Monde

Le terrible vide scientifique autour des produits utilisés pour les injections létales

Repéré par Florian Adam, mis à jour le 21.04.2017 à 11 h 49

Repéré sur Wired

De nombreuses voix expriment leur inquiétude.

Capture d'écran YouTube, La ligne verte.

Capture d'écran YouTube, La ligne verte.

Un cocktail de trois injections pour une mort «humaine», «sans douleur». L'argument est avancé par les défenseurs de la peine de mort aux États-Unis. Pour autant, cette affirmation n’est soutenue que par très peu d’études scientifiques sur le sujet, indique le magazine Wired. Les produits comme le midazolam, un sédatif puissant proche du Valium, le Vecuronium bromide, un relaxant musculaire, sont détournés de leur usage habituel. Le décès est causé par un troisième, le Chlorure de potassium qui provoque l’arrêt du cœur.

La procédure peut varier selon les États qui pratiquent encore la peine capitale. Le midazolam a récemment été mis en cause. Avant d’être suspendues par la justice la semaine dernière, huit exécutions dans l’état de l’Arkansas avaient été programmées à un rythme exceptionnel, seulement dix jours, en raison de l’approche de la date de péremption du produit, les états fédérés ayant de plus en plus de mal à se les procurer. 

«L'injection de chlorure de potassium brûle comme du feu»

Jay Chapman, un médecin légiste de l’Oklahoma, a proposé en 1977 le «protocole aux trois drogues», sans le soutien d’aucune étude. «Personne n'a fait de recherches expérimentales évaluées par des pairs sur les mécanismes de la mort par injection létale», affirme Teresa Zimmers, docteur en médecine à l’Université de l’Indiana et l’une des rares à publier sur le sujet, à Wired. Le protocole original  prévoyait un tranquillisant de la famille des barbiturique, induisant un coma. De plus que «l'injection de chlorure de potassium brûle comme du feu. Et même avec un barbituriques, les gens peuvent le sentir», précise le magazine.

Dans les années 2000, du fait d’une faible production et de son interdiction à ces fins par les pays européens, l’État Ohio et de Floride ont commencé à utiliser le midazolam. Problème, les condamnés se réveillent parfois en plein milieu de l’exécution. Alan Blinder dans le podcast du New York Times «The Daily» parle de manière poignante de l’exécution manquée d’un prisonnier en Arizona qui a duré 2 heures, cherchant sa respiration tel un poisson hors de l’eau.

«Comment l'État a-t-il élaboré une formule de médicament?»

À défaut d’abolir la peine de mort, il faudrait pouvoir mieux connaître l’effet de ces produits. Megan McCracken, un avocat membre de la clinique sur la peine de mort de l’Université de Berkley en Californie, confie à Wired: 

«En tant qu'avocats, nous voulons savoir, comment l'État a-t-il élaboré une formule de médicament? Qui leur a dit, ou avec qui ont-ils consulté, de proposer cette dose et ce moment? Et ces questions qu'ils refusent de divulguer.» 

Le simple fait d’étudier ces questions pose un problème éthique aux chercheurs, ce qui explique le peu de données, fait savoir le magazine. L’association médicale américaine a interdit à ses membres d’étudier l’impact des drogues sur le corps et de participer à des exécutions. Malgré le manque de travaux sur leurs effets et sur la souffrance encourue par les condamnées, la Cour suprême en 2015 (Glossip v. Gross) a conclu à la constitutionnalité de cette méthode.

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