Tech & internet

Les «raters», ces employés mal aimés qui travaillent à améliorer l’algorithme de Google

Repéré par Florian Adam, mis à jour le 28.04.2017 à 17 h 07

Repéré sur Ars Technica

L’importance de leur tâche est loin d’être valorisée par l’entreprise.

Josh Edelson / AFP

Josh Edelson / AFP

La plupart travaillent à distance, se connaissent entre eux par les pseudonymes qu'ils utilisent pour discuter en ligne. Une armée de plus 10.000 personnes qui s’assurent que l’algorithme de Google continue de s’améliorer. Chaque jour, ils se connectent à «Raterhub», la plateforme dédiée, pour effectuer quelques tâches en ligne qui peuvent prendre entre 30 secondes et 15 minutes chacune.

En se connectant à «Raterhub», les «raters» (littéralement, «évaluateurs») évaluent si les résultats d’une recherche sont pertinents, donnent des retours sur le comportement d’une application Android, contribuent à améliorer la reconnaissance vocale, etc. Les mieux notés peuvent être payés jusqu’à 17,40 dollars par heure (environ 15,90 euros), le salaire minimum aux États-Unis étant de 7,25 dollars à l’heure (environ 6,63 euros). L’évaluateur moyen touche  lui 13,50 dollars (12,34 euros).

Cependant, leur mission est mésestimée par le géant de la Tech qui sous-traite à des entreprises. Le site Ars Technica a enquêté sur Leapforce, l’un des plus gros fournisseurs d’évaluateurs pour Google, où les employés ont récemment appris que leurs heures de travail seront significativement réduites. 

Les «raters» de Leapforce ont eu la mauvaise surprise de recevoir un e-mail leur annonçant qu’il ne pouvait travailler que 26 heures par semaines.

«À peu près 20 % des évaluateurs américains  qui travaillent à temps plein venaient de recevoir une réduction de salaire massive», note Ars Technica.

D’autant plus qu’«une partie importante des employés de Leap Force sont handicapés, vivent dans des zones isolées, ou doivent s’occuper de jeune enfant», explique le site. «C’est un changement que nous ne sommes pas en mesure de contrôler», indique Daren Jackson, le fondateur de Leapforce, à ses employés, tout en assurant que l'entreprise restera en règle avec la loi.  

Google peut-il être reconnu comme un de leur employeur?

Ars Technica souligne à quel point Google fait partie de l’ADN de Leapforce, Daren Jackson a commencé son entreprise en quittant Google en 2008. La question se pose de savoir qui est le réel employeur de ces «raters». Il est possible que ce soit Leapforce qui les paie et Google, dont ils utilisent l'interface. Cliff Palefsky, un avocat californien spécialisé en droit du travail, explique qu’en cas de «joint employment», lorsqu’il y a de facto deux employeurs, les deux sont tenus responsables pour le travail effectué.

«On dirait que les gens [à Google] en sont également préoccupés», explique-t-il au site. Le géant de la Silicon Valley a indiqué qu'il ne voulait plus travailler avec des sous-traitants qui emploient des contractuels, mais de vrais salariés. Leapforce doit donc changer le statut de tous les «raters» pour un statut qui lui coûte plus cher. D'où la limitation du nombre d'heures possibles.

La face cachée de l'intelligence artificielle

«En fait, nous faisons partie intégrante du modèle économique sur lequel repose Google», assure un employé à Ars Technica. D’autant plus que le travail est exigeant. «Ils sont à la merci de la disponibilité des tâches», indique le site. Pour être recruté, il faut passer un test montrant que l'on maîtrise les 160 pages des lignes de directrices. Les «raters» doivent également connaître les dernières mises à jour. Et si leurs réponses s’écartent trop de la politique de l’entreprise, ils peuvent être sanctionnés, limitant ainsi leur nombre d’heures de connexion possible sur la plateforme.

Toutefois, pas question pour Google de mettre leur travail en avant. Ce que les entreprises de la Silicon Valley veulent vendre, ce sont toutes les tâches que peuvent accomplir l'intelligence artificielle. Pas ceux qui sont derrière. Sarah Roberts, professeur en science de l’information à l’université de Californie, l'assure: «En fait, leurs AI sont des travailleurs aux Philippines.»

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l’utilisation de cookies pour réaliser des statistiques de visites, vous proposer des publicités adaptées à vos centres d’intérêt et nous suivre sur les réseaux sociaux.
> Paramétrer > J'accepte