France

En toute discrétion, des candidats ont changé leur programme

Alexandre Léchenet, mis à jour le 20.04.2017 à 16 h 16

À droite comme à gauche, sur les sites internet des candidats, quelques corrections ont été apportées aux propositions.

Un employé de France Affichage Plus colle les affiches de En Marche !, le 10 avril 2017 | Lionel BONAVENTURE / AFP

Un employé de France Affichage Plus colle les affiches de En Marche !, le 10 avril 2017 | Lionel BONAVENTURE / AFP

Pourquoi se décider dès aujourd’hui pour un vote ce dimanche 23 avril quand on voit que les candidats eux-mêmes ne sont pas certains de toutes les mesures de leur programme? En suivant le contenu des sites ces dernières semaines, nous avons en effet constaté que certains candidats modifiaient discrètement leurs programmes.

Tout au long du quinquennat de François Hollande, le programme du candidat lui a systématiquement été rappelé: l'inversion de la courbe du chomâge, l'interdiction aux banques d'exercer dans les paradis fiscaux, la réduction du déficit public... Que ce soient les soixante engagements du candidat ou son anaphore face à Nicolas Sarkozy «Moi, président de la République» lors du débat d'entre-deux tours, les journalistes ou les adversaires politiques ont renvoyé François Hollande à ses promesses. Raison de plus de faire attention à ce qui est proposé aujourd'hui.

Modernité technologique oblige, les programmes sont mis en ligne sur les sites des candidats. Certains n'ont pas trop bougé depuis la précédente élection. Celui de Marine Le Pen s'égrene dans 144 propositions réunies dans un fichier pdf. Le programme de Jean-Luc Mélenchon, l'Avenir en commun, est édité et vendu sous forme de livres, mais il est décliné –grâce au travail de bénévoles– en bande-dessinée, en livre audio, en vidéo de trois minutes ou en moteur de recherche sur un site dédié.

De la primaire à la présidentielle

Publier numériquement son programme permet d'en voir les évolutions. Nous avons suivi attentivement le programme de quelques sites de candidats pour traquer les modifications. On a ainsi pu remarquer les modifications de programme des candidats désignés à l'issue d'une primaire. Benoît Hamon a modifié plus de quatre fois, selon un décompte des Décodeurs, les contours de sa proposition sur le revenu universel avant de supprimer définitivement son aspect universel. La mesure a été remaniée notamment par Julia Cagé, économiste et membre de l’équipe de campagne de Benoît Hamon.

Le candidat socialiste en a fait un argument de campagne. Interrogé sur BFM TV, il expliquait adapter son programme en fonction de ses rencontres.

«Au fur et à mesure que j’avance, je corrige ce que je dis. Je corrige parce que j’entends des choses lors de dialogues avec des Français.»

François Fillon également a fait évoluer son programme de candidat à la primaire. Il a présenté fin février une version remaniée de son programme sur la santé, après des accusations de volonté de privatisation de la Sécu. Quelques jours plus tôt, c'était une nouvelle mesure qui apparaissait sur son site: l'abaissement de la majorité pénale à 16 ans. Une idée chipée à Nicolas Sarkozy, avec qui il avait déjeuné le jour-même.

Pour suivre ces changements, nous avons placé un petit mouchard sur différents sites. Nous avons également comparé le programme tel que présenté avec les versions archivées par l’Internet archive

Emmanuel Macron

Sur le site d'Emmanuel Macron, qui s'est résolu à présenter un programme début mars, quelques propositions ont évolué. A l'occasion de l'ajout de sa proposition de service national sur la page «défense», il a quelque peu peigné d'autres mesures. De 80.000 réservistes promis pour 2020, le candidat est passé à 85.000 dès 2018. Et concernant l'opération Sentinelle, la formulation change. Plus question de «faire décroître progressivement l'opération», désormais, il faut «l'adapter progressivement en fonction de l'appréciation de la menace terroriste sur le territoire».

Un peu plus loin, sur la page consacrée à la justice, l'ancien ministre de l'économie révise légèrement les termes concernant la réforme du Conseil supérieur de la magistrature. S'il jugeait il y a quelques semaines, qu'«un consensus est prêt sur une réforme équilibrée de la Constitution sur la base du texte initial du gouvernement Ayrault», aujourd'hui, on peut lire: «En 2013, le gouvernement a proposé de réviser la Constitution pour modifier la composition du Conseil Supérieur de la Magistrature. Un consensus équilibré peut être trouvé sur la base du texte adopté par l'Assembée nationale le 4 juin 2013». Faut-il y lire une prise de distance du gouvernement, un coup de chapeau au travail parlementaire? Laissons à d'autres l'exégèse.

Nicolas Dupont-Aignan

Parfois, les sites montrent des ajustements. Que s'est-il passé autour du 15 mars, pour que «la prise de plaintes au domicile des victimes jour et nuit» disparaisse du site de Nicolas Dupont-Aignan? Aujourd'hui, ne reste que la proposition rabotée: «Revenir à un véritable service public des forces de sécurité». Son équipe s'explique:

«Au fil de nos entretiens avec nos experts, sympathisants et militants gendarmes, nous avons constaté que la prise de plaintes à domicile de jour et de nuit était un objectif difficile à atteindre et nous nous attachons à proposer un programme sérieux et raisonnable.»

En rouge la proposition avant le 15 mars sur le site de Nicolas Dupont-Aignan, en vert après.

Ces modifications ne sont pas hélas ni signalées, ni expliquées. Finalement, comme pour les sondages, l’essentiel n’est peut-être pas l’instantané d’un programme, mais la dynamique suivies par les mesures au fil du temps. Mais les sympathisants d'Emmanuel Macron, de François Fillon ou de Nicolas Dupont-Aignan auraient peut-être apprécié que leurs candidats soient parfaitement transparents.

Alexandre Léchenet
Alexandre Léchenet (13 articles)
Data-journaliste