LGBTQ

Le jeune piégé par Hanouna «a été viré de chez lui», mais ce n'est qu'une blague hein

Aude Lorriaux, mis à jour le 24.05.2017 à 16 h 22

Comment peut-on ignorer encore à ce point les ravages de l'homophobie?

Cyril Hanouna, lors du canular du 18 mai 2017

Cyril Hanouna, lors du canular du 18 mai 2017

Mise à jour: D'après France Info:, le jeune homme piégé n'a pas été seulement menacé de quitter le domicile familial, mais bien «viré de chez lui». L'association Le Refuge nous confirme qu'il est à l'abri chez un proche.

À ceux qui pensent que le canular de Cyril Hanouna est «juste une blague», qu’il n’aura pas de conséquences, que «c’est pour rire enfin», lisez bien ce qui va suivre. Car la «blague» d’Hanouna a fait des dégâts, concrets. Mardi soir, un article de France info, bizarrement titré «Ne pas savoir ce qui a pu arriver au jeune homme, ça me travaill présentait une photo de Hanouna en tête, si bien qu’on imagine que c’est l’animateur de C8 qui est «travaillé» par ce qu’il a fait.

Mais non, celui qui parle est Romain, bénévole à l'association Le Refuge. C’est lui qui s’inquiète de ce qui a pu arriver à la victime, parce que vendredi, à 3 heures du matin, il a reçu un coup de fil de lui sur la ligne d’écoute de l’organisation. Il a pu parler pendant une heure et demi avec l’ado de 19 ans, lycéen «dans un coin paumé en province», dit-il.

Et ce qu’il révèle est terrible. On apprend, toujours selon ce bénévole, que le jeune homme n'avait pas fait son coming out. Qu’il a peur maintenant de retourner au lycée. Que «la famille du jeune homme regardait l'émission et a reconnu sa voix». Et que le père l’a menacé de le mettre dehors.

Ce mercredi, France Info: raconte qu'il a de nouveau été contacté par le jeune homme la veille et que celui-ci a bien «été viré du domicile familial». «Il est en sécurité», ajoute Romain du Réfuge. Jointe au téléphone, Véronique Lesage, coordinatrice national de l'association Le Refuge, nous confirme: 

«Les nouvelles que nous a donné le jeune et qu'il nous a autorisés à donner, c'est qu'il a été mis à la porte, et il a ensuite été mis à l'abri par un proche. Il va mieux mais il est sous le choc de ce qui s'est passé.»

L’homophobie tue

Voilà, Cyril Hanouna, ce que vous avez fait. C’est vous qui devriez être travaillé par ce qui a pu arriver à ce jeune homme, mais visiblement vous ignorez à quel point certains subissent l’homophobie au quotidien. Vous avez annoncé vouloir vous rapprocher des assos LGBT. Belle tentative désespérée pour vous racheter une image. Mais plus profondément, et si la démarche était sincère, c'est bien de cela dont vous auriez besoin: connaître. Savoir. Vous renseigner pour combler cette méconnaissance crasse aux conséquences terribles.

«Les homosexuels et les gouines, ça a rien à faire dans ce monde-là!»

En 2017, et malgré tous les articles qui ont été publiés sur l'homophobie pendant les débats sur le mariage pour tous, l'ignorance fait encore des drames. Elle tue, elle sépare, elle isole. Alors voici quelques chiffres.

Et d’abord les plus dramatiques: le suicide. Chez les adolescents, les violences homophobes sont la première cause de suicide. Le risque de tentatives de suicide est trois fois plus élevé chez les homos que chez les hétéros, selon un rapport de l’Observatoire national du suicide. L’homophobie tue, sachez-le, Cyril Hanouna.

