France

Ma vérité sur Brigitte M.

Laurent Sagalovitsch, mis à jour le 18.05.2017 à 13 h 14

[BLOG] J'avoue, la différence d'âge entre le nouveau couple présidentiel me perturbe. Questionnement fondé ou alors réflexion d'un vieux con réactionnaire?

Le couple Macron | thierryleclercq via Flickr CC License by

Le couple Macron | thierryleclercq via Flickr CC License by

Je ne vais pas vous mentir: je suis un de ceux que la différence d'âge entre Emmanuel Macron et son épouse turlupine quelque peu. Pas au point de troubler mon sommeil mais suffisamment pour que de temps à autre, je laisse libre cours à ma perplexité laquelle ne manque pas de susciter de nombreuses questions auxquelles je suis bien en peine d'apporter des réponses satisfaisantes.

Leur différence d'âge me donne le vertige: j'en ai déjà parlé ici mais de savoir que Brigitte a très exactement l'âge de ma belle-mère, même si je suis plus vieux qu'Emmanuel d'une dizaine d'années, me laisse sans voix.

Désormais à chaque fois qu'elle –ma belle-mère hein pas Brigitte– nous invite à déjeuner ma compagne et moi, j'éprouve comme une gêne indicible. Je me sens même obligé de me resservir deux fois de son infâme gratin au poireaux tant j'ai peur de la froisser. Je suis prévenant, attentionné, je la complimente sur ses dernières acquisitions vestimentaires, je ris à ses blagues vaseuses, je loue l'intelligence de Raymond, son basset adoré, je l'aide à débarrasser.

Je ne me reconnais plus.

Quand elle part dans de longues discussions avec sa fille, je me tiens en retrait et je la contemple: j'essaye de penser à ce que pourrait être notre vie commune, je nous imagine tous les deux, amoureux, allant main dans la main le long du Canal Saint-Martin, et cette douce rêverie m'accompagne jusqu'au moment où je me vois en train de la pousser dans la Seine, je lance alors un cri d'épouvante: fille et mère se retournent vers moi d'un air inquiet, je pars dans de grands moulinets comme si je poursuivais une guêpe qui viendrait de me piquer et tout en me précipitant dans la salle de bains soigner ma blessure imaginaire, je piétine les oreilles de Raymond qui traînent toujours là où il ne faut pas.

J'essaye de me raisonner, de me dire que c'est la vie privée du Président, qu'elle ne regarde que lui et personne d'autre. Qu'il n'y a rien à expliquer, rien à comprendre, rien à considérer. C'est un homme amoureux et puis voilà. Fermez les bans. Je m'insurge. Ce ne peut pas être tout de même anodin de déclarer sa flamme à une femme de vingt-quatre ans son aînée. Ce n'est pas le fruit du hasard. Cela traduit forcément quelque chose mais quoi?

Je ne sais pas, je ne sais plus.

Dans mon entourage qui s'inquiète de plus en plus pour ma santé mentale, on me dit que si le cas de figure était inversé, si Emmanuel avait 63 ans et Brigitte 39, je n'y trouverais rien à redire. À regrets j’acquiesce. Je me traite alors de gros machiste, de vieux con, de réactionnaire endurci.

Il n'empêche, je demeure toujours aussi vaguement perplexe.

Je sens que quelque chose m'échappe sans que je puisse être à même de définir la nature de mon trouble. Je me lance dans des jeux de piste aussi abscons que retors: faut-il voir dans cette union insolite le signe d'une immaturité latente, d'une insécurité intérieure, d'une fragilité extrême qui aurait poussé notre président encore en culottes courtes à déclarer sa flamme à celle qui était alors sa professeure? Brigitte est-elle le spectre de l'éternelle figure maternelle ressucitée sous la forme d'une Jocaste survitaminée et bronzée à en perdre son teint naturel? Ou alors se peut-il que je sois simplement et bêtement jaloux? Après tout, Emmanuel n'a t-il pas réalisé mon vœu le plus fou, le plus obscur, le plus profondément enfoui en moi: coucher avec ma mère? Puisque ma mère était elle aussi professeure de français, sans jamais me l'avouer, je dois sûrement avoir eu pareil désir.

C'est possible, c'est probable.

Puis j'en viens à penser qu'en épousant Brigitte, il aussi renoncé à être père –du moins pour le moment. Est-ce parce que tout comme moi qui me suis toujours refusé à procréer, il pense que la vie est bien trop cruelle pour infliger pareille infortune à une créature innocente? Ou alors ce renoncement n'est-il pas plutôt la preuve sublime, définitive, quasi sacrificielle de son amour pour Brigitte? Ou bien encore, ce désir d'enfant, ne l'a-t-il pas sublimé en devenant le Père de la Nation? Ne sommes-nous pas désormais tous ces enfants? N'est-ce pas là la raison de son incroyable réussite, le moteur de son insatiable ambition?

Je me perds dans la nuit des possibilités. Ma femme m'a acheté des réserves de camomille pour apaiser mes tourments. Moi, je relis Freud du soir au matin à la recherche d'une explication. J'ai même demandé l'aide de Dieu et il m'a répondu sur l'un de ses sites dédiés à sa gloire: «Nous ne pouvons pas donner une limite concernant cette différence d’âge que pourrait avoir en plus la femme par rapport à l’homme, mais comme nous l’avons démontré par la Parole, la volonté primitive de Dieu, c’est que l’homme soit plus âgé que la femme afin que celle-ci soit réellement une aide.» Bon là, quand même, j'ai ri un bon coup. 

Je sens qu'avec Brigitte, je n'en aurai jamais fini. Que ce quinquennat passera sans que je ne parvienne à saisir l'essence même de cette relation aussi étrange. Je dois apprendre à vivre avec. Il en va de ma tranquillité d'esprit.

Aux prochaines élections présidentielles par contre, c'est décidé, je voterai pour un candidat veuf.

Cela m'évitera d'écrire des billets aussi vains.

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Laurent Sagalovitsch
Laurent Sagalovitsch (80 articles)
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