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Tout aussi tabou que parler sexualité avec ses enfants, leur dire pour qui on vote à la présidentielle

Béatrice Kammerer, mis à jour le 20.04.2017 à 14 h 22

Et si on apprenait à mieux parler politique à nos enfants?

Capture de l'émission «Candidats au tableau!»

Capture de l'émission «Candidats au tableau!»

Parler politique avec ses enfants, pour beaucoup de parents, c’est un peu comme parler sexualité: on sait que c’est indispensable, mais on n’est pas toujours à l’aise pour le faire. Alors, on évite de mettre le sujet sur le tapis, on se donne bonne conscience en se disant ouvert aux questions, tout en espérant qu’elles ne soient ni trop ardues ni trop embarrassantes. Puis on se rassure, on se dit qu’ils auront bien le temps de se poser ces questions plus tard… Voilà précisément ce que j’ai réalisé il y a quelques semaines, alors même que je me pensais une mère plutôt libérée-délivrée.

À l’heure du dîner, mon fils de 8 ans a lancé: «Moi, dans mon école, on dit que Macron, il est premier». Ma fille de 11 ans a aussitôt demandé: «Mais Macron, il est de droite ou de gauche?» Ce à quoi l’aîné a ajouté, d’un ton débonnaire: «Peu importe, aujourd’hui, la droite et la gauche, c’est presque pareil non?» S’en est suivi un brouhaha incroyable, entrecoupé de bruits de fourchettes, de passe-moi-le-sel, et du petit dernier qui tenait absolument à préciser que, pour sa part, il était bel et bien gaucher. Ce soir-là, j’ai réalisé que non seulement la politique les passionnait, qu’ils avaient plein d’idées, qu’ils en parlaient assidûment dans la cour de récré, mais aussi que j’étais totalement passée à côté.

Évidemment qu’on parle politique

Étais-je donc la seule à avoir raté le coche du débat politique en famille? Était-ce le deuxième «effet kisscool» de l’absence de télévision à la maison? Comment faisaient les autres parents? Pour y voir un peu plus clair, j’ai posé la question autour de moi. Sans prétendre à la représentativité, la tendance majoritaire dans la quarantaine de familles qui a témoigné ne m’a pas vraiment surprise: oui, on parle de politique à ses enfants, mais on a tendance à aborder avec plus de réticences ce qui a trait aux partis et opinions politiques.

Ainsi, lorsqu’il s’agit de politique, les parents n’hésitent pas à s’attaquer à des questions aussi difficiles que celles de l’égalité, du sexisme, de la pauvreté, des guerres dans le monde, des inégalités sociales, des impôts, des migrants, des droits des enfants, de l’école, du racisme, du fonctionnement des institutions françaises, du déroulement des élections, de la démocratie... mais sont bien moins nombreux à entrer dans le détail des programmes politiques. Une tendance éducative majoritaire, que regrettait récemment un enfant au micro de France Inter en parlant de l’école: «On travaille juste sur comment se déroulent les élections mais on ne rentre pas dans le vif du sujet.» 

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Oserait-on alors filer la comparaison avec l’éducation à la sexualité, où l’action physiologique des hormones sexuelles ou les processus immunitaires délenchés par le virus du sida semblent bien plus facilement enseignables que la notion de consentement dans la relation sexuelle, l’emplacement et la fonction du clitoris, l’usage qui peut être fait de la pornographie, ou encore la liberté de déterminer son orientation sexuelle? La comparaison trouve son pendant en famille, où la question «dis maman, c’est quoi la différence entre la droite et la gauche» est presque aussi redoutée que «dis papa, comment on fait les bébés?».

