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Homophobe un jour, homophobe pas toujours?

Laurent Sagalovitsch, mis à jour le 06.06.2017 à 11 h 03

[BLOG] En 2012, Olivier Serva, aujourd'hui candidat en Guadeloupe à la députation pour La République en marche, voyait dans l'homosexualité une abomination. Aujourd'hui, il a changé d'avis. Comme quoi, la politique peut aussi conduire à des miracles...

2011 Miami Thanksgiving 6782 | Ted Eytan via Flickr CC License by

2011 Miami Thanksgiving 6782 | Ted Eytan via Flickr CC License by

Il s'appelle Olivier Serva.

Il est le candidat du mouvement La République en marche (LREM) pour la première circonscription de Guadeloupe. Il est expert-comptable de formation et siège actuellement au Conseil régional de Guadeloupe. Un jour d'octobre 2012, en plein cœur de la tourmente relative au mariage pour tous, lors d'un débat télévisé, il a dit tout le bien qu'il pensait de l'union entre deux personnes du même sexe.

«Être tolérant, ce n'est pas accepter l'intolérable. Pour le chrétien que je suis, quand je lis la Bible, il est écrit qu'un homme qui couche avec un homme ou une femme avec une femme, c'est une abomination». Et de rajouter qu'à ses yeux, le mariage homosexuel était «évidemment un pêché».

Et vlan!

Il est comme cela Olivier Serva: droit dans sa Bible.

Il y a ceux qui ne peuvent pas sentir le Juif de souche, d'autres qui ne supportent pas l'Arabe du coin, quelques uns que la présence de Noirs dans une assemblée incommode, Oliver Serva, lui, ce qui l'indispose, c'est de voir deux personnes du même sexe coucher ensemble ou prétendre s'unir devant monsieur le maire.

Personne n'est parfait, on a tous nos petites démangeaisons intérieures, on ne peut pas non plus aimer tout le monde, et après tout, quand il s'agit d'homosexualité, c'est avant tout affaire de morale personnelle.

Et en plus c'est écrit dans la Bible.

Surtout Monsieur Serva ne lit pas dans le marc de café –c'est interdit par la Bible. En 2012, il ne pouvait donc pas prévoir que cinq ans plus tard, il serait intronisé comme candidat à la députation par La République en marche. Non cela, franchement, il ne pouvait pas le savoir. Même le Seigneur, dans toute sa magnificence, ne l'avait pas vu venir. Comme il ne pouvait pas prévoir que des fouilles-poubelles, plus ou moins bien intentionnés, iraient déterrer ces propos et les publieraient sur leur site –rendez-vous compte ce n'était même pas écrit dans la Bible.

Si bien que notre sympathique candidat, sommé par les instances de sa nouvelle formation de s'expliquer, a dû se fendre d'une mise au point particulièrement émouvante:

«Je ne suis pas homophobe. Je peux comprendre que les propos que j'ai tenus en 2012 aient pu blesser et je m'en excuse. Ce sont des propos que je regrette profondément et qui ne correspondent plus à mes convictions. À l'époque, j'avais fait valoir mes convictions. Depuis de l'eau a coulé sous les ponts. La loi est passée, je respecte le mariage pour tous. Je n'ai jamais é homophobe, j'ai beaucoup d'amis homosexuels.»

Voilà, Monsieur Serva a un jour été un peu, beaucoup, passionnément homophobe mais tout cela appartient à l'histoire ancienne. Homophobe, il ne l'est plus. Plus du tout. Il a changé d'opinion du tout au tout. Il a eu comme une sorte de révélation. Après mûres réflexions et moults tergiversations, il a tranché: la Bible a tort, l'homosexualité n'est ni une abomination, ni un péché et encore moins un sacrilège. L'amour n'a pas de genre. Nous sommes tous frères. Le principal c'est que les gens soient heureux, le reste importe peu. Allez en paix et que le Seigneur soit avec vous, lesbienne ou pas.

Amen.

Visiblement le mouvement d'Emmanuel Macron a paru se satisfaire de sa contrition et, magnanime, lui a maintenu sa confiance : dimanche prochain, Olivier Serva sera bien le candidat de LREM dans la première circonscription de Guadeloupe.

Circulez, il n'y a plus rien à voir.

Bon, moi qui ne roule pour personne, qui suis juste un petit branleur de rien du tout, qui ne prétend à rien, qui n'aime rien et ne se passionne pour rien, confronté à cette sinistre affaire, je ne peux m’empêcher d'être légèrement sceptique et de ressentir comme un vague dégoût voire une franche nausée.

C'est que sur des sujets aussi sensibles et cruciaux que l'homophobie, l’antisémitisme, le racisme, la haine de l'autre, je reste intimement persuadé que les hommes ne changent jamais, que celui qui hier encore voyait en l'homosexualité le mal absolu, aujourd'hui, malgré ses dénégations répétées et tout sauf spontanées, pense très exactement la même chose.

À la virgule près.

Ces sentiments-là sont tellement ancrés dans la psyché humaine, s'inscrivent d'une manière si profonde, si archétypale dans le paysage mental d'une personne, sont tellement consécutifs de son éducation, sa morale, sa pensée, qu'ils ne sauraient disparaître sous l'effet d'une quelconque révélation. D'autant plus quand ils possédent un fondement religieux et partant immanent.  

On ne naît pas homophobe, on le devient et cette intolérance-là vous accompagne tout au long de votre vie. 

Sauf bien sûr si la destinée décide de faire de vous un possible député de la prochaine Assemblée nationale...

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Laurent Sagalovitsch
Laurent Sagalovitsch (103 articles)
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