asseoir dans les transports en commun les jambes bien écartées est une incivilité au même titre que de hurler dans son téléphone «ATTENDS, JE SUIS DANS LE MÉTRO, ÇA CAPTE MAL. ALLÔ! ALLÔ?» ou d’écouter de la musique à fond comme si l’affluence était due à des goûts musicaux partagés et la rame bondée une salle de concert. C’est pour cette raison que le parti espagnol Podemos a déposé une proposition visant à interdire dans les transports municipaux madrilènes la pratique du manspreading (terme dérivé de l’anglais man, pour homme, et du verbe to spread, qui signifie écarter), à savoir celle de s’asseoir non pas les jambes parallèles mais avec un angle quasi obtus.

Sans exagérer, l’angle semble aigu –dépasser les 90° demande un peu de souplesse–, tout autant que le problème, car certains hommes, obtus, font remarquer que, non, il ne s’agit en rien de machisme, de sexisme, non, non, non, mais d’une particularité anatomique. Sauf qu’avoir un pénis et des testicules entre les jambes n’exige en rien une telle posture. «C’est une rigolade totale», s’exclame l’urologue Stéphane Droupy, responsable du comité d’andrologie de l’Association française des urologues.


«Ah là là, dès que ça touche aux coucougnettes, les hommes sont vexés. Mais non les chatons, personne ne cherche à vous émasculer», leur rétorque une femme sur Facebook. C’est bien vrai. Il ne s’agit en rien d’un combat visant à faire souffrir les hommes assis autant que les femmes pendant leurs règles ou lors de l’accouchement pour celles qui veulent des enfants. «Anatomiquement, les hommes peuvent tout à fait croiser les jambes ou les serrer gentiment», ajoute le docteur Droupy.

Et quand il parle de jambes croisées, il ne veut pas dire la cheville droite sur le genou gauche (ou inversement selon la jambe de prédilection). Il parle bien de jambes croisées cuisse sur cuisse. Comme les femmes! Et cela sans «écraser les couilles» de ces Messieurs pour reprendre les termes délicats de certains qui défendent leur virile posture.

«Personne n’a les testicules qui pendouillent au milieu»

Le coup du «gros paquet» et de l’anatomie extrêmement développée n’est pas un argument. «Il suffit de mesurer le pénis et les testicules. Le pénis, à l’état flaccide, mesure 3 à 4 centimètres de diamètre. Chaque testicule fait 2 à 3 centimètres. Cela ne nécessite pas d’ouvrir les jambes de 20 centimètres», souligne le chirurgien urologue.

Sans compter qu’une petite leçon d’anatomie semble s’imposer (ou un dessin). «Personne n’a les testicules qui pendouillent au milieu, dans la partie postérieure des jambes. Les testicules et le pénis se projettent en avant, dans la partie antérieure du périnée. Il suffit de regarder une photo de naturiste pour s’en convaincre.» Autre argument de taille: si les testicules empêchaient d’avoir les jambes l’une contre l’autre, «les gars marcheraient tous avec un triangle isocèle entre les jambes comme Lucky Luke», ironise-t-il.

En résumé, «assis, les testicules et le pénis se mettent au-dessus, à moins d’un défaut anatomique, comme une hydrocèle, c’est-à-dire de l’eau autour des testicules, qui les gonfle, ou un gros scrotum. Mais, dans ce cas, les hommes sont gênés dans toutes les positions». Si certains sont au supplice, peut-être devraient-ils consulter un urologue…

Autre possibilité à l’embarras que leur cause le fait de s’asseoir convenablement en société: «Se positionner les jambes écartées sous prétexte qu’avoir les jambes serrées comprime les testicules, c’est comme de dire qu’on ne peut pas se tenir correctement à table et que l’on a donc les coudes écartés car on a de trop gros biceps et que ça fait mal en dessous. C’est une question d’éducation et de posture. Il peut être difficile pour les gens de se tenir autrement s’ils n’y sont pas habitués.» Peut-être que la campagne menée par Podemos leur remettra les idées, voire les couilles, en place.

Daphnée Leportois
Daphnée Leportois (46 articles)
Journaliste
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