Expliquer la gauche et la droite

Parmi les performances de cette campagne présidentielle, l’histoire parentale retiendra peut-être celle d’Emmanuel Macron qui, invité de l’émission «Présidentielle: candidats, au tableau!» a su relever le défi de décrire en moins d’une minute les différences entre la droite et la gauche: «La droite, c’est une famille politique française pour laquelle le plus important c’est sans doute la liberté, et la gauche c’est une famille politique française […] pour laquelle le plus important c’est sans doute l’égalité. [Pour la droite, le plus important] c’est que les gens soient libres, et il y en a qui vont réussir et d’autres pas, tant pis. [Pour la gauche, le plus important] c’est que les gens soient égaux mais ils ne sont pas forcément libres.» La vidéo est très efficace, et a logiquement fait le buzz... tout en permettant aux parents de préparer leurs antisèches en prévision de la prochaine interro enfantine.


Emmanuel Macron n’était pourtant pas le premier à aborder le sujet. Dès 2002, l’avocat et écrivain Denis Langlois avait proposé dans son petit livre récemment réédité La politique expliquée aux enfants (et aux autres), une autre analyse de ces divisions:

«En simplifiant énormément les choses, on peut dire que les gens de droite pensent que les inégalités qui existent entre les hommes ont toujours existé et existeront toujours. [...] C’est même ce qui fait progresser la société, car cela crée une compétition entre les êtres humains. […] Les gens de gauche, eux, parlent de changer la société, de la faire progresser vers plus de justice.»

L’historienne des révolutions Mathilde Larrere plaide aussi pour une définition qui ne reculerait pas devant un peu de nuances. Alors que je lui demandais ce qu’elle pensait de l’explication d’Emmanuel Macron, elle m’a raconté l’origine de la droite et de la gauche:

«Il faut revenir en 1789, à la salle des Menus plaisirs où les révolutionnaires se sont réunis pour décider s’ils allaient ou non donner un droit de veto au Roi. À droite, se sont regroupés ceux qui étaient “pour” donner des pouvoirs au Roi (et donc un droit de véto), et à gauche ceux qui étaient “contre”. C’est comme ça qu’on a commencé à parler de “partie droite” pour désigner les monarchiens et de “partie gauche” pour désigner les libéraux. Mais à l’époque cette “partie gauche” était très attachée à la liberté, et à l’égalité mais juste l’égalité civile, pas l’égalité sociale et politique: les libéraux étaient pour le suffrage censitaire, où seuls les riches pouvaient voter.

À noter que ça ne les empêchera pour autant de maintenir l’esclavage, ce qui était quand même un sacré entorse à la liberté! Peu à peu, la Révolution a suivi un processus de radicalisation qui a fait surgir de nouvelles forces politiques à gauche: c’est là que sont apparus les démocrates sociaux, jacobins puis montagnards. À eux, la liberté ne saurait suffire, il fallait l’égalité en plus: et pas seulement l’égalité de statut, mais aussi l’égalité politique et sociale. Robespierre introduit le premier le terme de “fraternité” qu’il oppose à la seule liberté, parce que pour lui la fraternité est une condition à l’égalité. La liberté ne saurait être une fin en soi pour les démocrates sociaux: on ne peut être vraiment être libres que si on est égaux. Tout cela fait que les libéraux, qui étaient au départ la “gauche”, vont peu à peu être déportés sur leur droite du fait de la Révolution française qui va éliminer les monarchistes et faire apparaître les démocrates sociaux.
» 

Il n’en reste pas moins que la propension des éducateurs, parents ou professionnels, à préférer parler de questions politiques concrètes que de partis ne s’explique pas de manière univoque.

Le tabou de la politique politicienne

Il y a, d’abord, le désir d’intéresser les enfants, de leur parler de sujets qu’ils connaissent, de leur montrer que la politique concerne tout le monde. C’est cette posture qu’a choisie Caroline De Haas, militante féministe de gauche candidate aux prochaines législatives et autrice en novembre dernier de Osons la politique, un ouvrage destiné aux jeunes:

«Pour susciter l’intérêt, il faut partir de ce qui touche les jeunes personnellement, ça peut être Facebook, le permis de conduire, etc. Si je leur parle de ce qui se passe au fin fond de l’Amazonie, il vont moins facilement faire le lien avec leur quotidien et c'est normal.»