Insultes et agressions physiques

45% des 1.575 témoignages collectés par l’association SOS homophie en 2016 sont des insultes. Des témoignages qui ne forment que la partie émergée de l’iceberg, qui a bien voulu se manifester. En réalité, «PD» est l’insulte préférée des cours de récré, et les jeunes homos doivent l’affronter en permanence. «Sur ma table de cours, une amie avait dessiné un petit cœur, avec mon nom. Un jour, je suis arrivé en cours, et il y avait écrit "PD" à côté», raconte Jonathan.

Les jeunes homos subissent aussi parfois des agressions physiques: le rapport annuel de Sos homophobie en a recensé 121 en 2016. En voici un exemple:

«Sylvie prend le métro avec sa compagne Erica. Elles se font bousculer par un jeune homme visiblement pressé. Son amie lui dit juste de faire attention. Il les regarde, plein de mépris, et lance: “T’façon, t’es une femme? On dirait un mec ! Les deux, là, obligé vous êtes des gouines!” Il enchaîne: “Sales putes, hé mais les PD, les homosexuels et les gouines, c’est des grosses salopes, ça a rien à faire dans ce monde-là!” Il conclut en donnant un coup de pied à Sylvie.»

«J’ai été anéanti, dévasté, humilié»

Je me souviens d’un témoignage qui m’avait marqué, il y a deux ans, alors que je préparais un article pour L’Étudiant. C’était un jeune homme, qu’on appellera Étienne, qui racontait ce qui s’était passé pour lui en classe de seconde, alors qu’il se découvrait gay. À cet âge où l’on est fragile, où l’on se cherche, où l’on a besoin du soutien de ses proches, il décide de s’en ouvrir à ses parents, qui sont censés le protéger: «Mon père s’est moqué de moi. Ma mère m’a dit que c’était une phase», écrit-il.

« Si j’ai un homosexuel dans ma famille, je lui plante un couteau dans le cœur »

Étienne est amoureux d’un garçon. Un garçon «beau, charmeur, joueur, toujours plein de vie, athlétique». Un garçon qui le fait craquer, et dont il se rapproche. Il est à côté de lui en cours de maths, et passe du temps à l’aider. Il le regarde et l’admire lorsqu’il a le dos tourné. Ils sont souvent ensemble. Alors Étienne prend son courage à deux mains, et lui écrit une lettre, qu’il dépose dans sa boîte aux lettres, pour lui dire son «faible». La réaction du garçon est de l’humilier:

«Il avait non seulement lu ma lettre en public devant tout le lycée, s’était moqué de moi devant tout le lycée mais aussi avait appris à tout le monde mon penchant pour les hommes. (...) Quand j’ai appris ça, j’ai été anéanti, dévasté, humilié. Je me suis cloitré dans ma chambre pendant les deux mois des vacances d’été sans sortir.»

Mis à la porte

Et il y a toutes ces remarques, qui jour après jour, minent la confiance en soi. Le plus triste sans doute, c’est qu’elles viennent d’abord de l’entourage proche, de la famille. Le cousin d’Aziz lui balance un jour, alors qu’il s’interroge sur sa sexualité, ces mots très durs, rapportés par SOS homophobie: «Si j’ai un homosexuel dans ma famille, je lui plante un couteau dans le cœur.»

De très nombreux jeunes homos sont mis à la porte de chez eux, à cause de ce rejet de leur famille. «Sur la ligne d'urgence, on a eu 658 demandes d'hébergement en 2016 pour 80 places par soir. Nous, on n'a pas la place d'accueillir tout le monde», explique Romain, de l’association Le Refuge.

L’histoire du jeune homme piégé par Hanouna, dont le père le menace de le mettre à la porte en découvrant son homosexualité, est donc, malheureusement, presque banale, du moins courante. Quand on sait cela, on ne «joue» pas à se moquer d’un ado, on ne l’oute pas en direct devant des milliers de téléspectateurs, comme «Touche pas à mon poste» l'a déjà fait pour un de ses chroniqueurs. Renseignez-vous.

Aude Lorriaux
Aude Lorriaux (222 articles)
Journaliste