Mais c’est aussi une façon de se prémunir du risque de tomber dans la caricature pour décrire les divergences politiques: «Le problème avec les explications qu’on donne aux enfants, c’est qu’assez vite, on tombe dans une division gentil/méchant. Et ça c’est un piège! Moi je ne veux pas entrer là-dedans. Je peux ne pas être d’accord avec des gens, ce n’est pas pour ça que c’est des méchants.» Une opinion que partage aussi Gwendoline, chargée de projet à l’association LADS qui accompagne les réunions du «Conseil d’arrondissement des enfants» dans le 1er arrondissement de Lyon: «C'est compliqué de parler partis politiques avec les enfants sans vraiment simplifier. Il est intéressant d'expliquer qu'il y a des points de vue différents, mais selon les thèmes et pas d’une manière globale.»

Le choix éditorial du magazine Astrapi, qui a récemment consacré un numéro à l'élection présidentielle 2017, montre aussi une forme de prudence qui tend vers l’ambivalence. Dans une petite BD, «Les élections de Bois-Dingo», destinée à montrer le fonctionnement des élections, les candidats sont parodiés: on retrouve donc «Jean-Luc Merluchon» qui proclame «Animaux, unissez-vous»; «Emmanuel Macareux» et son slogan «Place aux jeunes»; ou encore «Marine Le Poulpe» qui tente un «La forêt d’abord». On peut trouver cela très amusant, mais qui –hormis les adultes déjà informés– pourrait y voir le lien avec les opinions réellement défendues par chacun? Car en réalité, la position du magazine est claire: sur une page rassemblant les photos de tous les candidats, on peut lire «Voici les candidats à l’élection présidentielle, en connais-tu certains? Parle d’eux avec tes parents...»

Révéler son vote à ses enfants?

Ainsi, c’est aux parents que reviendrait la mission d’expliquer aux enfants la vision des différents partis. Malgré leurs réticences et leurs appréhensions, avec leurs mots et leurs incertitudes, beaucoup endossent ce rôle avec application. Une question reste pourtant en suspend: doit-on dire ou non à ses enfants pour qui on va voter? Il y a les parents qui assument et y voient une facette pleine et entière de leur rôle de transmission: «Dire pour qui on voté, c'est l'occasion de causer de valeurs, de choix de vie, de leur futur». Il y a ceux qui préfèrent ne pas entrer dans les détails: «Je ne dis pas pour qui je vote mais j’explique pourquoi je suis “de gauche”?» ; «Nous, nous expliquons pour qui nous n'allons PAS voter et pourquoi.» Et ceux qui sont franchement contre: «Je ne pense pas leur dire “je voterai pour Machin”. Je n'ai pas de conviction politique assez forte pour m'attacher à une étiquette de parti»; «Je ne dirai pas à mes enfants pour qui je vote, le vote, c’est secret. Je n’ai pas envie qu’il répète à ses copains».

Illustration 1: Extrait de la bande dessinée Mafalda, de Quino

Ainsi, la question du «secret» du vote revient très fréquemment dans la bouche des parents pour justifier leur gêne et leur embarras. Le 12 avril dernier, lors de l'émission de radio «Grand bien vous fasse», la psychologue et psychanalyste Sylviane Giampino a même appuyé cette idée en décrivant la révélation du vote parental comme une forme de transgression:

«Respecter le secret des urnes, c’est respecter une des règles de base de la démocratie. On peut le transgresser dans l’intimité, mais ça reste un élément important qui confère aux enfants le sentiment qu’il y a là un acte grave, symbolique, important et libre.»

Pourtant, la législation définissant ce en quoi doit consister ce «secret» est loin d’en faire un élément tabou. Introduit dans la constitution française dès 1795 mais rendu effectif dans les pratiques seulement en 1913, le secret du vote a pour vocation de préserver la liberté de choix de l’électeur, de lui éviter les pressions patronales ou institutionnelles, mais pas de lui interdire d’exprimer publiquement son choix. À ce titre, il ne s’applique pas à l’ensemble de l’espace public:

«[Sera condamné] quiconque, soit dans une commission administrative ou municipale, soit dans un bureau de vote ou dans les bureaux des mairies, des préfectures ou sous-préfectures, avant, pendant ou après le scrutin, aura, par inobservation volontaire de la loi ou des arrêtés préfectoraux, ou par tous autres actes frauduleux, violé ou tenté de violer le secret du vote, porté atteinte ou tenté de porter atteinte à sa sincérité, empêché ou tenté d'empêcher des opérations du scrutin, ou qui en aura changé ou tenté de changer le résultat».

Ainsi, pour Mathilde Larrere, ce tabou parental est un contresens au regard de la signification du vote: «On peut choisir de ne pas parler à ses enfants de son vote. Mais si on choisit de le faire, on ne brise aucune limite. Il ne faut pas confondre le privé et l’intime: le vote, ça relève du privé, mais pas de l’intimité!»

Éduquer au libre arbitre

Qu’on révèle ou non son vote, un problème de taille demeure car malgré leurs divergences, la majorité des parents souhaitent que leurs enfants puissent devenir des adultes capables de faire leurs propres choix, et de défendre leurs propres idées. Pour parvenir à cet objectif, ne faudrait-il pas alors être les plus neutres possibles dans les explications données aux enfants, les plus discrets quant à nos propres opinions d’adultes?

«Donner des outils aux jeunes pour pouvoir faire leur choix, c’est leur rappeler “d’où” on parle. Mon livre, je ne l’ai pas conçu pour influencer les gens, au contraire, je veux faire appel à leur intelligence.»

Caroline de Haas

C’est en tout cas la position éducative adoptée par l’école publique, qui dès 1905 a adopté, au nom du respect de l’autorité des parents et du jeune âge des élèves, un principe de neutralité selon lequel «l’école doit rester étrangère aux questions religieuses; aux discussions métaphysiques; aux débats de la politique». Un principe qui s’inclut aujourd’hui dans les obligations des fonctionnaires, et qui correspond à la volonté de garantir un service public égal pour toutes et tous. S’il semble clair que la propagande politique n’a pas sa place dans les classes, on peut tout de même s’interroger sur l’efficacité de cette neutralité de façade.

Combien sommes-nous à avoir deviné l’affiliation politique de nos professeurs d’histoire-géographie sans que ceux-ci n’aient jamais eu besoin d’expliciter quoi que ce soit? Combien sommes-nous à être ressortis de leurs cours, avec une vision grandiloquente des campagnes de Napoléon, ou des étoiles dans les yeux à la lecture de Déclaration des droits de l’Homme et du citoyen de 1793, sans même avoir pu identifier ce que ces visions avaient de politiquement engagées? C’est précisément ce qui est en jeu dans le récent débat sur le «roman national», version glorieuse de l’histoire française, dont d’aucuns osent vanter la neutralité pour mieux saluer la capacité à susciter le patriotisme.

Finalement, pour respecter le libre arbitre des élèves et des enfants, ne serait-il pas plus efficace d’expliciter ses partis pris d’adulte, sans pour autant occulter ou dénigrer les points de vue divergents? C’est le choix que revendique Caroline de Haas:

«La première chose que m’ont dit les jeunes qui ont lu mon livre c’est: “Ben dis donc, c’est très engagé!” D’habitude, ce qu’on leur fait lire, ce sont des ouvrages les plus neutres possibles. Moi, j’assume! J’explique dès le début quel est mon positionnement. Donner des outils aux jeunes pour pouvoir faire leur choix, c’est leur rappeler “d’où” on parle. Mon livre, je ne l’ai pas conçu pour influencer les gens, au contraire, je veux faire appel à leur intelligence.»

J’ai fini par poser la question à un enfant en chair et en os, qui avait déjà beaucoup réfléchi à la politique. Léopoldine, âgée de 10 ans et élève de CM2, fait partie des élèves qui ont participé à l’émission «Présidentielle: Candidats, au tableau!», au cours de laquelle une classe d’élèves a interrogé les candidats:

«Les parents peuvent dire à leurs enfants pour qui ils votent mais il ne faut pas aller jusqu’à dévaloriser, jusqu’à dire “faut pas que tu votes pour machin, ce n’est pas une bonne idée ce qu’il propose”. Parce que plus tard, je ne vais peut être pas voter pour les mêmes personnes que mes parents ou mes grands parents, comme mes parents ne votent pas forcément comme leur père ou leur mère.»

Quand on songe que des chercheurs ont récemment avancé que les opinions politiques que nous avons pourraient être corrélées au style éducatif (autoritarisme vs égalitarisme) adopté par nos parents, on réalise que l’influence parentale en matière de politique ne se résume pas à expliciter ou non son vote.

Aux urnes petits citoyens!

Ainsi, l’opinion publique concède aux enfants le droit d’être instruits à la politique, mais bien plus difficilement celui de prendre part aux débats. Leur vulnérabilité et leur esprit en formation, apparaissent comme autant de raisons nécessaires et suffisantes pour les écarter. Selon la psychiatre Sylviane Giampino, il en va même pour leur équilibre psychologique:

«Pour grandir, les enfants doivent vraiment avoir confiance dans leur famille, dans leurs éducateurs mais aussi dans une sorte d’ordre du monde où il y aurait de la cohérence, de l’intelligence et de la justice. [Il faut] faire attention à ce qu’on dit en présence des enfants […] Quand on lance des anathèmes qui dévalorisent les grandes figures, qui dévalorisent la loi, la règle, l’État devant des enfants [...] ça les déstabilise, ça les insécurise.»

Même la présence des enfants accompagnants leurs parents dans les bureaux de vote, attestée dès les premiers temps du suffrage universel, et si souvent citée par les parents et les enfants comme un moment privilégié d’initiation à la citoyenneté, est régulièrement remise en question.

Pourtant, commencer à s’intéresser à la politique en famille, c’est aussi découvrir l’immense intérêt des enfants pour ces sujets, leur perspicacité, leur sens critique, et leur immense attachement à la justice sociale. Léopoldine m’a raconté à quelle point elle avait adoré se plonger dans les programmes des candidats lors de la préparation de l’émission. Elle aimerait que les enfants aient plus souvent l’occasion de prendre part aux débats politiques:

«Vous savez, on nous pose toujours la même question: Est-ce que c’est vos questions ou les questions des journalistes que vous avez posées aux candidats?” Hé ben, c’était purement nos questions! Les journalistes, tout ce qu’ils ont fait, c’est de nous aider à les mettre en place. Mais d’ailleurs, c’est peut-être à cause de ça que Marine Le Pen n’a pas voulu venir [à l’émission], elle avait peut-être peur qu’on lui pose trop de colles et qu’on la mette mal à l’aise. Elle avait peut-être peur de nous.»

Sur le contenu des programmes, là aussi, Léopoldine a son avis: «La proposition que j’ai le moins aimé, c’est de supprimer 500.000 fonctionnaires, parce que mes parents, ils sont fonctionnaires. Par contre, j’ai aimé l’idée de proposer des repas végétariens à la cantine, même si je pense qu’il ne faudrait pas que ce soit tout le temps: à notre âge, je ne suis pas sûre qu’on puisse se passer de viande, on a besoin de protéines pour grandir.»

Tout ceci m’a donc convaincue de soumettre le matériel de vote fraîchement arrivé dans nos boîtes aux lettres à l’œil avisé de ma marmaille, avec la consigne de surligner dans chaque programme une proposition qu’ils voulaient garder, et une qui voulaient rejeter. S’agissant de François Fillon, s’ils ont été révoltés par l’idée de supprimer l’Aide médicale d’État, ils ont aussi salué la proposition de mettre des uniformes à l’école (à condition bien entendu qu’ils ne soient pas trop moches), arguant que cela ferait gagner du temps le matin pour choisir ses habits. Mais surtout, ils ont découvert avec stupéfaction que de très nombreux candidats envisageaient de rétablir un service civil ou militaire obligatoire, et ce, sans même songer à consulter les enfants, qui sont pourtant les premiers concernés. En réalité, ils ont découvert que même si eux n’étaient pas censés s’intéresser à la politique, la politique, elle, s’intéressait bel et bien à eux.

Béatrice Kammerer
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